09.11.2009

ENTRETIEN AVEC CLAUDIO MUTTI

En Italie, ainsi que dans d’autres pays européens, il existe une relative coopération entre certains courants musulmans et certains mouvements de droite radicale. En Allemagne (1), au contraire, la plupart des nationalistes sont critiques, sinon hostiles, vis à vis de l’islam. Quels sont, à votre avis, les motifs de cette différence ?
Numriser0003.jpgEn Italie, l’extrême droite (les néo-fascistes ou ce qu’on nomme la droite radicale) est d’opinions diverses, confuses et souvent contradictoires. Certaines composantes de cette nébuleuse on toujours eu une position explicitement philo-islamique. Les raisons de cela sont dues à divers facteurs. Premièrement, le souvenir de la solidarité historique qui unit le fascisme et le national-socialisme aux peuples musulmans. Ensuite, la présentation favorable de l’Islam que donnèrent les penseurs traditionalistes et tout particulièrement Julius Evola. Enfin, la manifestation de l’Islam, à partir des années 1970, comme une force spirituelle et politique en lutte contre le même ennemi.
Cela étant, à l’intérieur de cette nébuleuse, il faut noter l’existence de comportements quasi-schizophréniques qui consistent à adopter des positions philo-musulmanes ou philo-arabes concernant l’Irak ou la Palestine et des positions anti-musulmanes ou anti-arabes concernant l’Italie, où l’immigration est dénoncée comme une « invasion islamique », à cause d’une perception irrationnelle et émotionnelle de celle-ci. Naturellement, cette schizophrénie expose les militants de l’extrême droite et de la droite radicale au risque de devenir les alliés objectifs de la droite de gouvernement, qui est philo-américaine et philo-sioniste, et hostile aux véritables intérêts européens.

La société multiraciale et multiculturelle est, sans aucun doute, un danger pour l’Europe…
Le modèle sociale communément nommé « multiculturel » est en réalité monoculturel, parce qu’il promeut l’hégémonie, sinon l’existence exclusive, d’une culture unique : la civilisation occidentale, celle des États-Unis. Le modèle occidental, qui a été imposé à une moitié de l’Europe en 1945 et à l’autre en 1989, considère l’islam comme son ennemi prioritaire. « Pour l’Occident, écrit Samuel Huntington, le véritable problème n’est pas le fondamentalisme islamiste, mais l’islam en lui-même. »

Il se dit que l’islam n’est pas concerné par les différences raciales. Un accroissement de l’influence musulmane en Europe pourrait donc accroître la tendance au métissage…
L’islam affirme de manière radicale la primauté du facteur spirituel sur le facteur biologique. Cela ne signifie cependant pas que l’islam ne reconnaisse pas les différences raciales et n’en tienne pas compte. La doctrine islamique relative à cette question se trouve résumée dans le verset 21 de la sourate XXX du Coran où l’on peut lire « La diversité de vos langues et de vos couleurs sont aussi un signe. » L’islam considère donc que « langues et couleurs » sont des marqueurs de l’identité culturelle et raciale comme des « signes divins ». Ce n’est pas un hasard si Ludwig Ferdinand Clauss, qui dans Rasse und Charakter (1936) avait exposé la composante psycho-anthropologique du fait racial, est devenu musulman, comme l’est aussi devenu un autre théoricien de la race, Johannes von Leers.

On nous dit que l’islam est une religion très agressive qui n’accepterait pas l’existence des autres religions. Julius Evola défendit l’idée d’un Imperium supra-national et supra-confessionnel. Mais l’islam peut-il tolérer d’autres religions en concurrence avec lui ?
Historiquement, à chaque fois que l’islam est devenu la religion dominante d’un pays, il a reconnu l’existence des autres religions et a garanti à leurs membres la protection et l’autonomie. Dans l’Empire omeyyade les chrétiens furent respectés au point qu’un de leur futur saint, Jean Damascène, devint ministre du Calife ; dans l’Espagne musulmane fleurit la culture des chrétiens mozarabes ; dans l’Empire ottoman, le patriarche orthodoxe était considéré de même niveau qu’un ministre du sultan et la communauté chrétienne bénéficiait de l’autonomie la plus large qui soit ; dans l’Inde de la dynastie Moghol, les hindou et les bouddhistes étaient légalement considérés comme des « gens du livre » et bénéficiait de ce fait de privilèges particuliers ; aujourd’hui, dans la République islamique d’Iran les chrétiens et les zoroastriens ont des sièges de députés qui leurs sont réservés au Parlement. En ce qui concerne Julius Evola, son opinion concernant l’islam était très positive. Dans Révolte contre le monde moderne, il écrit que l’islam est une « tradition d’un niveau supérieur à toutes les croyances qui ont conquis l’Occident ».

L’idée eurasiste est bien connue en Italie et dans quelques autres pays européens, en Allemagne elle est quasi-ignorée. Seule notre revue, Junges Forum, a tenté de faire connaître la pensée d’Alexandre Dougine. Pensez-vous que le projet eurasiste soit réalisable ? Quelles sont les idées, en dehors de la géopolitique, qui peuvent unir l’Eurasie ?
Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, des États nationaux comme l’Allemagne, l’Italie ou la France étaient de taille suffisante – en terme de territoire, de population et d’économie – pour être indépendants. Maintenant, seules sont indépendantes les entités politiques qui disposent d’une dimension continentale. Karl Haushofer avait annoncé cela dès le début du XXème siècle en énonçant le concept géopolitique du bloc continental eurasiatique de Dublin à Vladivostok.
Cela étant, il ne faut pas oublier que si l’idée du Kontinentalblock eurasiatique est née d’une nécessité géopolitique, il a des fondements plus profonds dont l’origine se trouve dans l’unité spirituelle de l’Eurasie. Une unité qui transcende la multiplicité des formes culturelles.

Indépendamment de nos gouvernements qu’est-il possible de faire ?
La « pars destruens » de notre action doit consister à exposer l’essence anti-européenne de la notion d’Occident, qui a pour but de perpétuer la subordination de l’Europe aux États-Unis et de creuser un profond fossé entre l’Europe et le reste du continent eurasiatique. Il faut dénoncer la thèse du « choc des civilisations » pour ce qu’elle est : un instrument idéologique de l’impérialisme yankee qui vise à déclencher une série de guerres en Eurasie au profit des États-Unis. Si un « choc des civilisations » devait exister, ce ne serait pas celui qui opposerait l’islam au christianisme, mais la civilisation eurasiatique à la barbarie nord-américaine.
Notre « pars construens », doit être de créer une conscience eurasiste en utilisant le contenu des œuvres qui montrent l’unité spirituelle de l’Eurasie. Je ne pense pas seulement à celles d’auteurs traditionalistes comme Guénon et Evola, mais aussi aux travaux de spécialistes en histoire des religions comme Mircea Eliade et Giuseppe Tucci, d’historiens comme Franz Altheim et Lev Gumilev, de théoriciens classique de l’eurasisme comme Nikolaï Troubetskoï et Petr Savickiï.

L’idée eurasiste peut-elle être vu comme une renaissance de l’esprit du Saint-Empire médiéval ?
Avec Charlemagne, le Saint-Empire romain unifia l’espace compris entre la mer du Nord et la Méditerranée, entre l’Ebre et l’Adriatique. Avec Frédéric II, que Nietzsche qualifia de génie, un empereur qui parlait latin et allemand, grec et arabe et qui écrivait des poèmes en italien, le Saint-Empire fit un premier pas en direction d’une synthèse eurasiste après être entré en possession de Jérusalem grâce à une politique de « paix et d’amitié avec l’islam » (Nietzsche). Le grand Staufen réunissait dans sa propre personne les caractères d’un empereur romain, d’un roi germanique, d’un basileus byzantin et d’un sultan musulman. Ce n’est pas par hasard que les musulmans le comparaît à Alexandre de Macédoine qui le premier chercha à unir l’Europe et l’Asie. Aujourd’hui, à l’aube du troisième millénaire, l’idée eurasiste irradie le même esprit impérial sur tout le grand espace compris entre l’Atlantique et le pacifique.

notes

1 – Cet entretien a été réalisé par la rédaction de la revue NR allemande Junges Forum.
Claudio Mutti, qui milita à Jeune Europe dans les années 1960, est journaliste, écrivain et éditeur. Il est le rédacteur en chef de l’édition italienne de la revue Eurasia.

05.11.2009

ET SI 'LE PERIL OTTOMAN' S'ELOIGNAIT? par Christian BOUCHET

En février dernier, dans le n° 7 du bimestriel Flash, j’évoquais la situation de la Turquie, qui se sentant repoussée par les Européens et traitée en subalterne par la puissance militaire américaine, retrouvait ses réflexes ottomans, s'autonomisait et lorgnait vers Moscou.
Il n’est pas inutile de relire ce que j’écrivais alors :
Bozkurt.jpg« L'aigreur, vis-à-vis de l'Union européenne, qui rechigne à l’adhésion d’Ankara, est perceptible dans toutes les couches de la société turque. De même les élites militaires d'Istanbul ne cachent pas leur mauvaise humeur, depuis que George Bush, pour les besoins de la guerre en Irak, a permis la création d’un quasi-État kurde dans le nord de ce pays. Ainsi se développe un courant d’idées qui, peu à peu, rassemble des cadres musulmans de l'AKP, des membres de l’appareil militaire, des représentants de l’élite laïque et tout un peuple travaillé par des pulsions nationalistes. A défaut d’entrer dans l’Europe, nombreux sont ceux qui pensent que la Turquie peut jouer un rôle important dans la politique internationale, en s’appuyant sur la Fédération de Russie : comme le relève Thierry Portes, envoyé spécial du Figaro à Istanbul « au sud, la Syrie et l'Irak justifient des missions de bons offices avec Israël, la paix au Proche-Orient et les tensions avec Washington obligent à entretenir le dialogue avec l'Iran ; plus loin, regardant vers des profondeurs stratégiques pendant des décennies oubliées, la Turquie tente de rapprocher Afghanistan et Pakistan. Avec l'Arménie et la Géorgie, c'est la paix dans le Caucase qui est en jeu, la sûreté en mer Noire, et le dialogue avec la Russie. Enfin à l'Ouest, vers l'Europe, voilà les Balkans où la diplomatie turque aime à rappeler que les Russes ont des devoirs pour mieux rappeler ses anciennes prérogatives ottomanes. » Au ministère des Affaires étrangères turc, on parle maintenant de la Russie comme d’une alliée, on soutient nombre de ses positions comme celles sur l'indépendance du Kosovo ou sur le refus de l’intégration de l'Ukraine dans l'Otan, et on l’invite à participer au projet Nabucco, cette route énergétique partant d'Iran dont les Européens entendaient l’exclure… Dans le même temps, la Turquie a sérieusement ralenti le rythme des réformes qui étaient exigées d’elle comme préalable à son intégration dans l’Europe, montrant concrètement son moindre intérêt. » Ces dernières semaines, cette évolution de la politique étrangère de la Turquie a été telle que le néo-con yankee, Daniel Pipes, a publié, dans le Jerusalem Post du 28 octobre 2009, un billet au titre sans ambiguïté : La Turquie, ce n'est plus un allié.
Et notre homme d’y mettre en avant quelques événements signifiants récents. Pour lui, trois événements survenus tout au long du mois d’octobre révèlent l'ampleur de ce changement. Le premier s'est produit le 11 octobre avec la nouvelle que l'armée turque- bastion de longue date de la laïcité et défenseur de la coopération avec Israël- avait brusquement demandé aux forces israéliennes de ne pas participer à l'exercice annuel de la Force aérienne turque. Erdogan a mentionné des « sensibilités diplomatiques » pour justifier l'annulation et le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a parlé de « sensibilité à propos de Gaza, Jérusalem-Est et la mosquée d'Al-Aqsa ». Le deuxième événement a eu lieu deux jours plus tard, le 13 octobre, lorsque le ministre des Affaires étrangères de Syrie, Walid al-Moallem, a annoncé que les Forces turques et syriennes venaient juste « d'effectuer des manœuvres près d'Ankara ». Le troisième événement a été la rencontre de dix ministres turcs, dirigés par Davutoglu, de leurs homologues syriens, le même jour, pour des pourparlers sous l'égide du nouveau « Haut Conseil de Coopération stratégique Turquie-Syrie ». Les ministres ont annoncé qu'ils avaient signé près de quarante accords, à mettre en œuvre dans les dix jours ; que seraient réalisés des exercices militaires terrestres conjoints, plus complets et plus approfondis et que les dirigeants des deux pays allaient signer un accord stratégique en novembre. En conclusion le Conseil a publié une déclaration conjointe annonçant la formation d'un « partenariat stratégique durable » « entre les deux parties ». Mais, comme le remarque Daniel Pipes l'amélioration des relations avec Damas n’est qu'une partie d'un effort beaucoup plus important d'Ankara pour renforcer les relations avec les Etats régionaux et musulmans, une stratégie énoncée par Davutoglu dans son livre paru en 2000 « Profondeur stratégique : la position internationale de la Turquie ». L’actuel ministre des Affaires étrangères y prévoit de réduire les conflits avec les voisins, la Turquie émergeant alors comme une puissance régionale. Dans cette stratégie est implicite la distanciation de la Turquie, de l'Occident en général et d'Israël en particulier. Daniel Pipes, n’est pas le seul à s’inquiéter. A Tel Aviv, l’analyste Barry Rubin a déjà tranché : « le gouvernement turc est plus proche politiquement de l'Iran et de la Syrie que des Etats-Unis et d'Israël » et Caroline Glick, éditorialiste du Jerusalem Post, le confirme : « Ankara a déjà quitté l'alliance occidentale et est devenue un membre à part entière de l'axe iranien. » Or ce changement capital dans les choix géopolitiques de la Turquie est lourd d’implications dont la principale à nos yeux est sans doute la mise tacite sous le boisseau de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. L’avenir nous dira si les rapports de force à Ankara et les manœuvres des grandes puissances font que cette nouvelle orientation géostratégique de la Turquie est maintenue. En attendant, il se pourrait bien qu’un autre pays frappe à la porte d’entrée de l’Europe : Israël, au sujet duquel, le porte-parole de la diplomatie européenne, Javier Solana, a déclaré, le 21 octobre dernier « Israël est plus proche de l'Union européenne que ne l'est la Croatie (...) Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l'Union européenne sans être membre de ses institutions ». Si cette volonté d’intégration de l’entité sioniste dans l’Union européenne se concrétisait, gageons que les hommes politiques qui s’y opposeraient seraient bien moins nombreux que ceux qui ont lutté contre l’éventuelle adhésion de la Turquie. (Source: voxnr.com)

 

22.10.2009

UNE QUESTION DE VALEURS par Christian BOUCHET

L’affaire Roman Polanski, puis l’affaire Frédéric Mitterrand, auront sans doute eu un avantage inattendu, celui de procéder, une fois de plus, à un partage des eaux. Ainsi, a-t-on pu voir la totalité des islamophobes médiatiques, les dénonciateurs habituels du voile, des atteintes portées au droit des femmes, etc., les Alain Finkielkraut, les Caroline Fourest, et tous les autres, se ranger, comme pour la parade, derrière Polanski et Mitterrand. Bouchet.jpgDans le même temps, toutes les structures musulmanes qui comptent ont dénoncées les agissements pédophiles du cinéastes et du ministre. Le site Oumma.com, par exemple (et ce n’est qu’un exemple parmi de très nombreux autres), s’est indigné de « l’indécence » de Mitterrand « s’apitoyant devant les caméras sur le cas Roman Polanski » avant de dénoncer « la tour d’ivoire des nantis décadents » et « l’immoralité qui frappe ces intouchables du pouvoir, lesquels sont à ce point dénués du sens de l’honneur qu’ils ne démissionnent jamais. » Sensiblement au même moment, un club de football de sensibilité musulmane a eu le courage de faire ce qu’aucun club de gaulois n’avait jusqu’alors osé : refuser de jouer un match contre une équipe revendiquant haut et fort son inversion sexuelle. Me sont alors revenues à l’esprit ces lignes de Gilbert Comte, parues dans le numéro du printemps 2006 du magazine Eléments : « Quand à la droite, mes propos sonnent sans doute à ses oreilles comme du chinois ou du bambara. Aux familles bourgeoises apeurées qu’elle rassemble parfois électoralement, je souhaite seulement d’avoir encore assez d’énergie pour produire des “grands frères” sourcilleux comme il faut l’être sur l’honneur, à commencer par celui des filles. L’immigration a transplanté aux périphéries de nos villes des peuples restés encore très traditionnels. Ils y subissent depuis trente ans l’agression d’un modernisme destructeur sous toutes ses formes, à commencer par la permissivité et la domination de l’argent. Si la droite clabaudeuse avait été autre chose que ce qu’elle est, c’est-à-dire un ramassis de petits bourgeois bruyants mais apeurés, c’est là qu’elle aurait envoyé des missionnaires, afin d’y lever des secours. Mais il lui aurait fallu une audace qu’elle n’imagine même pas dans ses ronrons de nonagénaires. » Comme en écho, je me suis aussi souvenu qu’Alain Soral, alors qu’il était encore au Front national, s’était risqué à écrire: « La culture musulmane ne produit pas des délinquants drogués et suicidaires, mais des hommes élevés dans des valeurs. Des valeurs de dignité et de respect qui ressemblent beaucoup, finalement, à celles qu’on inculquait aux hommes de France, et à moi-même, avant la déferlante du néo-matriarcat à l’américaine importé par mai 68. » Je n’en tirerai nullement la conclusion que nous devrions baisser la garde face à l’islam, et tout particulièrement face à certaines de ses manifestations les plus rétrogrades et les plus contraires aux mœurs européennes, mais je ne peux m’empêcher de penser, une fois de plus, que nous ne devons pas nous tromper dans la désignation de l’ennemi. Rappelons le, encore et encore, l’ennemi principal, ce n’est pas celui que le système nous désigne, ce n’est pas celui que l’on pourrait nommer l’ennemi de confort (l’immigré, le musulman, la femme voilée, etc.), mais c’est le système en lui-même et ses suppôts, ses Finkielkraut et ses Fourest... Si la mouvance nationale ne prend pas garde à cela, elle finira comme la droite hollandaise anti-immigrée que sa haine de l’islam a conduit successivement à se donner à un homosexuel militant puis à un ami d’Ariel Sharon et d’Ehoud Olmert. Certains en prennent déjà le chemin, on l’a vu le week-end passé en Provence, pour ma part je n’en serai pas. (Source: voxnr)

 

19.10.2009

MITTERRAND: LE SILENCE DE PHILIPPE DE VILLIERS par Denis JAISSON

Philippe de Villiers était la semaine dernière en voyage à Madagascar(1). L'Elysée paya-t-il les frais le voyage? Nous avons de bonnes raisons de penser que oui.2009-10-10T080054Z_01_APAE5990M9M00_RTROPTP_3_OFRTP-FRANCE-MITTERRAND-REUNION-20091010.jpg
Après avoir pris Pasqua pour un honnête homme, Villiers a pris le caniveau pour les fossés du château. Mais les affaires pleuvent; on n'y voit plus rien dans Clearstream et Frédéric Mitterrand est un partenaire culturel embarrassant pour la Vendée catholique. Comment sortir de la fange qui déboule du ministère de la culbute des fruits verts, quand on a accepté la veille de fouler la crotte? Comment rappeler le bottin mondain, politique et culturel des amateurs de jeunes pubis imberbes à la décence, sans désavouer celui qui, pour sûr, le fera ministre (demain on rase gratis)? Plus terre à terre, le MPF est désargenté; ses perspectives financières sont désespérées, au point que Villiers se prostitue - lui rappellera-t-on, par pitié pour ses enfants, que coller sur sa tempe le pistolet de papa est plus honorable que prendre la pause à côté d'un pédophile pour faire une photo de famille?
En déplacement ou pas, Villiers assume son statut de nouvelle grue sur le trottoir en se taisant sur l'apologie de la double valeur (un ministre pédophile vaut mieux qu'un Dutrou si le premier est un esthète) et de la mercantilisation anale mineure dans un néolibéralisme où on a le droit de tout vendre et tout acheter (assez tapé sur Frédéric; ces garçons étaient consentants tout de même!) Mais le trottoir est encombré depuis l'ouverture à gauche; Villiers n'aura pas les pieds au sec avant longtemps. Quand à un ministère, il peut toujours trotter à Madagascar ou ailleurs. Grand bien lui fasse d'ailleurs; courir après une vache malgache est moins ambigu que faire l'antichambre d'un ministre, de nos jours. (Source: voxnr.com)

Notes

1 - www.pourlafrance.fr/actualites/http://www.pourlafrance.fr/actualites/codeveloppement-villiers-a-madagascar.html

06.10.2009

ELLE EST AUX ORDRES DE SARKOZY, C'EST LA NOUVELLE EXTRÊME-DROITE... par Christian BOUCHET

Deux nouvelles récentes, ont confirmé une analyse que je faisais depuis plus d’un an : la mise en place par certains réseaux d’une extrême droite sarkocompatible. Il y a eu tout d’abord l’annonce que la deuxième Convention identitaire, qui doit se tenir à Orange, le temps d’un week end d’octobre, recevrait un hôte de marque : Yves-Marie Laulan, présenté dans un communiqué comme « économiste, démographe et géopoliticien. ». truclambda4cg9bf1.gif Ce que le communiqué omet de préciser, c’est qu’Yves-Marie Laulan a un pedigree conséquent de libéral atlantiste. En effet, notre homme a été un cadre important du Fonds monétaire international (FMI) puis de la Banque mondiale, avant de devenir chef du service des affaires économiques de l'OTAN… Ce sont des postes que l’on n’occupe pas par hasard et des fonctions que l’on n’obtient pas si on est soupçonné du moindre désaccords avec ces instances mondialistes.

 Les hommes et leurs idées changent, me direz vous. Ceci est parfaitement exact et l’on peut donc s’interroger : Yves-Marie Laulan est-il allé à Canossa ? Que nenni ! Notre homme, qui s’était porté volontaire pendant la guerre des Six Jours pour servir dans l'armée israélienne, affirme toujours haut et clair ses idées : ultra-libéralisme économique (il a, il y a quelque temps proposé la suppression de toutes les aides à l’emploi), soutien inconditionnel à Israël et haine de "l'extrême droite traditionnelle". Qu’il soit invité à prendre la parole à la Convention identitaire d’Orange est donc un signe fort : les idées qu’il défend et l’image politique qu’il véhicule sont « cachères » pour les « identitaires ».  Plus récemment, la presse a annoncé la création d’une Ligue du Sud derrière le maire d’Orange, Jacques Bompard, afin de présenter une liste en PACA aux prochaines élections régionales. Ce que les journalistes ont peu dit c’est que cette Ligue du Sud sera aussi présente en Languedoc-Roussillon où sa tête de liste sera, cette fois, un certain Richard Roudier, ancien membre de la direction d’Unité radicale et maintenant un de ceux qui dirigent le Bloc identitaire et organisent la fameuse Convention identitaire.

 La manœuvre là est claire et le quotidien Le Figaro, jouant contre son camp, l’a maladroitement éventée. Il a en effet révélé que dans les sondages pré-électoraux qu’à fait réaliser l’UMP en PACA, il est ressorti que, quel que soit son candidat, la droite sarkozyste arrivait en tête au premier tour (avec 31 à 34% des voix), devant le PS (27 à 29%), les Verts (14 à 16%), le MoDem (5 à 6%) et Le FN (12 à 14%). Ces sondages donnent le PS gagnant au second tour dans tous les cas de figure (avec 49 à 51% des suffrages), à la faveur d'une triangulaire avec le Front national (8 à 10 %). La seule possibilité de victoire pour l’UMP est donc d’éliminer le FN du second tour en le faisant passer sous la barre des 10 %. Cela n’est possible qu’en suscitant l’apparition d’une liste dissidente, marquée à droite mais qui donnera le moment venu les bonnes consignes de vote. La manœuvre est sensiblement la même en Languedoc-Roussillon. Ces deux nouvelles résument ce que sera la nouvelle extrême droite. D’un point de vue idéologique, elle sera libérale, européiste, favorable à la landerisation de notre sous continent et au démantèlement des nations, elle se réfèrera à l’occidentalisme et au choc des civilisations. D’un point de vue politique, elle tentera d’exister en jouant un rôle d’appoint électoral aux blocs centraux de la droite libérale.

Tout cela en fait bien sur une ennemie pour le mouvement national français dans son ensemble et tout cela donne raison à posteriori à mes mises en garde et à mes appels à la mise en quarantaine. L’ennemi était tapis dans nos rangs et peu nombreux étaient ceux qui en avait conscience. Maintenant au moins les choses sont claires et bien des yeux vont se dessiller. Christian BOUCHET (Source voxnr.com)

05.10.2009

ENTRETIEN AVEC JEAN-MARIE LE PEN - Propos recueillis par Nicolas Gauthier, Kamel, Abdelaali et Jonathan

C’est le plus ancien en grade et en fonction. Total respect, donc. Surtout au vu de ce qu’il a à dire à nos lecteurs. À ceux qui s’étonneront qu’aucune question ne lui ait été posée quant à la tambouille politicienne, cette seule réponse : c’était aussi le but de l’opération ! LE%20PEN.jpgL’homme ayant vécu, de près et de visu, tant de bouleversements relevant désormais plus de l’histoire avec un grand “H” que de la politique avec un petit “p”, on ne le dérange pas, juste façon de savoir ce qui fait la différence entre le Modem et le Nouveau centre, et autres scissions toutes plus groupusculaires les unes que les autres, qu’elles grenouillent ou non à droite ou à gauche de l’échiquier électoraliste… Bref, on lui parle d’autre chose. On tente d’élever le débat vers d’autres sphères qui, comment dire, relèvent davantage de la géopolitique et de la civilisation que de l’actuel brouet que les médias nous servent, matin, midi et soir jusqu’à indigestion .D’où ce long entretien, à l’occasion duquel l’homme livre ce qu’il a sur le cœur.

 

Dès la chute du mur de Berlin, vous avez été l’un des premiers hommes politiques à avoir pris acte du fait que le monde avait changé en profondeur et que les cartes allaient être redistribuées…

Les choses ont changé c’est certain, et la fin de la Guerre froide n’a pas toujours été intégrée, ni dans les esprits, ni dans les déterminations politiques. L’émergence des puissances nouvelles, les phénomènes de migration massive, transforment la donne géopolitique mondiale. Ces derniers ont défini des solidarités nouvelles. En ce sens, il y a un certain temps que ce mouvement d’union, par ailleurs adultéré par l’Union Européenne, s’étend jusqu’aux pays slaves, participant ainsi à la multipolarité du monde avec des pays qui nous sont proches. Évidemment, cela n’induit pas d’agressivité à l’égard d’autres pays, en particulier ceux du Sud, mouvement qui nous a longtemps permis de nous tenir relativement à distance de la politique américaine. Le choix par les Français d’élire Nicolas Sarkozy s’est traduit par une option tout à fait différente en ce domaine ; c’est la raison pour laquelle nous sommes dans l’opposition, et en passe, d’ailleurs, d’être les derniers opposants.

À l’époque, Mikhaïl Gorbatchev aurait dit aux Américains, juste après la chute du mur : “Nous venons de jouer le tour le plus pendable qui soit, nous vous avons privés de votre principal ennemi…” D’où la stigmatisation de l’islamisme, sorte de diable de substitution ?

C’est tout à fait ça. D’ailleurs, dans quelle mesure ce diable n’est-il pas instrumentalisé par la politique américaine ? Son émergence évidente participe plus, à mon avis, d’une poussée démographique que religieuse. Je crois que les aspirations de puissance de certaines nations, naturelles, pas forcément politiques et calculées, prennent le canal religieux parce qu’il est le moins vulnérable. Moi, j’ai milité pour que nous ne rompions pas les liens traditionnels de la politique française avec les pays de l’islam, qui restent d’ailleurs très différents, très divisés, derrière une Oumma qui est en fait beaucoup plus de façade que de réalité. Même le monde arabe est profondément divisé. D’ailleurs, les maîtres de la manipulation diplomatique que sont les Britanniques ont toujours affirmé que c’est un monde qui ne serait jamais unifié. C’est ce qui m’a amené personnellement, alors que je ne connaissais aucun Irakien, à prendre des distances de plus en plus grandes avec les États-Unis et la politique qu’ils menaient dans le Moyen-Orient. J’ai appliqué le même raisonnement aux relations avec l’Iran. Ce pays n’a pas à être diabolisé, même s’il ne faut pas se montrer naïf pour autant, sachant que les nations ont leurs propres égoïsmes, leurs propres intérêts. Il ne s’agit pas de donner dans les sentiments, mais pas non plus de les écarter systématiquement des relations internationales. Je n’ai pas été suivi, c’est le moins que l’on puisse dire.

 

En 1990, quand vous prenez position contre la Guerre du Golfe, vous êtes minoritaire même au sein de votre propre mouvement, ou en tout cas au bureau politique…

En tout cas ça ne s’est pas manifesté. [Rires]. La première expression de ma position a été une tribune publiée par Le Figaro, intitulée “Qu’allons-nous faire dans cette felouque ?” À partir de cette démarche, et profitant de la sympathie qu’elle entraînait chez les Irakiens, je me suis rendu à Bagdad rencontrer le président Saddam Hussein, ce qui m’a permis d’obtenir la libération de nombreux otages. Pas des otages français, mais européens, parce que le gouvernement français a tout mis en œuvre pour empêcher que j’en sois le bénéficiaire politique. De même, quand j’ai ramené ces otages, mon avion a été détourné, sur ordre du gouvernement français, de Strasbourg à l’aéroport de Bâle. Nous avons été accueillis par des policiers avec chiens, casques et pistolets-mitrailleurs. Ensuite, les événements ont pris la tournure que j’avais prévue, et l’Irak s’est avéré être un guêpier sans issue.

 

Puis, le martyre du peuple irakien : deux guerres, l’embargo…

Cataclysme auquel nous n’avons pas été indifférents puisque nous avons créé l’association SOS Enfants d’Irak, il y a plus de dix ans, présidée par ma femme Jany, qui, d’une antenne de Bagdad, s’occupe aussi du sort des enfants irakiens réfugiés en Jordanie.

 

La chose est peu connue, mais on dit qu’aux pires moments de la guerre entre l’Iran et l’Irak, vous avez aussi joué les intermédiaires, les messieurs “bons offices” entre ces deux pays…

C’est tout à fait exact. Je pense qu’ils ont été tous les deux victimes de manipulations américaines et que cette guerre a été suscitée, entretenue et aggravée par les États-Unis et Israël. Mais, dans ces histoires de Moyen-Orient, il n’est pas forcément nécessaire de les diviser, de les séparer l’un de l’autre…

 

Revenons-en à l’islamisme. À la faveur de la guerre en Afghanistan, les États-Unis n’ont-ils pas été le principal financier de l’islamisme ?

Pire, après avoir financé l’islamisme, ce sont les Américains qui ont en quelque sorte “créé” les Talibans tout en offrant, sur un plateau, l’arme nucléaire au Pakistan. Maintenant ils sont aux prises avec leur propre créature…

 

Un peu comme en 1945, quand les USA ont armé l’URSS contre l’Allemagne, pour ensuite se retourner contre Joseph Staline…

Absolument ! Comme à Cuba, où ils ont laisser faire Fidel Castro contre Fulgencio Batista pour le retrouver ensuite comme ennemi.

 

C’est une manie, chez eux ! Déjà, au Vietnam, ils avaient financé le général Giap contre les Français…

Il y a des gens dont c’est le métier de vendre des armes. S’il n’y a pas de guerre, comment veut-on faire du commerce ? Cette relance alternative leur permet de faire des affaires !

 

 Quand les Américains nous vendent, clefs en main, un choc de civilisations entre Occident et Orient, le véritable choc ne serait-il pas plutôt entre les sociétés marchandes et mercantile ?

Tout à fait, ce clivage est essentiellement incarné par les Anglo-Saxons. On peut ainsi considérer qu’il y a des divergences fondamentales de conception de la vie et du monde. Ce qui fait la différence entre nous et eux, c’est peut-être que nous travaillons pour vivre alors que d’autres préfèrent vivre pour travailler. La politique étrangère, en tout cas celle qui peut avoir un avenir, s’articule autour d’un certain nombre de réalités. Il faut des intérêts communs, des risques communs et des sentiments communs. Je crois que les espaces de relations et d’influences que je définis paraissent plus proches et réalistes que ceux qui nous sont proposés. Le rôle qui nous a été assigné par le président Sarkozy, c’est celui du petit toutou en laisse qui est chargé d’aboyer face aux adversaires, alors que j’ai sans doute une plus grande ouverture d’esprit aussi, une plus grande pratique des autres peuples.

 

Vous avez également beaucoup voyagé…

Oui. Mais il y a un autre fait à prendre en compte : la France a toujours eu un autre niveau de relations avec les autres nations. Mais, paradoxalement, le fait d’avoir été plus affectifs, plus humanistes, plus proches des peuples, ne nous a pas forcément rendus plus sympathiques. Je me souviens qu’en Égypte, au moment de l’opération de Suez, en 1956, les Britanniques, qui avaient toujours agi avec brutalité dans la répression, avaient plus de prestige que nous n’en avions. Et à la limite, ils étaient moins détestés que nous. Dans l’amour il y a toujours un reproche : on n’en fait jamais assez. Tandis que la posture anglo-saxonne, dans sa froideur et sa distance, fait qu’on n’en attend rien ; donc, on n’est pas déçu.

 

Un peu comme la France et l’Algérie, sorte d’histoire d’amour contrariée.

Avec aussi beaucoup d’aveuglement. En 1957, quand j’ai présenté la candidature d’Ahmed Djebbour à Paris, aux élections législatives, Jacques Soustelle, me dit : “Mais vous n’y pensez pas ? Vous rendez vous compte ? Vous présentez un Arabe à la députation à Paris”, un tel discours, alors qu’il est le symbole de l’Algérie française ! Je lui assure que ça me paraissait être dans la logique de la politique que nous définissions alors, mais il ne m’écoute pas !

 

L’Algérie française sans les Algériens, donc…

C’est ça ! Et je choisis un candidat qui me semble représenter le rêve de cette Algérie commune : il est marié selon la loi française, selon le code civil, ce qui est relativement rare à l’époque dans des milieux de classe moyenne. Seuls les grands bourgeois, quelquefois, ont cette pratique. Je pousse ma logique assimilationniste. Elle est de jouer le jeu, que je crois possible, mais ça ne correspond pas à ce que souhaitent beaucoup de puissants. On l’a bien vu avec la politique du général De Gaulle, qui dit oui à l’Algérie française, et le “Je vous ai compris”. Moi, je pense que, pour la France, c’est un atout fantastique que d’avoir le pied sur deux continents différents. Nous avons les possibilités d’un développement exceptionnel et corrélatif. Ça aurait été une autre aventure. Malheureusement, je n’ai guère été suivi…

 

Quel jugement portez-vous sur Hugo Chavez, le président vénézuélien ?

Le poids de l’Histoire est très fort, ainsi que le poids des cultures. Je pense que le continent hispanique a plus d’affinités naturelles avec l’Espagne, même si les relations ont parfois été douloureuses. Mais la France peut être appréciée en Amérique du Sud, malgré la barrière de la langue. Bien sûr que nous devons utiliser ce qui nous reste de prestige auprès de ces pays, ce qui est lié à des choses mystérieuses d’ailleurs, à l’Histoire et au catholicisme. Il y a une attitude générale du monde latino-américain qui a quand même été la grande déception du XXe siècle. Ces pays présentaient un potentiel exceptionnel et, malgré des réussites incontestables, telle l’émergence du Brésil, c’est tout de même assez décevant par rapport à ce que l’on pouvait attendre d’eux. L’Argentine et le Chili sont restés, dans le fond, des puissances régionales.

 

Il faut dire que la doctrine Monroe leur interdit d’être des puissances politiques, et quand elles essaient d’y arriver, il y a toujours un putsch…

Il est vrai que les Américains leur tiennent sévèrement la bride. Mais il est étonnant de voir l’hispanité reconquérir aux États-Unis les territoires qui leur ont été volés. C’est la Reconquista !

 

Vous avez été très lié avec l’ancien Premier ministre turc islamiste Necmettin Erbakan. Peut-on en savoir plus ?

Il n’était pas pour l’entrée de la Turquie en Europe. Il avait une autre conception de la grandeur, plus ottomane qu’européenne. C’est assez compréhensible, même si cela heurte de plein fouet les intérêts anglo-saxons qui, en 1918, ont dépecé la Turquie, lui confisquant au passage tout son pétrole… J’ai toujours eu des relations assez amicales avec la Turquie, j’ai dû être un des premiers marins à naviguer sur leurs côtes. C’est un peuple courageux et travailleur. Mais ils ont plus d’affinités avec les Allemands qu’avec nous, comme on disait à la Légion étrangère. Ce sont des maîtres dans le travail du fer, du bois, du cuir. Ils maîtrisent la création d’objets, plus que nous. Pour résumer la personnalité de Necmettin Erbakan, il faut savoir qu’il s’agit d’un religieux, très profondément croyant, persuadé comme moi que l’islam risque de se corrompre dans la fréquentation ou dans l’intimité d’un Occident décadent.

 

Aujourd’hui, Israël paraît se croire absolument tout permis. Même en Afrique du Sud, aux pires heures de l’Apartheid, les Afrikaners ne faisaient pourtant pas endurer aux Noirs le centième de ce qui se passe à Gaza…

Ce serait insulter les Afrikaners que de faire cette comparaison. La doctrine afrikaner, aussi contestable qu’elle ait pu être, et contestée historiquement, était quand même une proposition de développement séparé et non pas d’hostilités poussées aux extrêmes. C’est sûr que le traitement réservé aux Palestiniens est absolument scandaleux.

 

Entre les murs, les blocus, les eaux usées qu’Israël déverse sur Gaza, plus grosse concentration démographique, prison à ciel ouvert, ça fait beaucoup. Et quand ils se révoltent un petit peu avec leurs roquettes en carton, ils se font ratonner…

Dès que l’on dit cela, on est immédiatement pris pour cible. En France, on ne peut plus rien dire ! Rappelez-vous quand j’ai dit que Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon était un film médiocre et sans importance, j’ai cru qu’on allait me refaire le procès du “détail” !

 

Pourtant, un “raciste” présumé qui est ami avec Dieudonné, ça devrait faire réfléchir…

Cette réputation de racisme a été fabriquée. La première fois que j’ai été élu député, mon deuxième de liste était Noir. Je ne suis pas raciste. Sur le plan personnel, je reconnais la dignité et la capacité individuelles de gens différents issus de races différentes. Cela étant, je demeure un adversaire de l’immigration de masse et, plus encore, adversaire de ces grands mouvements migratoires qui, je crois, contribuent à déstabiliser l’équilibre des sociétés.

 

C’est mauvais pour les pays d’accueil, mais aussi pour ceux d’origine. Ainsi comptons-nous plus de médecins béninois en Île-de-France qu’au Bénin… C’est vrai. Ce phénomène crée un monde cosmopolite, de gens souvent coupés de leurs racines, n’ayant plus les qualités de leurs origines, et beaucoup des défauts de l’endroit où ils se trouvent.

 

L’immigration de masse, on peut la voir comme une forme raffinée de l’esclavagisme. Parce que finalement, avant, acheter des esclaves ça coûtait beaucoup d’argent. L’esclave, il fallait le nourrir, le loger, le soigner et il travaillait le moins possible, faute de “plan de carrière”. Désormais, ce sont les esclaves qui viennent tout seuls pour se faire exploiter ! C’est finalement la forme la plus raffinée de l’esclavagisme ?

D’une certaine manière, c’est vrai. Mais de la part du pouvoir, c’est plus une politique de lâcheté, d’incapacité d’affronter les problèmes. Il est certain que l’antiracisme est devenu une religion à laquelle on fait dire n’importe quoi et à partir de laquelle on déclenche toutes sortes de comportements qui me paraissent asociaux. On dit que les Américains ont trouvé en ce domaine des méthodes de sélection inédites : le mur du Rio Grande serait ainsi fait pour être franchissable par des jeunes hommes de 20 à 40 ans, mais pas par les autres, trop jeunes ou trop vieux…

 

Ce qui est paradoxal justement, quand on voit les mouvements antiracistes en France, c’est qu’ils servent de caution morale à des actions assez ignobles. Quand on voit qu’au lieu de payer normalement des Français, on sous-paye des clandestins, donc qui ne peuvent pas être syndiqués, sans se poser la question de savoir si ces gens-là sont heureux chez nous – parce que le déracinement n’est jamais un bonheur –, il y a quelque chose d’assez malsain dans tout ça, non ?

Cette action en faveur des “sans-papiers” est une revendication sûrement sincère chez un certain nombre de gens, même fondée sur cette sorte d’injustice que vous dénoncez ; mais la vie elle-même est injuste. À partir de cela, on a théorisé une opposition entre races, parfois aggravée par la différence des religions. Et puis, il y a eu aussi toutes ces indépendances mal négociées ayant débouché sur tant d’espoirs déçus. Alors, oui, je suis respectueux du droit des hommes, mais j’aimerais bien aussi qu’on soit respectueux des droits des Français de souche. Je suis un Français de souche, je ne vais pas m’en excuser. Ça ne me rend pas pour autant agressif à l’égard des autres Français de branche qui, à mes yeux, méritent de l’être par les efforts qu’ils ont faits pour le devenir ou le rester. Ce n’est pas évident… On sait ce que cela peut représenter de souffrance, l’insertion dans un autre pays.

Vous avez été le premier homme politique d’envergure à avoir demandé, en 1987, l’annulation définitive de la dette des pays sous-développés…

C’était en effet lors d’une conférence de presse. À croire qu’en cette matière, j’ai également été un précurseur. Mais à mon sens, il s’agissait d’une mesure de justice élémentaire.

 

 Dieudonné affirme que, tout bien réfléchi, cette décolonisation hâtive a été pire que la colonisation et que c’est à cette époque que le véritable pillage de l’Afrique a commencé…

Sur le pillage des ressources, je crois qu’il faut essayer d’être objectif. Il y a des ressources qui ont été exploitées par les Occidentaux, mais qui n’auraient pas pu l’être par ces peuples qui n’avaient pas le niveau technique, ni les moyens d’investissement suffisants pour mettre leurs richesses en valeur. Alors bien sûr, la sagesse aurait voulu que tout cela fût géré avec plus de compréhension.

 

Et avec un meilleur sens du partage, aussi ?

Sans aucun doute. Même si la violence et la guerre sont les accoucheuses de l’Histoire, le résultat est décevant. C’est moins vrai au Maroc et en Tunisie, mais quand on regarde l’Algérie par exemple, où pourtant il a été donné un patrimoine considérable, y compris le Sahara qui n’était pas algérien et ses ressources en gaz et en pétrole, eh bien, il faut dire que là la poussée démographique a tout bousculé. La population est de plus en plus nombreuse et la gestion du pays ne correspond pas à un développement harmonieux.

 

Vous développiez tout à l’heure une vision continentale de l’Europe, quasiment boréale, allant jusqu’aux peuples slaves. Mais pour le Celte que vous êtes, on sent aussi qu’il y a un amour de la Mare Nostrum, parce que, si on résume un peu les choses, toutes les civilisations sont nées autour de la Méditerranée : l’écriture, Homère, les philosophes, les religions révélées…

On a tenté cette synthèse. C’est son échec qui me conduit à essayer de développer une autre forme d’association. Je crois que les conflits laissent des cicatrices qui ne sont pas toujours faciles à effacer, et des blessures pas toujours faciles à guérir compte tenu du fait que c’est l’intérêt politique d’un certain nombre de gens que de les rouvrir en permanence.

 

D’autant plus que si l’on regarde plus loin dans l’histoire, la France a bien plus fait la guerre aux Prussiens, aux Hongrois, aux Anglais, aux Allemands qu’au Maghreb et au Proche-Orient.

À la limite, les guerres peuvent aussi rapprocher. Prenez le cas de l’Allemagne et de la France, j’affirme que le sentiment anti-allemand était moins fort après la Seconde guerre mondiale qu’il ne l’était avant. Pourquoi ? Avant ce conflit, les peuples allemand et français n’avaient l’un de l’autre qu’une appréhension chimérique, artificielle, médiatique. Alors que là, il y a eu cohabitation en quelque sorte. C’est-à-dire que nous avions battu les Allemands, ils nous avaient battus, on s’était rebattu ensemble bien souvent. Mais on a vu notre débâcle en 1940, et la leur en 1944. Il y a eu un million et demi de prisonniers français en Allemagne pendant quatre ans, ils travaillaient dans des fermes… Et il y a eu l’équivalent de prisonniers allemands en France après la guerre. Ce jour-là, ils se sont aperçus qu’il y avait effectivement peu de choses qui les séparaient ; qu’ils avaient à peu près les mêmes conceptions familiales, sociales. Et donc il a fallu soixante ans d’efforts, de matraquage politique, pour maintenir les Allemands, d’abord dans leur humiliation – ils s’y prêtent d’ailleurs assez bien –, et puis qu’on recrée un stock de sentiments hostiles. Il faut savoir que ce ne sont pas les faits qui forgent les relations, c’est la relation de ces faits. Or, un Français, quelle appréhension a-t-il de la Seconde guerre mondiale ? Eh bien le cinéma, les films ! Il ne sait pas ce qui s’est réellement passé. Mais il croit savoir ce qu’il a vu au cinéma. Il y a même un certain nombre de gens qui, comme ça, sont convaincus qu’ils ont été résistants. Ils se voient avoir fait dérailler les trains, etc, alors qu’ils étaient dans leur lit ou sous leur lit !

 

Et puis à l’époque, tout le monde courait après les tickets de rationnement, comme l’écrivait le défunt Michel Audiard…

J’ai été jugé pour avoir tenu des propos aussi peu orthodoxes sur ces questions. J’ai dit au juge : “Madame, écoutez, soyons raisonnables ! Mettez-moi donc de la prison ferme, j’ai besoin de trois mois pour lire, écrire un peu, cessons cette hypocrisie des mois de prison avec sursis !”

 

Je vous ramène à l’immigration, à la France, à l’islam, phénomène d’après vous davantage lié à la poussée migratoire démographique qu’à un simple problème religieux ?

Quand il y avait 400 000 ou 500 000 musulmans en France, il y avait une mosquée, personne n’en réclamait d’autre. Maintenant il y a des réclamations constantes, souvent suscitées par les maires afin d’augmenter leur clientèle électorale. Un peu comme Sarkozy, qui professe l’opinion dominante du problème venant d’être soulevé. Il est très vert en ce moment, parce qu’il a vu le succès d’Europe-Écologie aux dernières élections européennes. Il était aussi très tricolore en 2007… Cet homme est toujours à disposition !

 

Ce que certaines personnes peuvent reprocher aux mosquées, c’est d’abord de ne pas s’inscrire dans l’architecture traditionnelle…

Je dirais qu’il y a là une volonté provocatrice, en particulier des musulmans sous influence wahhabite. Ces espèces de grands blocs à la manière du Sacré-Cœur de Montmartre. Ces grandes mosquées financées par l’Arabie Saoudite, que l’on voit à Singapour, à Hong Kong, partout dans le monde. C’est sûr que cela peut apparaître incongru dans le paysage où s’inscrivent ces fantaisies architecturales. C’est très curieux, mais près de Grenoble, sur un terrain industriel, il y a un endroit où voisinent trois mosquées. L’une est marocaine, l’autre algérienne, la dernière kurde ou iranienne. L’architecture n’est pas provocatrice, relativement modeste avec petits minarets. Mais nous sommes déjà en plein communautarisme…

 

Parlons franchement : y a-t-il incompatibilité entre les cinq piliers de la foi musulmane – profession de foi, cinq prières quotidiennes, ramadan, charité du vendredi, pèlerinage une fois dans sa vie à La Mecque – et le mode de vie français ?

À mon sens, aucune. En principe, les religions chrétiennes étaient religions de paix, de fraternité et d’amour. Ça n’a pas empêché les catholiques et les protestants de s’égorger des siècles durant, tel qu’en Irlande aujourd’hui encore. Ainsi, le fait qu’il y existe un islam pacifique ne signifie pas pour autant qu’il le restera toujours. Et dans ces affaires, il ne faut pas non plus surestimer l’ingrédient religieux. La guerre d’Algérie n’a jamais eu de caractère religieux. C’était un mouvement laïc, nationaliste, socialiste.

 

Pour les populations issues de l’immigration, le retour à la culture religieuse d’origine, ça aide aussi au maintien de l’ordre public ?

Sûrement. Mais pour aller plus loin, sachant que les médias jouent à nous faire peur avec l’islamisme, je me demande, moi qui suis iconoclaste, dans quelle mesure le terrorisme islamiste n’a pas été imaginé pour freiner l’expansion islamique.

 

En tout cas, si le 11 septembre est l’affaire des islamistes, c’est qu’ils sont plus nigauds que la moyenne…

C’est encore l’une des choses auxquelles je ne crois pas. Il y a un certain nombre de choses auxquelles je ne crois pas…

 

C’est votre côté Bigard, on va dire…

Oui, mais je suis plus que Bigard ! C’est mon côté voltairien : en matière d’Histoire, le doute doit être constant. Donc, si on me dit ceci, monsieur, c’est une chaise [dit-il en désignant la table basse de son bureau], je ne le crois évidemment pas. C’est pourquoi j’ai peine à imaginer que cet attentat si sophistiqué ait pu être conçu dans une grotte d’Afghanistan.

Par des Talibans en mobylette ?

Non que je ne croie les Orientaux capables de monter des coups, mais celui-là était quand même très peaufiné…

 

Et on ne peut pas dire qu’il ait servi la cause de l’Islam dans le monde…

C’est pour ça qu’à titre d’hypothèse, je pense qu’après tout, peut-être que des gens ont pu imaginer

 

Claude Imbert écrit dans Le Point “Je dois avouer qu’effectivement je suis assez islamophobe…” À croire qu’il s’agit d’une nouvelle mode médiatique…

 

Je crois à ce que je vois. Et ce que je vois autour de moi, ce sont des musulmans intégrés à la vie sociale, très souvent par l’artisanat plus encore que par le commerce. Parce que le commerce les met quelquefois en relation avec leurs propres coreligionnaires. Alors que l’artisanat les place au contraire dans un milieu différent. La vérité m’oblige ainsi à remarquer que leurs réactions sont souvent celles de Français de souche.

 

Lesquelles consistent souvent à râler contre le fisc et ’administration…

Et à en avoir assez d’être persécutés par les impôts, de se poser le problème de savoir combien c’est difficile de laisser les filles sortir le soir, etc. Alors, qu’ils aient une religion, la nôtre ou la leur… Moi, les descendants de l’immigration, je les considère avec respect. Le dernier jour de la campagne européenne, nous avons conduit les journalistes au Parc Astérix, mais sans qu’ils le sachent. Alors on leur donne rendez-vous au siège du Front, on va vers l’autocar qui va nous amener, mais ils ne savent pas où. À ce moment-là, paf ! Un camion d’éboueurs de la mairie communiste de Nanterre, avec deux superbes Noirs derrière, habillés en jaune, qui en passant font “ho ! ho !” Et les journalistes me disent : “Mais vous les connaissez ?” Je leur dis que non, mais qu’eux, ils me connaissent ! Ils étaient soufflés. Mais j’en ai cinquante exemples du même acabit…

 

On reproche souvent aux gens de droite d’être pessimistes. Dans ce registre, pensez-vous que c’était toujours mieux avant et que ce sera pire demain ?

L’autre jour, je lisais un livre, Un fil dans le tapis, de François Suarez d’Aulan, officier de réserve au 8e RPIMA, consacré à l’histoire de sa famille, laquelle remonte à l’an 800, en Espagne. Les Suarez, c’était une grande famille aristocratique française. Il raconte qu’à la prise de Cordoue ou de Séville, on trouva le drapeau musulman, abandonné, mais sur lequel était brodée la formule “Dieu est toujours le vainqueur”. C’est à ce moment que sa mère dit au dernier roi musulman d’Espagne, Boadil : “Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme…” Alors, moi je suis comme le bœuf qui traîne sa charrue dans son sillon. Le bœuf ne sait pas le rôle qu’il joue dans la galaxie, mais il traîne sa charrue.

 

 Rien n’est donc jamais inutile dans la vie ?

Rien n’est inutile, rien n’est jamais perdu. Les choses peuvent changer. Le pire, c’est de n’être pas. Et, surtout, d’être infidèle à soi-même. La vie est courte : on ne peut pas toujours rencontrer les gens qu’on souhaiterait. Il y a en place des forces colossales qui tiennent le monde, qui imposent leur vision et qui ont organisé la haine des Arabes et des musulmans contre moi, ce qui est tout de même assez pittoresque pour qui connaît mon passé !

 

Où veut-on aller ?

C’est une question que tous les êtres humains se posent, quelle que soit leur religion…

 

En Occident, maintenant, les gens ont peur de mourir. Les musulmans, eux, ont plutôt peur d’aller en Enfer. Mais comme c’était le cas chez nous autrefois…

Oui, mais on ne peut pas généraliser. Je crois qu’il y a là une gamme de réactions très variées, mais que, par discrétion, par prudence, les musulmans n’expriment pas. Et puis il y a aussi les réactions d’en face de l’adversaire. Un ami athée m’a dit : “Si on voulait virer les types de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, [les catholiques traditionalistes, NDLR] moi j’irais faire le coup de poing pour les défendre…” En fait, c’est exactement ça. Lui ne va pas à la messe, il ne croit pas en Dieu, et il veut les défendre. C’est cette solidarité naturelle entre les êtres humains qui présente une certaine valeur morale. Ils respectent un certain nombre de critères communs. Pour nous, un homme loyal, c’est un homme loyal dans n’importe quel monde. Un voleur, c’est un voleur. Un salaud, c’est un salaud. Et ça, ça nous rapproche terriblement les uns des autres.

 

À ce compte, pensez-vous que le nationaliste de demain puisse être aussi issu de l’immigration

J’ai affirmé un jour, alors qu’on disait “mais qu’est-ce qui arriverait si il y avait un soulèvement des banlieues ?”, que c’est peut-être le général Ben Barek qui réduirait les insurgés. La formation civique des jeunes de banlieue, mais aussi des autres, a été abandonnée ; à l’école, d’abord, puis par l’abandon de la conscription à l’armée. Or, à l’armée, on apprend plus sûrement à ne pas être raciste qu’à l’école, parce que nous étions tous camarades de combat. Et ça, c’est irremplaçable. Je dois avouer qu’en ce sens, la France n’a pas été à la hauteur. Il suffit de voir Hervé Morin, l’actuel ministre de la Défense… Encore un dont les seules balles qu’il ait entendu siffler à ses oreilles étaient des balles de tennis ! Ces mecs, réformés ou objecteurs de conscience, n’ont jamais vu un fusil de leur vie.

 

Êtes-vous conscient que nombre de Français issus de l’immigration aient pu théoriser et intégrer l’idée d’un nouveau nationalisme ?

J’en suis convaincu. Je dirais, sans enlever le mérite de ceux qui le font consciemment, que c’est sociologique et naturel, quand vous n’avez plus ou si peu de liens avec le pays d’origine. Ma théorie, c’est de dire que vous ne devez pas avoir honte ou peur parce qu’il y a déjà beaucoup de vos frères en religion en terre de France. Ils sont les combattants des guerres passées. Un jour, je rencontre un garçon nommé Toscano, violoniste. Je lui demande : “Vous êtes d’où ?” Il me répond qu’il est de Vannes. De Vannes, avec un prénom pareil ? Et là, il me répond : “Je suis de Vannes parce que mes parents sont enterrés à Vannes…” Voilà une bonne réponse ! Je suis très critique à l’égard du pouvoir français. Parce que l’attitude de compromis avec les jeunes, en particulier les marginaux, est condamnable. Les jeunes, il ne faut pas les laisser aller. Moi je suis un partisan de la fessée pour les enfants. D’ailleurs, un jour j’ai vu à la télé un père musulman à qui l’on disait “Oui, mais comprenez, on va retenir les allocations familiales, parce que vous ne tenez pas vos enfants”. Et le malheureux d’expliquer : “Mais comment voulez-vous que j’éduque mes enfants ? Quant on donne une claque à l’un de nos enfants, l’assistante sociale, le psychiatre, le psychologue nous menacent de procès. Comment voulez-vous faire ?”

 

C’est une volonté de destruction de la famille, aussi ?

Là, on peut trouver une grande communauté avec ceux qui respectent ces valeurs ; qu’ils aillent à l’office le dimanche ou le vendredi. D’ailleurs, qui pourrait mieux rapprocher chrétiens et musulmans que la notion de Dieu ? Celle de la vie éternelle. Voilà qui constitue quand même l’essentiel de la vie. Mais, pour les raisons que vous savez, tout est fait au contraire pour nous séparer ou nous opposer au maximum.

Lors de la grande psychose de l’entre-deux tours, en 2002, les autorités musulmanes sont les seules à n’avoir pas pris parti. Ils ne vous ont pas attaqué, ils n’ont pas appelé à voter Chirac.

Le fait est indubitable… Les autorités musulmanes se sont bien tenues, au contraire de tant d’autres…

Cela signifierait-il que certains musulmans manifestent plus d’intérêt pour l’identité nationale ?

Eh oui ! Et moi, j’apparais comme un vieux schnock dans cette histoire. Pour les médias, c’est “Oh, il est encore là celui-là ! il n’est pas encore mort ?” C’est ça, il n’y a plus d’idéal. C’est le monde que certains veulent, un univers de moutons consommateurs.

 

24.09.2009

ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN BOUCHET (Propos recueillis par Alexandre LASTA)

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Christian Bouchet bonjour et merci de répondre à mes questions. Tout d’abord, pourriez-vous vous « présenter » de façon synthétique ?

 Je suis enseignant de profession et, dans le même temps, je suis aussi journaliste - à la fois sur le net et dans des organes de la presse traditionnelle - ainsi qu’écrivain et éditeur. Comme je ne dédaigne pas non plus le militantisme politique de terrain, je vous laisse imaginer à quel point mes journées sont bien remplies… Je suis de ceux qui disent : « Les 35 heures je suis pour, mais pas tous les jours ! »

 Vous avez eu un parcours varié au sein de la « mouvance nationale » française et européenne, comment le résumeriez-vous aujourd’hui avec un peu de recul ?

 En réalité, mon parcours n’a pas été si varié que cela. Bien au contraire, j’ai tendance à penser qu’il se caractérise par une grande constance. Je suis entré en politique durant le second semestre 1969. J’avais à l’époque 14 ans et demi. Après un court passage dans les milieux monarchistes, dû à mon origine familiale, je me suis rattaché à un courant que je n’ai jamais quitté depuis : celui du nationalisme-révolutionnaire. Il s’en est suivi presque trente ans d’activisme politique, comme militant d’abord puis comme cadre dirigeant, dans des groupuscules dont le nombre d’adhérents a varié, selon les périodes, entre quelques dizaines et quelques centaines. Alors que j’ai sacrifié beaucoup de choses à cet engagement groupusculaire, je n’ai jamais réellement cru à ses chances de réussite politique. On peut donc se demander pourquoi j’ai persisté… C’est tout simplement parce que si je ne croyais pas à la réussite organisationnelle, j’étais en revanche convaincu – et je le suis toujours – par la justesse des idées et par leur influence possible. Ainsi, je me retrouve assez bien dans cette citation de Gilles Martinet, qui a passé, pour sa part, une partie de sa vie dans des groupuscules de la gauche dure : « Je n’ai jamais cru à l’avenir des petites organisations se situant en marge des grandes formations historiques. Et pourtant, j’ai participé moi-même à la constitution et à la direction de plusieurs de celles-ci. C’est que je croyais que leur existence et que leur combat pouvaient entraîner des changements au sein des grands partis. » Ce rôle les NR français l’ont joué au sein du mouvement national. En plus de lui fournir quelques cadres de très haut niveau, il ont servi de laboratoire idéologique et de passeurs d’idées. C’est ce qu’a très bien vu Nicolas Lebourg, un universitaire hostile mais honnête, qui, dans sa thèse Les nationalistes-révolutionnaires en mouvements (1962-2002), écrit (p. 704) : « Au sein même du système politique concurrentiel, les groupuscules trouvent leur importance en leur travail de “veilleur” et de fournisseur de concepts et d’éléments discursifs aux structures populistes qui ont, quant à elles, accès à l’espace médiatique. Si on y regarde bien, les nationalistes-révolutionnaires ont donné trois idées au Front national : l’anti-immigration, l’anti-américanisme, l’anti-sionisme, et l’ont ainsi armé lexico-idéologiquement. » Mais pour jouer ce rôle de formateur de cadres, de laboratoire idéologique et de passeur d’idées, encore faut-il avoir une structure, une presse, des activistes, etc. C’est ce qui a justifié les constructions groupusculaires auxquelles j’ai participé et c’est ce qui justifie toujours mon combat.

 Récemment sont apparues, dans la scène politique et au sein des partis, de nouvelles lignes de fractures : atlantisme/continentalisme, sionisme/anti-sionisme, mondialisme/anti-mondialisme, libéralisme/anti-libéralisme, etc. Elles touchent tous les partis politiques y compris la mouvance nationale à un point tel qu’il est difficile de s’y retrouver. Quelles sont pour vous aujourd’hui les principales, et quelles sont celles que vous prônez ?

 Ces lignes de fractures sont, du moins pour ce qui est de la mouvance nationale française, beaucoup plus anciennes qu’on ne le croit et on les retrouve déjà clairement dans les années 1950/1960. Il me semble que la situation est la même, à des niveaux différents, pour les autres forces politiques françaises, à l’exclusion sans doute des communistes. Cela étant, ce qui est sans doute nouveau et plus prometteur, c’est que des recompositions, dans l’immédiat fort timides cependant, se produisent et qu’elles se font en fonction de ces lignes de fracture et non pas en fonction du schéma gauche-droite. C’est ce, qu’en d’autres temps, j’avais défini comme les « nouvelles convergences » et qu’un Thierry Meyssan a très bien décrit en faisant part de sa surprise quand il les a découvertes : « Lorsque j’ai publié L’Effroyable imposture, je m’attendais à des réactions selon le clivage droite-gauche, parce que j’avais toujours vécu avec. Je me suis rendu compte qu’une autre ligne de partage apparaissait, que j’avais des amis et des adversaires dans tous les camps. » A cette occasion, Thierry Meyssan précisait : « Je pense que nous devons tous nous repositionner en fonction de la question principale, celle de la souveraineté des peuples face à l’impérialisme. ». C’est une opinion que je partage et qui contient la réponse à votre question, soit en clair que les lignes de fracture principales se structurent autour de l’opposition continentalisme/atlantisme, anti-sionisme/sionisme, anti-libéralisme/société marchande, etc. On a souvent l’impression que le FN n’était qu’une bouée pour une grande majorité d’électeurs frustrés, qu’il faisait tout le temps le grand écart (absence de programme économique clair, prises de positions géopolitiques contradictoires, etc..) mais qu’il était maintenu soudé et en position de force par son président, Jean Marie Le Pen.

Comment envisagez-vous l’après Le Pen ? Êtes vous gollnischien ou mariniste ?

 Je me garderais bien de me définir par rapport à une personne quelconque… Si j’ai fait un choix, et celui-ci est clair et notoire, il a été non pas lié à une sympathie humaine particulière mais à une réflexion idéologique et stratégique sur la nécessité de développer en France un mouvement national populaire et sur la personnalité la plus apte à l’incarner. Pour me résumer, je reprendrais à mon compte les termes d’une tribune libre d’Alain de Benoist publiée sur le site voxnr.com peu de temps après les dernières législatives : « Le Front national paraît avoir mis du temps à comprendre que la culture de ses électeurs n’était pas forcément la même que celle de ses militants. L’avenir du FN dépendra de sa capacité à comprendre que son “ électorat naturel ” n’est pas le peuple de droite, mais le peuple d’en-bas. L’alternative n’est pas pour lui de s’enfermer dans le bunker des “ purs et durs ” ou, au contraire, de chercher à se “ banaliser ” ou à se “ dédiaboliser ”. L’alternative à laquelle il se trouve confronté aujourd’hui de manière aiguë est toujours la même : vouloir encore incarner la “ droite de la droite ” ou se radicaliser dans la défense des couches populaires pour représenter le peuple de France dans sa diversité. » Mon combat et celui de mes amis est là : à l’intérieur ou à l’extérieur du FN contribuer a ce qu’il devienne, selon les termes d’Alain de Benoist, « une force de transformation sociale dans laquelle puissent se reconnaître des couches populaires au statut social et professionnel précaire et au capital culturel inexistant, pour ne rien dire de ceux qui ne votent plus. » Qu’il devienne en clair le véritable « parti du peuple de France ». Quand je lis dans une déclaration de Marine Le Pen à 20 minutes « Je ne me sens pas à l’aise dans les quartiers bourgeois. Je suis plus à l’aise dans les quartiers populaires », quand je vois le FN axer sa campagne contre l’immigration sur les aspects économiques et sociaux de celle-ci ou organiser une manifestation devant le siège des patrons-voyous de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière, quand je vois les excellents résultats obtenus à Hénin-Beaumont, je me dis que si nous n’avons pas encore gagné, il se pourrait bien que nous en prenions le chemin.

L’étiquette souverainiste a-t-elle pour vous un quelconque sens à l’heure de la mondialisation, où l’on assiste dans le monde à une sorte de renaissance des grands espaces en Asie (Chine, Inde), dans le monde musulman (Turquie, union panafricaine), en Eurasie (Russie), en Amérique du sud (Brésil, Venezuela). La France a-t-elle une chance de survivre (démographiquement, culturellement, économiquement) sans l’Europe ?

 Si par souverainisme on entend « la France seule » et une politique étrangère d’enfermement obsidional réduite à la défense du pré-carré, ce terme n’a pour moi aucun sens. Il en a en revanche, s’il recouvre une volonté de redonner à la France les moyens d’avoir une politique étrangère et économique indépendante et de pouvoir agir tant pour recréer l’indispensable axe Paris-Berlin-Moscou, que pour structurer une Europe active et indépendante. Disons, pour résumer à l’extrême, que la politique étrangère que je souhaite à la France correspond mille fois plus à celle que mena Dominique de Villepin qu’à celle que défend Philippe de Villiers.

 Paradoxalement alors que l’on assiste à cette renaissance des grands espaces, l’Europe semble incapable d’unité politique, tant les dissensions semblent fortes entre « vieille Europe » (continentale ?) et « nouvelle Europe » (atlantiste ?), comment l’expliquez-vous ?

 Sans aucun doute par l’influence et l’action du « parti américain ». Dans les années 1960, Jean Thiriart parlait des « centaines de petits Quisling » qui agissaient en Europe de l’Ouest. Il y en a maintenant des milliers à l’œuvre en Europe orientale…De plus, il y en a aussi beaucoup chez nous, et à des postes dirigeants. Il y aurait beaucoup à dire par exemple sur les structures du type French American Foundation – il en existe des similaires dans presque tous les pays – qui sélectionnent parmi les élites locales ceux qu’il faut séduire. Actuellement, en France, ce type de think tanks s’intéresse de très près aux meilleurs jeunes éléments issus des communautés immigrées pour préparer l’avenir et les gagner à la cause du Grand Occident.

 La France vient de faire le choix de réintégrer le commandement armé de l’OTAN. Pourtant au même moment, l’administration Sarkozy semble jouer l’adoucissement avec la Russie. En gros Nicolas Sarkozy joue sur les deux tableaux. Dans le même temps, des voix se font entendre (mouvances d’extrême gauche, divers intellectuels gaullistes…) pour que la France intègre l’Organisation de la coopération de Shanghai. Quelle est votre opinion à ce sujet et comment jugez-vous ce grand écart du président Français ?

 Il n’est pas exclu que notre président se laisse emporter par une volonté d’exister par lui-même en politique étrangère. Il est suffisamment égocentrique pour le faire et ceci pourrait expliquer cela. Toutefois, il sait que la laisse est courte et ses dissidences sont toujours très contrôlées et balisées…Pour ce qui est d’une intégration de la France à l’Organisation de la coopération de Shanghai, dans l’état actuel des choses, même si l’idée est sympathique, elle me semble relever de l’utopie.

A l’heure de la crise financière, tout le monde s’accorde à dire, enfin, que « peut être » la globalisation libérale à « échoué », et que le modèle Occidental pour l’humanité n’est peut être pas le « meilleur ». D’après vous d’où viendront les nouveaux modèles civilisationnels et économiques ?

 D’où viendront-ils ? Je ne sais. Sans doute seront-ils multiples et adaptés aux zones civilisationnelles. La finance islamique, qu’il est de bon ton de dénoncer dans la mouvance nationale, est sans doute un exemple d’alternative économique intéressante. Quant à nous, notre courant ne manque pas d’idées. Dans un texte récent intitulé « Le solidarisme comme alternative à la crise », Emmanuel Leroy a proposé une troisième voie économique dont je dont je vous invite à lire le développement ici puisque je ne suis pas de taille à concevoir une argumentation supérieure à la sienne

http://www.voxnr.com/cc/dt_autres/EkVplZpkEFUySZGCbr.shtm...)

Vous êtes très présent sur la scène géopolitique et notamment auprès du mouvement Eurasien d’Alexandre Douguine (dont le programme politique généralement peu connu est détaillé sur ce blog). Pouvez nous nous en parler ? Y a-t-il une volonté de la part de nationalistes révolutionnaires comme vous de créer des structures eurasistes en Europe ?

Il existe en Europe occidentale des cercles eurasistes au moins au Portugal, en Italie, en Allemagne et en France. Le site evrazia.info est mis régulièrement à jour dans quatorze langues dont huit sont parlées en Europe de l’Ouest. L’an passé, lors des « Journées de la dissidence » qui regroupent traditionnellement tous les ans, au mois de novembre, les cadres NR européens à Madrid, Dimitri Kutzenov, qui est d’une certaine mesure l’ambassadeur du Mouvement international eurasiste avait fait le voyage de Moscou pour s’entretenir avec nous. Vous pouvez en conclure qu’il y a bien une volonté d’organiser une nébuleuse eurasiste « à l’Ouest ». Cela étant, nous n’avons pas d’ambitions strictement politiques, nous nous contentons de répandre des idées, de les faire connaître… Parfois avec un succès indéniable : la revue Eurasia, qui a des éditions en langue italienne et française, publie des textes d’universitaires et de géopoliticiens reconnus qui ne craignent pas de s’afficher dans nos colonnes.

Le projet eurasien vous semble-t-il compatible avec le projet paneuropéen de nombre de nationalistes d’Europe ?

 Si vous faîtes allusion aux projets du type de ceux élaborés par Guillaume Faye ou par les proches de Pierre Vial, je vous répondrais bien sûr non. Il est d’ailleurs piquant que ceux-ci, qui rêvent à une grande Europe blanche, écrivent eux-mêmes qu’« il est malheureusement possible que l’Eurasie soit un concept plus réaliste dans l’immédiat que celui d’Eurosibérie que nous soutenons. » (Terre et peuple n° 37, 2008. En revanche, l’eurasisme qu’Alexandre Douguine développe actuellement en Russie, et qui est pour partie redevable à Ernst Niekisch et à Jean Thiriart, est parfaitement compatible avec le paneuropéisme nationaliste-révolutionnaire. Pour la petite histoire, il semble même être, aux yeux de certains hiérarques du Front national, compatible avec le nationalisme français. Du moins dans l’esprit de Jean-Marie Le Pen qui, lors de la convention d’Arras du FN du 15 mars dernier, a déclaré : « Nous voulons une Europe puissante, indépendante et respectée englobant les nations du continent boréal de Brest à Vladivostok. (…) Cette Europe-là, elle va, comme disait le Général de Gaulle, de l'Atlantique à l'Oural, et même jusqu’à Vladivostok, dessinant l’arc septentrional de nos solidarités culturelles et de nos intérêts communs. (…) Cette Europe enrichie des cultures grecques et latines, magnifiée par le christianisme, sublimée par la Renaissance, cette Europe transmise de génération en génération jusqu’à nous et nos enfants, elle englobe bien sûr l’immense Russie. La France, l’Allemagne, l’Italie, nous avons tous besoin des gigantesques ressources en énergies fossiles de la Sibérie. La Russie, quant à elle, qui est entrée depuis longtemps dans la nuit glaciale de l’hiver démographique, a besoin d’hommes, d’ingénieurs, d’ouvriers, de colons, pour aménager l’espace sibérien et contenir l’expansion démographique naturelle de la Chine. La grande Europe continentale a, incontestablement, la taille critique pour contrebalancer la superpuissance américaine, et contribuer à l’équilibre des forces qui est le meilleur garant de la paix mondiale. »

Pour les Français et les Européens, les grandes inquiétudes du futur sont le plausible leadership économique Chinois et l’explosion démographique des populations musulmanes, notamment à l’intérieur de l’Europe. Comment estimez-vous compatible/incompatible ces deux éléments ?

Je ne suis pas convaincu que telles soient réellement les grandes inquiétudes des Français et des Européens. Du moins des simples citoyens. Il me semble que, selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent et en suivant, d’une certain mesure, la pyramide de Maslow, ceux-ci s’inquiètent pour les uns des risques de chômage, de l’insécurité, de leur paupérisation, pour les autres des OGM, du réchauffement climatique, voire de la montée de l’antisémitisme…S’inquiéter de problèmes géopolitiques ou démographiques n’est pas une attitude commune ni courante. Cela étant, il faut différencier deux choses : un « péril jaune » tant économique que démographique, qui est réel, et auquel il faut apporter des réponses géopolitiques qui justifient les thèses eurasistes et un éventuel péril démographique musulman qui lui me semble relever d’un problème mal posé. Vous me parlez en effet de « l’explosion démographique des populations musulmanes, notamment à l’intérieur de l’Europe ». Dois-je en conclure que la seule explosion démographique du tiers-monde qui vous préoccupe soit celle des musulmans ? De même, dois-je conclure que la seule immigration – car tel est le véritable problème – qui vous chagrine soit celle des mahométans ? Je suis convaincu que non, mais votre question, par sa formulation même, montre que vous avez inconsciemment subis l’influence des lobbies qui nous désignent qui nous devons aimer et qui nous devons haïr. Maintenant soyons sérieux, qu’il y ait un problème d’explosion démographique dans les pays du tiers-monde, je suis d’accord même s’il faudrait mettre quelques bémols à cette analyse. Qu’il y ait un problème d’immigration en Occident, je le suis aussi. Mais à mes yeux, tout d’abord, l’ennemi ce n’est pas l’immigré, c’est celui qui le fait venir, c’est ce patronat qui délocalise ainsi à domicile et qui se sert des travailleurs qu’il importe pour maintenir un chômage élevé et donc des salaires bas. Ensuite, il n’y a pas pour moi d’immigration non-européenne qui soit pire ou qui soit meilleure du fait de la religion. Un musulman marocain en tant qu’immigré vaut un tamoul hindouiste ou un ivoirien catholique. Nos amis espagnols qui connaissent une importante immigration de sud-américains catholiques ne font guère de différence en terme de nuisance entre celle-ci et l’immigration maghrébine musulmane… Or, la manœuvre de nos ennemis, de ceux justement qui font venir les immigrés, c’est de nous en désigner certains comme mauvais pour que nous trouvions les autres meilleurs, donc acceptables…

Alain Soral ou vous (entre autres) donnez l’impression de jouer à fond la carte « arabo-musulmane », par exemple vous êtes notamment régulièrement présents dans les manifestations pro Palestiniennes, E&R jouant la carte de la « mixité » bleu-blanc-rouge, etc. Ces « terrains » étaient pourtant jusqu’alors réservés à l’extrême gauche ?

Sur les positions d’Alain Soral et de ses partisans, dont je ne suis pas, je peux difficilement vous répondre. La seule chose que je peux vous dire est que mon agenda et le leur sont notablement différents. En ce qui me concerne, je soutiens effectivement la résistance palestinienne et j’appelle régulièrement ceux qui me suivent à faire de même, y compris en participant à d’éventuelles manifestions ou actions organisées par d’autres que nous. Je suis surpris que cela semble être quelque chose de nouveau à vos yeux, puisque Jean Thiriart, Maurice Bardèche, François Duprat et bien d’autres s’y sont déjà engagés dès le milieu des années 1960, à une époque où l’extrême gauche était bien timide sur ce point. Il faut se rappeler, qu’en France, une des toutes premières associations de solidarité avec la Palestine a été le Rassemblement pour la libération de la Palestine créé en 1967 par François Duprat. De même, il est important d’insister sur le fait que le premier européen tombé dans les rangs de la résistance palestinienne, Roger Coudroy, n’était pas une membre de la gauche radicale, bien au contraire, c’était un des nôtres puisqu’il avait milité à Jeune Europe avant de rejoindre les commando naissants de l’OPL. A titre tout à fait personnel, j’ajouterais que mon engagement en faveur de la Palestine ne date pas d’hier. En effet, le tout premier article que j’ai donné à la presse nationaliste-révolutionnaire, à la fin des années 1970, fut un article de soutien au FPLP.

 Est-ce que ce soutien est tactique ? Est-ce par antiaméricanisme et/ou antisionisme ?

Mon soutien, comme celui de mes amis, est légitimé par deux arguments. Tout d’abord par une révolte, bien naturelle, contre une injustice faite à tout un peuple à qui on a volé sa terre. Ensuite par un souhait d’être libres chez nous de nos choix de politique extérieure et intérieure. Je m’explique. La création puis la survie de l’entité sioniste n’a été rendue possible que par le soutien des pays occidentaux. Pour obtenir celui-ci, les sionistes ont du développer des lobbies, plus ou moins importants et plus ou moins actifs, afin de faire pression sur les gouvernements et les hommes politiques. En France, tout particulièrement, ce lobby n’a jamais cessé d’agir afin que notre pays modifie sa politique étrangère, non pas dans notre intérêt mais dans un sens favorable à l’État d’Israël. Par ailleurs, à la fois pour inquiéter les juifs de France et les pousser ainsi à faire leur Alyah, et pour mettre en mauvaise posture notre gouvernement et l’obliger à « faire des gestes positifs », il n’a cessé de crier au loup afin de faire croire à un péril antisémite. Dans cette manœuvre, il a désigné un bouc émissaire particulier, le mouvement national dans son ensemble, quelle que soit d’ailleurs sa position réelle vis-à-vis d’Israël, et ce faisant, il a largement contribué à sa démonisation et à sa marginalisation politique. Combattre l’entité sioniste et son lobby c’est donc, à mes yeux, revendiquer le droit pour la France d’avoir la politique étrangère qui convient à ses intérêts et pour les Français le droit de voter pour qui ils l’entendent et non pas uniquement pour ceux que le CRIF désigne comme cacher.

 Ne serait-il pas préférable d’adopter une ligne « ni keffieh, ni kippa » ?

 Alain de Benoist nous a récemment démontré la stupidité d’une telle thèse. Interrogé sur la neutralité dans le conflit palestino-sioniste que suppose cette ligne il a répondu : « Carl Schmitt nous l’a rappelé : s’affirmer neutre, c’est encore prendre position. Quand il y a un agressé et un agresseur, la neutralité d’un tiers profite objectivement à ceux qui agressent. Dominique de Villepin le disait très justement : l’équidistance est impossible à tenir lorsque l’on est en présence d’un conflit asymétrique. Or, c’est précisément ce type de conflits qui se développe aujourd’hui un peu partout. (…) Dans l’idée que ce qui se passe à Gaza « ne nous concerne pas », je vois surtout, plus profondément, la marque lamentable, pathétique, de ce que l’on appelle en philosophie la métaphysique de la subjectivité, ou de façon plus familière le nombrilisme tribal. L’individualisme consiste à ne s’intéresser qu’à soi-même, et à se désintéresser des autres. Le nombrilisme tribal élargit le « je » en « nous », mais en conservant le même raisonnement : le moi collectif est à la fois le bien absolu et le seul critère de vérité. (…) Il fut une époque où l’on trouvait conforme à l’honneur de se battre pour une cause noble et juste, même lorsqu’elle n’était pas la nôtre. On jugeait également honorable d’être activement solidaire des populations martyrisées et de ceux qui résistaient à l’oppression. Avec le nombrilisme tribal, cette époque s’achève. On s’oriente vraiment vers le degré zéro de la réflexion. » Je n’ai rien à ajouter à cette brillante analyse que je partage totalement.

 Seriez-vous de ceux qui pensent que le nationalisme français ne se régénérera que par l’immigration, même de non Européens ?

 Non, je ne le pense absolument pas. Il n’est, cependant, pas exclu que certains descendants d’immigrés deviennent des nationalistes français et participent ainsi au mouvement national. Il y en a déjà un certain nombre. Mais je crains quand même qu’un tel phénomène reste marginal. Il me semble que le sentiment nationaliste des « français de branche » a plus de chance de se manifester dans un rattachement plus ou moins fantasmé à la terre ou à la culture de leurs ancêtres. Je ne serais donc pas surpris si le phénomène d’apparition de partis ethniques ou religieux à connotation nationaliste auquel on assiste déjà en France - avec le Parti des musulmans de France, le Parti antisioniste, le Mouvement des indigènes de la république ou le Mouvement des damnés de l’impérialisme – prenait dans les années à venir une certaine ampleur. Cela étant dit, l’idée de régénération des idées que l’on pourrait qualifier comme étant celles de la « droite des valeurs » par l’immigration a été brillamment défendue par Gilbert Comte, dans le numéro du printemps 2006 du magazine Eléments : « Quand à la droite, mes propos sonnent sans doute à ses oreilles comme du chinois ou du bambara. Aux familles bourgeoises apeurées qu’elle rassemble parfois électoralement, je souhaite seulement d’avoir encore assez d’énergie pour produire des “grands frères” sourcilleux comme il faut l’être sur l’honneur, à commencer par celui des filles. L’immigration a transplanté aux périphéries de nos villes des peuples restés encore très traditionnels. Ils y subissent depuis trente ans l’agression d’une modernisme destructeur sous toutes ses formes, à commencer par la permissivité et la domination de l’argent. Si la droite clabaudeuse avait été autre chose que ce qu’elle est, c’est-à-dire un ramassis de petits bourgeois bruyants mais apeurés, c’est là qu’elle aurait envoyé des missionnaires, afin d’y lever des secours. Mais il lui aurait fallu une audace qu’elle n’imagine même pas dans ses ronrons de nonagénaires. » C’est une idée que l’on retrouve chez Alain Soral, évoquée en ces termes : « La culture musulmane ne produit pas des délinquants drogués et suicidaires, mais des hommes élevés dans des valeurs. Des valeurs de dignité et de respect qui ressemblent beaucoup, finalement, à celles qu’on inculquait aux hommes de France, et à moi-même, avant la déferlante du néo-matriarcat à l’américaine importé par mai 68. »

 Des mouvements régionalistes et identitaires se développent en Italie, et également en France. Ces mouvements comme les Identitaires (en France) ou la Ligue du Nord (en Italie) prônent une identité à triple échelle : régionale, nationale et Européenne, et sont farouchement opposées au jacobinisme républicain, quelle est votre opinion sur ces mouvements ?

 Vous auriez aussi pu citer le Vlaams Belang, la Plate-forme pour la Catalogne ou des groupes plus marginaux comme Alsace d’abord ou Adsav en Bretagne… Mon opinion à leur sujet est bien entendu négative. Comment pourrait-il en être autrement ? Bien sur, défendre les identités locales est un engagement louable avec lequel nous sommes tous d’accord. Mais il y a aussi un risque d’hétérotélie, de dérive perverse, qui, au final, peut aboutir à favoriser la landerisation de l’Europe et son affaiblissement. Et, c’est, malheureusement, dans cette optique qu’agissent les divers groupes identitaires actifs au niveau européen. Leur l’Europe aux cents drapeaux c’est une Europe aux cents Kossovo… C’est une Europe où toute solidarité disparaît, où l’on arrive à des prises de position odieuses et grotesque comme celle de ce dirigeant identitaire breton qui déclarait récemment qu’en Bretagne, il ne voyait pas de différence entre un immigré poitevin et un immigré africain ! C’est aussi une Europe encore plus divisée qu’elle ne l’est actuellement, donc dont les composantes les plus faibles sont encore plus manipulables, et en définitive c’est une Europe totalement impuissante. Une Europe que l’on pourrait comparer à l’Allemagne d’après le traité de Westphalie, divisée en 350 États, qui pendant plus de 200 ans regarda l’Histoire être écrite par d’autres. Quand je vois que ceux qui prônent ce démembrement de notre pays et de l’Europe osent dans le même temps au mépris de toute réalité géopolitique faire campagne sur le thème de l’Europe puissance, je ne peux que m’interroger sur leur intelligence ou leur sincérité.

 Vous citez le Kossovo, justement, le 24 mars dernier, c’était l’anniversaire des bombardements de 1999 sur la Serbie. Depuis un an, le Kosovo « serait » un état indépendant... Que vous inspire ces évènements ?

 Que voulez-vous qu’ils m’inspirent d’autre que de la révolte ? Cela étant, votre question me permet de revenir sur la précédente. Si la mouvance identitaire, en France, a beaucoup médiatisé les modestes actions caritatives qu’elle a menées en faveur des Serbes du Kossovo, elle s’est bien gardée de faire ressortir les contradictions idéologiques internes dans laquelle l’affaire kossovare la plaçait. La question centrale ici, qui est rarement posée, est pourquoi l’indépendance du Kossovo est-elle inadmissible ? Est-ce parce qu’elle est la résultante d’une action des USA, par OTAN interposé, pour s’implanter un peu plus dans une région européenne géopolitiquement stratégique ? Ou est-ce parce que les Kossovars sont musulmans ? Si pour moi, il est évident que la première réponse est la bonne, il est tout aussi évident que pour les Identaires de France, c’est la seconde qui est justifiée. Les Kossovars n’auraient pas été musulmans, ils auraient applaudi des deux mains la « libération d’un peuple défendant son identité », ce que n’ont pas manqué de faire d’ailleurs un certain nombre de mouvements identitaires en Belgique, en Bretagne et ailleurs, plus sensibles, pour une fois, aux thèses de Yann Fouéré qu’à celles de Guillaume Faye…

Pour finir, pouriez-vous conseiller 5 ouvrages clefs a lire, 5 sites/blogs a consulter ? Cinq ouvrages c’est bien peu…Julius Evola : Les Hommes au milieu des ruines et Révolte contre le monde moderne. Alain de Benoist : Les Idées à l’endroit. Alexandre Douguine : Le Prophète de l’eurasisme. Jean Thiriart : L’Europe, un empire de 400 millions d’hommes. Francis-Parker Yocker : Imperium. Cela en fait six ! Quant aux sites là aussi c’est difficile : le portail Eurasia d’Alexandre Douguine, le Réseau Voltaire, Alterinfo, Géostratégie et Voxnr, sans oublier Dissonnances. Là aussi j’en suis à six…

Avez vous quelque chose à ajouter pour lecteurs du blog Dissonance ?

 Seulement quelques citations à méditer… Charles Maurras : « En politique le désespoir est bêtise absolue », Johann Wolfgang Goethe : « Au commencement était l’action », Guillaume d'Orange : « Où il y a une volonté, il y a un chemin ».

 

03.09.2009

GRIGNY, UNE COMMUNE DE LA NOUVELLE FRANCE... par Christian BOUCHET

Depuis la fin du mois d’août, à Grigny, ville de taille moyenne de l'Essonne (officiellement 26 000 habitants, 31 000 au moins si on compte les « illégaux »), c’est le préfet du département qui s’est substitué à la municipalité en matière budgétaire. Sa première décision a été d'augmenter de 50 % les taxes foncières et de 45 % la taxe d'habitation ! 56-w250.jpgIl faut dire que la commune connaît une crise budgétaire sans précédent : de 1,9 million d'euros en 2006, son déficit est passé à 9,8 millions en 2008 et à 15,5 millions en 2009, soit un tiers de son budget total. Comment en est-on arrivé là ? Non pas à cause de détournements financiers, d’investissements hasardeux ou de la crise économique, mais tout simplement de l’immigration. Si Wikipedia indique avec pudeur que la population de Grigny « comprend une très forte proportion de membres issus de l'immigration : antillaise, africaine, portugaise, tamoule, h'mong, etc. », le quotidien Le Monde va pour sa part plus loin et précise : «Grigny constitue une des portes d'entrée en France des immigrés (…) Avec beaucoup de sans-papiers. Et un nombre important d'habitants qui vivent, illégalement, dans des appartements sur-occupés. » Conséquence de cela les classes moyennes, qui payaient des impôts, sont progressivement parties et les nouveaux arrivants, non imposables, mais grands consommateurs d’aides publiques (49 % de logements sociaux, 21 % de bénéficiaires de minima sociaux, jeunes et prolifiques - 750 naissances par an, 4 500 élèves en classes maternelles et élémentaires) les ont remplacées occasionnant des dépenses que l’on rencontre habituellement dans une commune d’au moins 50 000 habitants. La situation est inextricable, Grigny est structurellement dans l'incapacité d'assumer ses missions et la forte hausse des impôts décidée par la préfecture aura vraisemblablement l’effet inverse de celui attendu. Ne pénalisant que les derniers représentants des classes moyennes – les seuls qui paient des impôts – elle pourrait bien à court terme accélérer leur fuite... Au final, c’est l’État qui paiera (donc vous et moi…) et cela devrait faire jurisprudence car ce qui se passe à Grigny est susceptible de se reproduire, à plus ou moins brève échéance, dans de nombreuses autres communes françaises. On a là presque un cas d’école, et c’est sans doute pour cela qu’on en parlera peu, des conséquences de l’immigration pour la France et ses citoyens. Soit des gains incontestables pour un patronat à qui elle permet de maintenir les salaires bas et de délocaliser à domicile. Des gains aussi pour une classe politique qui se constitue une « clientèle fidèle » : il n’est pas insignifiant que la mairie de Grigny soit communiste ni que le député de la circonscription soir Julien Dray. Et, au contraire, pour le vulgum pecus, pour le Dupont-Lajoie, tous les maux inimaginables : insécurité (c’est à Grigny que se trouve le quartier de La Grande Borne), baisse du niveau scolaire (Le Monde, faisant dans la litote, note que les « résultats y sont médiocres »), perte de valeur des biens immobiliers, augmentation des impôts, etc. D’où la toujours brûlante actualité des slogans dont usaient, il y a quelques années, un certain nombre de mes amis radicaux : « Immigration, faisons payer les patrons !» et « Immigration, les patrons disent oui, le peuple dit non !» D’où aussi l’impérative nécessité de ne pas se tromper d’ennemi (celui qui fait venir les immigrés et pas les musulmans) et de ne pas se tromper de combat (un combat social pas un combat religieux)…

31.08.2009

VERS UN RENVERSEMENT D'ALLIANCE par Christian BOUCHET

La politique adoptée par Barack Obama au Proche-Orient, depuis son accession à la présidence, agace pour le moins – le mot est faible – une partie de l’establishment sioniste. Si aucune rupture inéluctable n’est encore survenue, certains analystes pensent que la situation peut notablement s’aggraver et conduire à un dangereux isolement d’Israël sur la scène internationale.AvigdorLieberman2-021709.jpg Cela n’est pas sans susciter une inquiétude vive dans l’état-major de Tsahal où des officiers généraux, particulièrement influents, défendent en conséquence la nécessité d’agir en vue d’une alliance alternative avec la Russie. Leur meilleur allié dans cette affaire est le très contesté ministre des Affaires étrangères d’origine russe Avigdor Liberman dont la stratégie est transparente : construire une alliance profonde avec son pays natal et dans la foulée faire passer l’alliance USA-Israël au second rang. En cela, il est aidé par un phénomène démographico-sociologique particulier : le million de juifs russes qui a émigré en Israël dans les années 1990 détient de plus en plus de responsabilités gouvernementales et se trouve au cœur de l’appareil d’État. Un nombre important d’entre eux ont gardé des liens familiaux ou affectifs avec la Russie et se sentent mille fois plus proche d’elle que des USA, ils sont donc extrêmement favorables à la mise en œuvre d’une coopération politique, technologique et militaire solide entre leur pays de naissance et leur pays d’élection. Ce n’est donc pas du tout par hasard que Shimon Péres s’est rendu la semaine passée à Moscou. Ce n’est pas non plus par hasard qu’il y a abordé des sujets auxquels les américains ont toujours été très hostiles (achat d’armement, transfert de technologie et de savoir-faire israélien vers la Russie dans des domaines sensibles : drones, avionique, nanotechnologie, nucléaire, etc.) Si des accords venaient à être conclus, toute la région y gagnerait sans aucun doute en stabilité car les bonnes relations qu’entretiendrait alors Moscou avec la Syrie, l’Iran et … Israël, seraient de nature à modifier notablement la donne au Proche-Orient. C’est ce que craint, bien sûr, plus que tout au monde le Département d’État. Et c’est, vraisemblablement, ce qui explique que la police israélienne aie très récemment clos une enquête qui durait depuis trois ans et recommandé l'inculpation d’Avigdor Lieberman pour fraude, obstruction à la justice, harcèlement et blanchiment d'argent… Car il n’y a pas, en effet, qu’en Europe que le parti américain compte des auxiliaires zélés. (Source voxnr)

14.07.2009

L'INTERMINABLE PERSECUTION D'UN LAMPISTE par Christian BOUCHET

L'affaire est aussi tragique que révoltante. John Demjanjuk, vient de fêter ses 89 ans, il souffre d’un cancer du sang en phase terminale, mais il ne décédera pas entouré de sa famille et de ses proches. Malgré son état, il a été extradé des USA vers la République fédérale d’Allemagne qui vient de décider de le juger pour complicité dans plus de 29.000 meurtres ! Demjanjuk.jpgOr, en 1993, la haute cour de justice israélienne devant laquelle il comparaissait l’avait lavée de tous soupçons et décidée qu’il n’y avait lieu ni de l’emprisonner, ni de le poursuivre. C’était compter sans les acharnés de la vengeance qui avaient juré sa perte. D'origine ukrainienne, ayant servi dans l’Armée rouge et ayant été fait prisonnier par la Wehrmacht, John Demjanjuk choisit de ne pas rentrer en URSS à la fin de la guerre. Il put s’établir aux États-Unis dont il prit la nationalité et où il trouva un emploi aux usines Ford de Détroit. Il se maria, eut des enfants et il s’apprêtait à une vivre une retraite heureuse et bien méritée quand tout bascula. Au milieu des années 1970, dans une de ses campagnes internationale de dénigrement des États-Unis, le KGB transmit à un magazine communiste yankee, une liste de « criminels de guerre » ukrainiens vivant paisiblement aux USA. Parmi ceux-ci, il y avait John Demjanjuk. Soucieuse d’améliorer son image de marque, l’administration américaine enquêta et, surprise, en 1977, plusieurs témoins se présentèrent pour affirmer qu’ils reconnaissaient dans Demjanjuk « Ivan le terrible », un gardien du camp de Treblinka célèbre pour sa cruauté et son sadisme envers les prisonniers. Après quatre années de procédure, un juge fédéral décida que Demjanjuk avait menti aux officiers de l’immigration en pénétrant aux Etats-Unis. Il devait donc être privé de sa nationalité américaine et expulsé vers son pays d’origine, l’URSS. C’est alors que l’État d’Israël se manifesta et réclama, en 1983, l’extradition de l’Ukrainien afin de le juger comme criminel de guerre. Trois années plus tard l’extradition fut acceptée et John Demjanjuk se retrouva en prison à Jérusalem. A l’issu d’un procès long de dix huit mois, il fut condamné à mort pour avoir personnellement participé au gazage de juifs dans le camp de concentration de Treblinka. Jurant d’être innocent, Demjanjuk fit appel. Le nouveau procès dura près de cinq années durant lesquelles l’Union soviétique s’effondra. Cela permit l’accès à ses archives et les enquêteurs israéliens y découvrirent la preuve que leur prisonnier n’était nullement « Ivan le terrible », mais un simple auxiliaire des allemands qui avait effectué des taches sans importances dans le camp de Sobidor. Les juges le relaxèrent donc et le renvoyèrent aux États-Unis où, en 1993, un tribunal constata qu’il avait été victime d’une erreur de la justice et qu’il convenait donc de lui restituer la nationalité américaine. L’affaire aurait pu se terminer ainsi, mais les « chasseurs de nazis » du Centre Simon Wisenthal veillaient. Pour eux, si John Demjanjuk n’était pas « Ivan le terrible », il n’en avait pas moins servi l’administration des camps de concentration, il était donc son complice et il devait payer ! En 1999, un nouveau procès fut donc intenté contre Demjanjuk afin de le priver de nouveau de sa citoyenneté américaine. Celle-ci lui fut retirée en 2004 et les juges décidèrent, l’année suivante, que notre homme serait expulsé vers la Pologne, l’Ukraine ou l’Allemagne, si ces pays le réclamaient pour le juger. Leurs administrations s’abstinrent de le faire, estimant que le décès de l’homme, qui ne saurait tarder, leur éviterait de s’embarquer dans une affaire juridiquement pourrie. Une nouvelle fois, c’était compter sans le Centre Simon Wisenthal qui, désignant Demjanjuk comme le « nazi le plus important encore en vie n’ayant pas été condamné », entreprit une active campagne de lobbying pour qu’un de ces pays demande son extradition. En juin 2008, l’Allemagne céda à ces pression et demanda à ce que Demjanjuk lui soit remis pour être jugé pour complicité d’assassinat de 29.000 juifs dans le camp de Sobidor…Ainsi, un homme peut-il être déclaré non coupable par la justice israélienne et n’en voir pas moins sa vie brisée et sa vieillesse gâchée. Pourquoi ? Parce que, comme nous le rappelle le chroniqueur Méïr Ben-Hayoun : « Pour se venger, parce que la vengeance sur les ennemis d'Israël est une valeur juive suprême. »

 

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