07.12.2009

A QUI PROFITE L'INTERDICTION DES MINARETS EN SUISSE? par Théo von Büren

Rarement une votation populaire n’avait soulevé une telle vague de passions. De mémoire, seules les votations historiques sur les questions liées à nos relations avec l’Union Européenne avaient su susciter tant d’émois, et l’objet en était certes autrement plus digne de polémique. À première vue, l’on pourrait s’amuser de la tournure des débats.AmmanMinaret01.jpg D’un côté, assistons au délire de l’UDC, qui a laissé libre cours à sa paranoïa en brandissant le spectre d’une “islamisation” de la Suisse. Nous pourrions effectivement moquer cette analyse saugrenue en rappelant que les musulmans représentent à peine 5% de la population suisse et que la plupart d’entre eux sont issus de territoires à forte tradition laïque (Balkans, Turquie). D’autre part, les opposants à l’initiative n’ont su opposer qu’un argumentaire geignard, droitdelhommiste et compliqué d’arguties juridiques. Nous furent servis de savants avis de droit qui ont argué de cette initiative la violation de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. À cet égard, il faut affirmer avec force que rien n’est plus légitime que la décision souveraine et démocratique d’un peuple libre et indépendant, et que rien ne saurait y être opposé ! La signification véritable de cette initiative a donc été largement éludée. Car l’initiative anti-minarets n’est qu’une étape de plus dans la diabolisation de l’Islam qui a cours depuis le 11 septembre 2001. La dernière affiche en date de l’UDC, représentant les trois conseillères fédérales voile accompagnées de citations misogines de Mahomet (la droite “conservatrice” jouant la carte du féminisme, il fallait vraiment qu’ils manquent d’arguments !), montrent bien que cette question des minarets n’est qu’un prétexte, un leurre grossier pour tenter, une fois encore, de monter les citoyens les uns contre les autres sur la base d’une querelle vidée de son sens. Le sens politique de cette stratégie est très clair, et elle n’est pas le propre de l’UDC. De nombreux partis à travers toute l’Europe ont trouvé dans l’islamophobie un fonds de commerce particulièrement rémunérateur, et ces partis – comme par hasard – sont presque tous engagés sur la ligne libérale, suivant ainsi le modèle américain jusque dans ses paranoïas et ses délires huttingtoniens. Il ne s’agit au fond que de la banale stratégie du bouc émissaire, qui vise à fédérer la communauté nationale qui se délite contre un ennemi commode fabriqué de toutes pièces pour la circonstance. Après le juif et le communiste, c’est aujourd’hui le tour du musulman d’incarner la cinquième colonne infiltrée dans notre société pour la subvertir. Il est tout à fait vrai que le lien social s’effiloche, que l’amour de la patrie est aujourd’hui regardé d’un œil soupçonneux par la police de la pensée, que les valeurs traditionnelles sont battues en brèche par les marchands du temple et que l’identité nationale est l’objet de tous les contresens. Pourtant, on est en droit de se demander si l’Islam est responsable de cette situation déplorable. Albert Camus disait fort justement que mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Nous serions tentés d’ajouter que mal nommer son ennemi, c’est faire le jeu objectif de ce dernier. Car l’islamophobie ambiante n’est qu’une stratégie du leurre, un rideau de fumée masquant les nuisances du véritable ennemi : le libéralisme. C’est l’individualisme jouisseur promu par la société de consommation qui est responsable du délitement des valeurs morales. Qui passe sur nos écrans, s’affiche sur nos murs et tente chaque jour de faire sa place dans nos préaux, Paris Hilton ou Mahomet ? Comme l’a relevé le socialiste Didier Berberat il y a quelques semaines lors d’un débat à Neuchâtel (en présence de Tariq Ramadan et de Dominique Baettig), si l’on doit légitimement avoir peur des symboles d’une nouvelle colonisation rampante, alors commençons par démonter les centaines de McDonald’s qui se sont imposés dans toutes les régions de notre pays ! Comme nous l’avons dit plusieurs fois, ceux qui, dans les quartiers à forte présence immigrée, amènent le désordre, la violence et la délinquance, ne sont pas des musulmans en puissance – ce sont, au contraire, des “Américains en puissance”, shootés à la propagande télévisuelle de l’argent facile, du repli égotiste et du communautarisme. C’est la logique libérale qui est derrière ce libre-échange qui affaiblit les nations et les réduit à l’état de coquille vide. Qui empiète sur la souveraineté des Etats-Nations et leur impose des politiques néfastes ? Le grand Califat ou bien les instances antidémocratiques de la gouvernance mondiale (OMC, FMI, UE) ? Qui est responsable de la misère du tiers-monde et pousse à l’immigration massive des peuples du Sud vers les pays du Nord ? Est-ce le fruit d’un complot ourdi dans une grotte pakistanaise ou bien le résultat de politiques néo-impérialistes menées par les pays occidentaux ? Répondre à ces quelques questions, c’est comprendre que l’Islam est un faux problème. L’islamophobie est un symptôme, et non un remède. (Source voxnr.com)

14.11.2009

ENRICO GALOPPINI PARLE DE L'ISLAMOPHOBIE EN EUROPE

Qu’est-ce qui explique, pour vous, la campagne d’anti-islamisme et d’islamophobie que connaît l’Europe depuis quelques années ? L’islamophobie fut une nécessité pour les États-Unis, à partir du moment où ils se sont trouvé opérer dans un théâtre stratégique - celui du Proche et Moyen-Orient – qui est occupé par des populations en majorité musulmanes.06819428.jpg Par conséquent la première exigence pour eux fut de créer une opinion publique dans les pays qu’ils contrôlent, cela a nécessité l’apparition – ou la dynamisation - de courants de pensée hostiles à la religion musulmane. Cela a consisté à créer, très cyniquement, la couverture idéologique justifiant leur action. Selon moi, s’ils devaient agir demain dans d’autres théâtres d’opération, par exemple dans le Sud-Est asiatique, il est plus que probable qu’ils nous présenteraient ce qu’aujourd’hui tout le monde considère comme une culture exceptionnelle, le bouddhisme, comme une horreur absolue, cela uniquement parce que cela permettrait de démoniser leurs adversaires.

Il y a donc, pour vous, un lien évident entre l’islamophobie et la stratégie géopolitique atlantiste ? Incontestablement. Le dernier chapitre de mon livre Désinformation et islam : acteurs, tactiques et finalité, qui a été publié par les Éditions All’insegna del Veltro, s’intitule « Islamophobie et stratégie politique atlantiste : un lien nécessaire ». Il démontre que ces deux éléments – la stratégie géopolitique et l’islamophobie – ne sont absolument pas disjointes et, qu’au contraire, l’islamophobie, ainsi que toute évocation d’« un problème islamique », est une nécessité dans la phase actuelle de la politique mondiale des États-Unis. Que l’islamophobie, la création d’un état d’esprit hostile à l’islam et aux musulmans dans l’opinion, soit un paravent et une justification pour une politique précise est démontré par le fait qu’au fond les États-Unis et le soit-disant Occident (cette partie de l’Europe qui est intégrée dans toute une série d’organisations, en premier lieu l’OTAN) n’aient aucun scrupules à traiter avec les Émirats du golfe ou l’Arabie saoudite. S’il devait s’agir vraiment d’une question de principe et si l’islam était bien une « religion terrible, fanatique et sanguinaire » aucun rapport ne devrait exister avec ces pays. Or, au contraire, les États–Unis ont avec ces émirats, sultanats, royaumes, etc. des relations d’intérêts privilégiés. Par conséquent la nécessité pour les États-Unis est de créer une islamophobie fonctionnelle pointant sur l’objectif qu’elle a l’intention de poursuivre. On l’a vu en premier avec l’Irak, et toutes les inventions de la propagande pour l’envahir. Actuellement, c’est l’Iran qui est dans le collimateur… Au Liban le « problème », c’est le Hezbollah, tandis qu’en Palestine, toujours en exploitant ce climat d’islamophobie sélective, a été créé médiatiquement une situation dans laquelle le « problème » est le Hamas.

Notes

Enrico Galoppini est essayiste et traducteur (diplômé en arabe des universités de Tunis et d’Amman). Il a enseigné l’histoire des pays musulmans aux universités de Turin et d’Enna. Il est membre du comité de rédaction de l’édition italienne de la revue Eurasia.

20.09.2009

ISLAM: AÏD MABRUK !

Les musulmans de France ont fêté ce dimanche la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du mois de jeûne de Ramadan. photo_1253452885145-5-0.jpgLa cérémonie à la Mosquée de Paris a, pour la première fois, été retransmise en direct à la télévision, sur la chaîne publique France 2. A cette occasion, CHRONIQUE DU TEMPS QUI PASSE présente tous ses vœux d’AÏD MABRUK à la communauté musulmane de France.

22.08.2009

ISLAM: DEBUT DU JEÛNE DU MOIS DE RAMADAN 1429

"Le premier jour du mois sacré de Ramadan pour l'an 1430 de l'Hégire correspondra au samedi 22 août 2009", E7C1C8814FAA6C20FD752EA3DA27CE.jpga annoncé Mohammed Moussaoui, président du CFCM, lors de la cérémonie de "la nuit du doute", à la Grande Mosquée de Paris.

A cette occasion, « Chronique du Temps qui passe » présente tous ses meilleurs voeux à la Communauté musulmane de France et lui souhaite un Ramadhan mabrouk.

 

19.08.2009

ISLAM: LE VOILE INTEGRAL, TOUT UN HOURVARI POUR SI PEU...

Véritable lame de fond qui s’est soudainement abattue sur les femmes musulmanes dans un tumulte politique indigne, le débat de toutes les divagations sur le port de la burqa et du niqab se voit enfin ramener à une rationalité salvatrice, qui a cruellement fait défaut jusqu’ici.burqa.jpg Loin du péril vert claironné à grand renfort d’émissions réunissant le gotha de l’élite bien-pensante, seulement 367 femmes musulmanes revêtues du voile intégral ont été recensées sur l’ensemble du territoire national, des données concrètes émanant de la non moins indiscutable sous-direction de l’information générale (SDIG), au sein du ministère de l’Intérieur. Une telle battue médiatique stigmatisant l’islam et les musulmans, dans un hourvari aussi vainement bruyant pour … moins de 400 femmes ! La République va-t-elle donc si mal que cela, qu’elle doive livrer à la vindicte populaire des boucs émissaires tout désignés ? Enfonçant le clou, une deuxième note de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) vient tordre le cou aux lancinants fantasmes occidentaux que de vils esprits exaltent sciemment, en observant que ce signe vestimentaire distinctif relève d’un phénomène très marginal, qui ne concerne que des jeunes femmes (moins de 30 ans), vivant le plus souvent en milieu urbain, et qui, loin d’être asservies, ont fait ce choix librement.

Alors, que reste-t-il de cette bourrasque parlementaire peu glorieuse qui a déferlé sur l’Assemblée Nationale, balayant opportunément toutes les divergences, et emportant dans son sillage le plus haut sommet de l’Etat, le Président Nicolas Sarkozy en personne ?

Un élu, André Gérin, qui tente de sauver la face en récusant jeudi matin, sur les ondes de RMC, les estimations chiffrées des services du ministère de l’Intérieur, trahissant son trouble à travers une piètre échappatoire : savoir quels fondamentalistes se cachent derrière chaque musulmane portant le voile intégral… Une classe politique, une médiasphère, des intellectuels pétris d’arrogance, qui se sont discrédités en exacerbant les pires préjugés.

Enfin, une commission d’information parlementaire, dont la vocation intrinsèque échappe, qui se ridiculiserait à vouloir légiférer. (Source: oumma.com)

 

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21.07.2009

ISLAM: L'ETAT RUSSE AIDERA A LA FORMATION DES IMAMS

L'Etat aidera les organisations religieuses musulmanes de Russie à créer leur propre système d'éducation et de formation des imams, a déclaré le président russe Dmitri Medvedev lors d'un entretien avec les muftis.Medvedev.jpg Le président russe a déclaré que l'éducation et l'instruction musulmanes étaient appelées à jouer un grand rôle, notamment dans la lutte contre l'extrémisme. "Nous nous rendons compte de l'importance pour nos organisations religieuses d'avoir leur propre système de formation des imams et des enseignants. L'Etat poursuivra son soutien dans ce domaine", a indiqué M.Medvedev. Selon le président russe, l'éducation musulmane est un sujet de préoccupations à part. "Elle est importante non seulement pour la communauté religieuse, mais aussi pour l'Etat", a estimé M.Medvedev

 

23.06.2009

ISLAM: LE GRAND AYATOLLAH FADLALLAH DEMANDE A NICOLAS SARKOZY DE RECONSIDERER SA POSITION SUR LA BURQA

Les femmes musulmanes ne doivent pas être forcées à porter la burqa, mais si elles décident de revêtir de leur propre chef le voile intégral, leur volonté doit être respectée, a estimé le religieux chiite libanais. Au lendemain des propos sur le voile islamique intégral de Nicolas Sarkozy devant le congrès, le grand ayatollah Fadlallah, le plus influent religieux chiite libanais, a appelé mardi 23 janvier le président français à reconsidérer sa position sur la burqapour respecter la volonté des femmes musulmanes qui choisissent de dissimuler leur visage sous le voile. Les femmes musulmanes ne doivent pas être forcées à porter la burqa, mais si elles décident de revêtir de leur propre chef le voile intégral, leur volonté doit être respectée a-t-il estimé. "La liberté, (…) l'un des sujets sacrés pour les êtres humains, (…) doit venir de la volonté de la personne, pas des lois qui sont imposées par des personnes", a-t-il ajouté.

 

24.05.2009

LE DOCTEUR PHILIPPE GRENIER: PREMIER DEPUTE MUSULMAN EN FRANCE

263100-329389.jpgAvant le 20 décembre 1896, aucun musulman de la France métropolitaine n’avait été élu député de la République. Au mois de décembre 1896, il y a donc 113 ans, le Docteur Philippe Grenier fut élu dans le Jura comme député à l’Assemblée nationale. Il avait 31 ans et il était musulman. Le père du Docteur Grenier était capitaine de cavalerie, membre de l’Etat-major de l’empereur Napoléon III, et avait servi dans les Chasseurs d’Afrique à Mostaganem (Algérie). Quand il meurt en 1872, son fils Philippe n’a que 7 ans. Après avoir passé son baccalauréat à Besançon, Philippe Grenier poursuit des études de médecine de 1883 à 1890 avant d’ouvrir un cabinet à Pontarlier. La même année, il rend visite à son frère cadet  à Blida en Algérie et a son premier contact avec les musulmans de l’empire colonial français. Il est alors choqué par la condition dans laquelle la France maintient les Algériens musulmans. (A cette époque, les juifs d’Algérie bénéficient déjà de la citoyenneté française mais pas les musulmans). A son retour en France, il commence à étudier le Coran. En 1894, il fait un nouveau voyage en Algérie. Il se rend à Blida où il embrasse l’Islam. Après avoir prononcé la shahada, il prend le chemin de La Mecque pour y accomplir son hadj. Il est alors âgé de 29 ans. Il adopte la tenue traditionnelle des musulmans algériens. De retour en France, il est élu au Conseil municipal de sa ville et s’intéresse particulièrement aux questions d’hygiène et à l’aide aux pauvres. Son engagement auprès des démunis en fait un homme connu dans sa région et apprécié sans considération de sa foi musulmane qu’il ne cache pas. A la mort du député de Pontarlier, le Docteur Philippe Grenier se présente à sa succession. Il n’a ni le temps, ni les moyens de mener une véritable campagne électorale. De plus, il est la cible de la grande presse nationale qui déjà ne  cachait pas une certaine islamophobie. Mais son discours est convaincant. Son programme politique et social est ambitieux pour l’époque. Il insiste sur la nécessaire « fraternité » entre les hommes et commence tous ces discours par la formule coranique « al-hamdu-lillah ». Contre toute attente, le 20 décembre 1896,  le Docteur Philippe Grenier est élu au second tour face à un brillant avocat. Le lendemain, le « premier député musulman » fait la une de tous les journaux. A l’occasion de la rentrée parlementaire, quelques semaines plus tard, il est de nouveau à la une des journaux. Pour les uns, il est le « député des musulmans », pour les autres il est le « député des arabes ». Pourtant, dans son édition du 14 janvier 1897, le Figaro n’hésite pas à le comparer à Victor Hugo et à Louis Pasteur. De fait, le Docteur Philippe Grenier se comportera comme le « député des arabes ». Il se rendra de nombreuses fois en Algérie et rassemblera des données et des informations qui lui permettront de défendre au Parlement la cause de ceux que l’on appelle avec condescendance les « indigènes ». Si ses collègues l’écoutent souvent avec attention, et parfois l’approuvent, peu le suive au moment des votes.  Dans son combat en faveur des musulmans d’Algérie, le Docteur Philippe Grenier oublie ses électeurs de Pontarlier. Aux élections de mai 1898, son adversaire est élu. Il retourne alors à son cabinet de médecin. Il meurt le 25 mars 1944 à l’âge de 79 ans. Depuis la fin de son mandat en 1898, aucun français métropolitain musulman n’a été élu à l’ Assemblée nationale.

24.04.2009

EN MEMOIRE DE TIBERINE par Rachid KORAÏCHI

Dans une discussion, lorsque chacun fait part de son expérience personnelle, on ne parle pas d’idéologies abstraites. Et c’est ainsi, je crois, que l’on s’enrichit les uns les autres, parce que chaque personne, en se racontant, livre un témoignage sur la société à laquelle elle appartient. Tiberine.jpg

Pour ma part, j’ai quitté l’Algérie en 1968. J’ai alors voyagé, je suis allé en France, j’ai vécu à Paris, mais j’ai toujours gardé un lien très fort avec ma famille. Et je ne suis jamais autant retourné en Algérie que depuis la périodedu terrorisme, c’est-à-dire depuis 1988 et jusqu’à récemment. Dans ce va-et-vient permanent entre l’Algérie et la France, j’ai acquis un regard extérieur sur mon pays – en miroir.

Pendant la guerre d’Algérie, nous avons vécu une période très dure – notamment avec un père torturé devant nos yeux –, mais nous nous battions pour l’indépendance, qui était vue comme la clé du paradis. Aujourd’hui, on en arrive à se dire que, bizarrement, on était mieux au moment de la colonisation !

A l’époque, nous avions une cause, nous poursuivions un rêve. Maintenant, nous n’avons ni cause ni perspective claire. Et cette prise de conscience provoque une implosion intérieure très douloureuse.

En plus, l’état socialiste, pendant trente ans, a pris en charge les gens – qui se laissaient faire. Tout devait être donné, on attendait tout du système…

Aujourd’hui, les gens se rendent compte que, s’ils ne travaillent pas eux-mêmes, s’ils ne relèvent pas leurs manches, s’ils ne revendiquent pas, rien ne se fera.

En outre, l’Algérie est musulmane depuis le VIIIe siècle, l’islam venant s’ajouter à la chrétienté et au judaïsme que l’on trouvait auparavant. Elle s’est retrouvée brutalement amputée de ses deux identités antérieures. Avec l’abrogation du décret Crémieux en 1940, les Juifs sont partis, puis les chrétiens avec l’indépendance en 1962.

La petite Eglise chrétienne d’Algérie ne se sent donc aujourd’hui qu’algérienne. Pour prendre un exemple, l’ancien archevêque d’Alger, Mgr Duval, a assuré l’intérim lorsque Paul VI était malade. A cette époque, j’étais étudiant à Paris, et j’avais été outré de voir ce titre à la une du journal Minute : « Un Algérien à la tête de la chrétienté. » Des années après, je suis passé dans le bureau de Mgr Duval à Alger. On y voyait, encadrée, une couverture de Minute, sur laquelle était écrit en gros titre : « Mohammed Duval. » Et l’archevêque m’a dit : « Tu vois, me donner le nom du prophète de l’islam, c’est le plus beau cadeau qu’on m’ait fait. » Pour moi, c’était bouleversant ! De la même façon, la dernière messe en souvenir des moines de Tiberine, dans la petite église du monastère, a été dite en arabe algérien – et les cantiques aussi ont été chantés en arabe.

J’avais déjà entendu des messes en arabe dans d’autres pays orientaux, mais c’était la toute première fois en Algérie. Cette appartenance viscérale à la terre d’Algérie est pour moi très significative de la part de cette Eglise chrétienne algérienne, si pauvre et si réduite aujourd’hui.

Je viens d’une famille de mystiques soufis du désert. L’assassinat des moines de Tiberine a été pour nous un choc terrible. Nous avons tous été ravagés. J’ai dit alors à Mgr Teissier, l’évêque d’Alger, que je souhaitais faire un petit mémorial près de l’endroit où les sept moines ont été assassinés, d’autant plus que l’on a retrouvé seulement leurs têtes, pas leurs corps. J’ai demandé ensuite aux régions d’où étaient originaires les moines d’envoyer un cube de pierre pour symboliser leur lieu d’origine. A côté de ce premier cube, on poserait un autre cube de pierre provenant du lieu où ils étaient morts.

Je voulais aussi faire faire un bassin avec un fond noir dans lequel le ciel se refléterait. L’ensemble aurait formé une croix, avec de chaque côté les douze apôtres. Mais l’évêque a réfléchi et m’a dit : « C’est impossible, Rachid, et pour deux raisons. D’une part, le village de Tiberine, qui est juste en face, n’a pas d’eau, et les gens du village viennent en prendre au monastère. D’autre part, le village n’a pas de mosquée non plus, et les habitants viennent faire la prière au monastère. »

J’ai trouvé ça merveilleux.

Le soir même, je suis allé dîner chez un ami de mon père à Alger, qui est quant à lui totalement athée. Après le dîner, il m’a raccompagné à l’ascenseur pour que je parte avant le couvre-feu. Il m’a alors confié une enveloppe dans laquelle se trouvait une importante somme d’argent destinée à construire une mosquée à Tiberine. « Je suis athée, je m’en fiche, me dit-il, mais le fait que ce soit des moines chrétiens qui le demandent me touche, alors je veux apporter une contribution. »

A travers ces anecdotes, je veux dire que, à partir du judaïsme, du catholicisme ou de l’islam, et sans être forcément pratiquant, nous sommes, autour de la Méditerranée, traversés d’un mouvement autre que la politique dite « classique ». C’est un mouvement qui tend à faire se rencontrer ces différentes spiritualités, malgré les conflits qui les opposent. Rachid KORAÏCHI

 

25.02.2009

ISLAM: LES NOUVEAUX CONVERTIS EN FRANCE

Le phénomène toucherait 3 600 personnes par an en France. À côté d'une séduction intellectuelle et spirituelle, c'est dans les banlieues que ces conversions sont les plus fréquentes. Jean Gouraud a embrassé l’islam il y a huit ans. Il avait 18 ans. « J’étais de culture catholique, mais j’avais arrêté de pratiquer », raconte ce jeune homme de la région parisienne, âgé aujourd’hui de 26 ans. Arrêt de la pratique catholique, mais poursuite de la quête spirituelle. Ailleurs. Et d’abord avec « beaucoup d’amis musulmans que je fréquentais », explique-t-il. 436482-534921.jpgUne première approche de l’islam, prolongée et nourrie par des lectures et de rencontres avec des musulmans… convertis de la première génération, il y a une vingtaine d’années. Notamment ceux qui ont fondé l’Institut des hautes études islamiques d’Embrun, lié à la Mosquée de Lyon. « C’est avec eux que j’ai pu avancer », explique-t-il. Et embrasser définitivement l’islam, en prononçant la shahada, la profession de foi islamique tirée du Coran : « J’atteste qu’il n’y a pas d’autre divinité que Dieu et que Mohammed est Son Envoyé. » Unique rituel – à faire devant deux témoins – nécessaire pour devenir musulman. Comme Jean il y a huit ans, prénommé désormais Abd Al Wadoud, ils seraient aujourd’hui une dizaine par jour à se convertir à l’Islam en France, « selon les remontées que nous font les responsables associatifs musulmans », signale Didier Leschi, chef du bureau des cultes au ministère de l’intérieur. Soit 3 600 convertis par an environ.

Entre 30 000 et 70 000 convertis à l'Islam en France

Combien sont-ils aujourd’hui en estimation cumulée ? Difficile à dire, mais des chiffres circulent. Évaluation basse : 30 000. Haute : 70 000. « Il y a toujours eu des conversions à l’islam, rappelle Didier Leschi. Ce qui change aujourd’hui, c’est le type de mouvements vers lequel les jeunes convertis se dirigent. » Il y a vingt ans, en effet, la grosse majorité des convertis français issus de la culture judéo-chrétienne passaient par le soufisme, au terme d’une quête spirituelle dans le sillage notamment d’un René Guénon, qui a joué un rôle spirituel très important dans les conversions à l’islam après-guerre. Aujourd’hui, les convertis découvrent de plus en plus l’islam dans le cadre d’une proximité vécue avec celui des banlieues. Et, contrairement à Jean « Abd Al Wadoud » Gouraud, plutôt dans la lignée des convertis de la première génération, un nombre croissant optent pour un islam radical, notamment via le salafisme, précise Didier Leschi. Échappant aux mosquées et aux grandes organisations islamiques françaises, quelles qu’elles soient. « Jeunes en rupture familiale, en conflit générationnel avec leurs parents, ils n’ont pas la valeur “familialiste” que les grandes organisations prônent, et n’ont pas la même rigueur dans la pratique », souligne encore le responsable du bureau des cultes.

Conversion de proximité

La conversion de proximité : un phénomène déjà décrit par la sociologue Fatiha Ajbli, membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), auteur d’un mémoire de DEA sur la conversion dans le Nord, département où certains jeunes non musulmans côtoient l’Islam au quotidien à l’école. Un phénomène que constate aussi Éric « Younès » Geoffroy, islamologue à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. Lui s’est converti en 1984 via le soufisme, après une quête spirituelle « de longue haleine » le faisant passer par le catholicisme – sa religion d’origine –, la pratique zen, le bouddhisme, le christianisme orthodoxe, puis l’islam. « Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, la plupart des conversions étaient comparables à la mienne et passaient par un intérêt spirituel, explique l’universitaire alsacien. Ce qui est nouveau, ce sont les conversions de proximité, dans les cités, où des jeunes Européens, pas toujours “français” d’origine, côtoient des musulmans. Ce sont des conversions plus simples que la mienne. Et là-dedans, il y a des conversions salafistes ou même djihadistes. Ce dernier phénomène est incontestable, mais marginal. »

Un phénomène qui avait attiré l'attention des RG

Un phénomène perçu notamment lors des récentes tentatives d’attentats en Grande-Bretagne, et qui avait attiré l’attention des Renseignements généraux (RG) français en juin 2005. Un rapport remis alors au ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy par les RG présentait les conclusions d’une étude menée sur 1.610 convertis, repérés par la police comme étant prosélytes, impliqués dans des faits de délinquance – certains passant par la prison – ou ayant des relations avec des radicaux. Dans 37 % des cas étudiés, l’environnement social et les fréquentations étaient à l’origine de l’apprentissage de l’Islam. Loïc Le Pape, doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales de Marseille, a étudié certains cas de conversions à l’Islam, sur les secteurs de Strasbourg et Marseille. Il distingue pour sa part quatre types de convertis aujourd’hui : « Un tiers sont des convertis mystiques à l’issue d’une quête spirituelle, un tiers le sont par proximité avec des musulmans, notamment dans les banlieues, et un autre tiers sont des convertis par le mariage avec un conjoint musulman », constate-t-il. Car même si un musulman peut se marier avec une adepte d’une autre religion monothéiste, une musulmane doit épouser un coreligionnaire.

Des conversions plus idéologiques qu'avant

« Certaines de ces conversions existent pour faire plaisir à la belle-famille ou au conjoint », précise Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon. Et ne débouchent pas forcément sur une conversion réelle. « Il reste un quatrième type de conversion, radicale, touchant une population jeune qui en d’autres temps se serait engagée dans la bande à Baader », souligne Loïc Le Pape. Sans forcément être synonymes de radicalité, certaines conversions sont en tout cas « plus idéologiques, contiennent un rejet de la société occidentale, comme avant on pouvait adhérer à un parti politique », souligne Bruno « Abd Al Haqq » Guiderdoni, astrophysicien, converti, il y a vingt ans. « Pour certains, l’Islam est devenu un moyen de marquer sa différence », souligne aussi Marc « Aberrachid » Bossa, qui a prononcé la shahada il y a vingt-cinq ans devant le recteur de la Grande Mosquée de Paris d’alors, Si Hamza Boubakeur.

"Des jeunes en recherche de repères"

« Les jeunes gens issus des quartiers qui se convertissent sont en recherche de repères, constate Kamel Kabtane. Ils rencontrent l’Islam autour d’eux, et c’est l’islam qui vient répondre à leur questionnement sur la famille, l’autorité, etc. En venant à la mosquée, les jeunes convertis retrouvent un environnement, une démarche communautaire, et ils se sentent entourés. » Ainsi, là où les convertis français d’il y a vingt ans voyaient leur démarche comme un prolongement et un aboutissement de leur origine judéo-chrétienne, dans une optique spirituelle et apolitique, les jeunes issus des banlieues qui se convertissent aujourd’hui à l’Islam accompagnent cette démarche de convictions sociales ou politiques, en rupture avec la société actuelle. « Il y a un vide de formation », souligne Éric Geoffroy. Les organisations musulmanes françaises ont des difficultés à s’adapter à cette donne, qui n’est pas assimilable au phénomène de « re-conversion » de jeunes de culture musulmane, réel lui aussi.

Des formations spécifiques dans les mosquées

Pour accompagner la démarche des nouveaux convertis, certaines mosquées ont cependant mis en place des formations qui leur sont notamment destinées. La Grande Mosquée de Paris, par exemple, propose des cours d’initiation religieuse et fait passer un test de connaissances aux candidats, avant de délivrer un certificat de conversion. Ce dernier étant demandé surtout dans le cadre d’un mariage en pays musulman, d’un pèlerinage à La Mecque ou pour un futur enterrement. De son côté, le conseil des imams de Marseille a créé l’an dernier des sessions qui ont lieu tous les quinze jours, visant à transmettre les bases de l’islam, souligne l’imam Azzedine Aïnouche : « On propose aux convertis ou à ceux qui veulent se convertir de suivre trois à quatre séances de cette formation… » La suivent d’abord ceux qui veulent se marier avec un musulman, ou d’autres « qui sont en contact prolongé avec des musulmans dans les quartiers ». Quelles que soient leurs raisons, ces convertis sont un « objet d’étonnement » pour Azzedine Aïnouche : « Ils ne connaissent pas grand-chose de leur religion d’origine… » Pierre SCHMIDT (Source : Blog Marc-Claude de Portebane)

Des sportifs convertis à l’islam

Franck Ribéry. À 23 ans, le footballeur professionnel de l’Olympique de Marseille est membre de l’équipe de France. Il a grandi à Boulogne-sur-Mer, où certains de ses copains étaient musulmans. Issu d’une famille modeste et marié avec Wahiba, d’origine algérienne. Il s’est converti durant son adolescence et prie sur les terrains avant les matchs. « Cette religion, c’est moi qui l’ai choisie. C’est aussi elle qui me donne de la force », a-t-il expliqué au mois de juin dans Paris Match.

 Nicolas Anelka. À 27 ans, le footballeur joue actuellement à Fenerbahçe, en Turquie. Il a grandi à Trappes, en région parisienne. Ses parents sont venus de Martinique et travaillaient pour l’éducation nationale. Il se serait converti vers 16 ans, alors qu’il était stagiaire au PSG. Il ne parle pas ou peu de religion dans ses interviews, sauf dans un entretien dans L’Équipe magazine, en avril 2005 : « Je vis ma religion sereinement, sans prosélytisme. »

Philippe Troussier. L’ex-footballeur professionnel de 51 ans a entraîné notamment le Nigeria et l’Olympique de Marseille. Il vit au Maroc depuis une dizaine d’années, et s’est converti au printemps, avec sa femme. Il a expliqué dans L’Équipe magazine du 8 avril 2006 que sa conversion correspondait à un «long cheminement». Par ailleurs, d’après lui, sa conversion va lui permettre de faire des trois petites filles qu’il a adoptées au Maroc ses héritières, tout en les élevant dans leur culture.

Tariq Abdul-Wahad (ex-Olivier Saint-Jean). Le basketteur de 31 ans est le premier Français à avoir joué en NBA, en 1997. Il est né à Maisons-Alfort, en banlieue parisienne, de parents venus de Guyane. Il s’est converti en 1997, aux États-Unis, où il jouait pour l’université de San Jose et où il a rencontré un musulman dont la force de caractère et la générosité l’ont poussé à vouloir en savoir plus. Il affiche sa religion (il y a d’ailleurs toute une rubrique sur l’Islam sur son site Internet personnel). Il est marié avec une Française d’origine marocaine, Khadija, qui porte le foulard. Ils ont trois enfants.

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