05.08.2009

POURQUOI LA CRISE? UN LIVRE A LIRE ET A FAIRE LIRE par Christian BOUCHET

Quand d’un continent à l’autre des grandes sociétés déposent chaque jour leur bilan après avoir reçu des milliards de subventions des États, ce n’est pas le fait du hasard ou d’une quelconque « main invisible » du marché. 2582-AMT_i.jpgQuand en quelques mois des millions d’hommes et de femmes se trouvent privés du jour au lendemain des moyens d’existence les plus élémentaires, c’est n’est pas d’un « mal nécessaire » inévitable et fatal contre lequel on ne peut rien qu’il s’agit. Pourtant, bien peu de personnes, dans les milieux politiques, économiques et financiers dénonçent et s’attaquent aux cause réelles de la crise et à ses responsables. Protégée par les gouvernements, accompagnée par les grandes banques privées, une caste de grands propriétaires privés de l’économie détournent chaque année au niveau mondial 255 milliards de dollars de recettes fiscales et encaissent 860 milliards de dollars de revenu de leurs fortunes non déclarées. Ces intouchables privent ainsi les collectivités humaines des moyens indispensables à leur survie et à leur développement. Résultat : la crise économique et financière se propage et la misère s’accroît sur la planète tandis que les ventes de Rolls-Royce battent des records dans le club très fermé des milliardaires. Qui sont-ils ? Comment procèdent-ils ? De quelles complicités bénéficient-ils ? Où mènent-ils le monde alors que notre collectivité humaine est menacée ? Comment mettre un terme à leur système de pillage ? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que répond Jean-Loup Izambert dans son livre Pourquoi la crise ? (disponible via www.librad.com). Journaliste d’investigation indépendant, ancien collaborateur du quotidien Les Échos, de VSD et de L’Humanité, bien connu « des nôtres » (il a collaboré à divers numéros de Résistance) et dénonciateur remarqué de nombreux scandales bancaires récents (voir ses livres sur le Crédit Agricole et le Crédit Lyonnais aux Éditions Carnot et à L’Arganier) Jean-Loup Izambert, dans une style direct et facile à lire nous donne dans cet ouvrages des pistes essentielles pour la réflexion et l’action afin de pouvoir contribuer à changer l’état des choses . (Source: voxnr.com)

06.02.2009

LIVRES: "LE NETTOYAGE ETHNIQUE DE LA PALESTINE" d'Ilan PAPPE

L’historiographie, tant palestinienne qu’européenne, et depuis une vingtaine d’années israélienne aussi, a certes fini par démonter le mythe de la propagande officielle israélienne, qui affirmait depuis toujours que les 800.000 Palestiniens ayant quitté leur pays en 1948 étaient partis « de leur plein gré », et qu’ils n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes. De nombreux chercheurs, dont Ilan Pappé lui-même, ont ainsi démontré depuis un certain temps que la population palestinienne de ce qui constitue aujourd’hui l’Etat d’Israël a bien été chassée de son pays par l’armée juive.  Le_nettoyage_ethnique_de_la_Palestine_Ilan_Pappe.jpgCette vérité première, quand elle est publiquement exprimée (ce qui est d’ailleurs de moins en moins souvent le cas : les célébrations en grande pompe du 60ème anniversaire d’Israël, cette année, resteront évidemment muettes sur le crime fondateur), est cependant souvent assortie de considérations hypocrites, tendant à démontrer que l’expulsion de masse des populations civiles palestiniennes fut certes regrettable, mais qu’il s’agissait d’une conséquence inévitable de la guerre, pour tout dire inhérente à tout conflit armé. « La faute à pas de chance, quoi ! » Ilan Pappé démontre exactement le contraire. Son ouvrage détaille, jour après jour, comment, dès l’annonce du plan de partition de l’ONU, en novembre 1947, les dirigeants du futur Etat juif passèrent à la phase concrète de la réalisation du programme sioniste : créer un Etat exclusivement juif, débarrassé de la plus grande partie des habitants du pays : les hommes, les femmes et les enfants de Palestine. Pappé rend compte notamment d’une réunion de travail décisive, le 10 mars 1948, où sont arrêtées les dernières modalités du « Plan D » (également appelé « Plan Daleth ») prévoyant l’attaque militaire de tous les villages de Palestine. Y compris les localités qui ont accepté, et l’ont fait savoir aux sionistes, de vivre sous la souveraineté du futur Etat juif ; y compris aussi, des villes, comme Safed, où populations arabes et juives avaient vécu en bonne entente bien avant l’arrivée des sionistes en Palestine, mais qui subiront, comme les autres, le nettoyage ethnique.  A la lumière des nouvelles preuves apportées par Pappé sur le caractère minutieusement programmé de l’expulsion, l’histoire de 1948 n’est donc pas tant celle d’une guerre ayant eu pour conséquence l’expulsion, que celle du nettoyage ethnique, dont la mise en œuvre nécessitait la guerre. Et si la décision est finalisée en ce 10 mars 1948, c’est bien parce que les responsables sionistes, sous la conduite de David Ben Gourion, sont convaincus que les conditions politiques (le fait que l’ONU leur ait déjà alloué officiellement plus de la moitié de la Palestine) et surtout militaires, leur sont désormais favorables. Ilan Pappé apporte ensuite de nombreux détails inédits sur la violence exercée par l’armée juive, la future « Tsahal », qu’il s’agisse de l’officielle Haganah ou des bandes supplétives formées par les milices d’extrême-droite Irgoun (également appelé Etzel) et Stern (Lehi). On y apprend, entre autres, concernant les massacres de villageois, que le plus sanglant ne fut sans doute pas celui, déjà connu (parce que les dirigeants sionistes n’avaient pu le masquer, à l’époque) de Deir Yassin, mais celui intervenu dans le village de Dawaimeh, le 28 octobre 1948 près de Hébron, où 455 habitants furent assassinés, les survivants retrouvant des bébés au crâne fracassé par la crosse des fusils ou des femmes brûlées vives à l’intérieur de leur maison. La plupart des exactions commises dans les 541 villages et les 11 quartiers de villes finalement rasés par l’armée israélienne ne peuvent être qualifiées de bavures, analyse Pappé, car elles participaient d’un plan général visant à éradiquer la présence palestinienne sur le territoire. L’auteur fait remarquer, de ce point de vue, que les programmes de l’industrie militaire israélienne, naissante à ce moment-là, comportaient des projets d’armes, y compris biologiques, forcément conçues pour être employées contre des populations civiles, et non contre une troupe ennemie. Pappé révèle notamment l’empoisonnement volontaire, avec l’emploi du germe responsable de la typhoïde, de la conduite d’eau desservant les habitants assiégés de la ville d’Acre, en mai 1948 (70 morts, avant que les responsables municipaux de cette ville palestinienne ne découvrent la source de l’épidémie). Suite aux guerres dans l’ex-Yougoslavie, le nettoyage ethnique est un crime que le droit international définit aujourd’hui comme crime contre l’humanité, constate Pappé. Néanmoins, on pourrait, on devrait même, si l’on veut donner une chance à la paix en Palestine, « faire jouer une règle d’obsolescence » concernant ces horreurs perpétrées il y a soixante ans, estime-t-il. « Mais à une condition : que la seule solution politique normalement considérée comme essentielle pour la réconciliation dans les autres cas de ce genre, soit le retour inconditionnel des réfugiés dans leurs foyers ».

(« Le nettoyage ethnique de la Palestine », traduit de l’anglais par Paul Chemla, est notamment en vente à la Librairie Résistances : http://www.librairie-resistances.com)

Source : http://marc-claude-de-portebane.politicien.fr

04.11.2008

CELINE EN ENFER par Philippe SOLLERS

Nous devons à Philippe Sollers ce très beau texte de présentation, paru dans le Nouvel Observateur, de l'ouvrage "Un autre Céline" consacré aux deux cahiers de prison, écrits par Céline en 1946, à Copenhague, et publiés pour la première fois. Ne boudons pas notre plaisir.

 

Même si on déteste Céline, on ne peut lire sans émotion ses deux cahiers de prison, écrits en 1946 à Copenhague et reproduits pour la première fois, où l'auteur de «Rigodon» s'attend à être fusillé et sombre dans le désespoir

Oublions tout ce qu'on a pu dire, et surtout médire, de Céline, plus que jamais l'ennemi public universel. Ouvrons simplement ces petits cahiers d'écolier danois, griffonnés au crayon, en 1946, par un prisonnier du quartier des condamnes à mort de Copenhague. La main qui écrit, pendant dix-huit mois, est obligée, dans des conditions effroyables, de se tenir au style télégraphique. autreceline.jpgC'est le malheur, l'épuisement, le vertige au bout de la nuit. Céline a voulu aller au diable? Il y est. Il a traversé l'Allemagne en feu avec sa femme et son chat, il a été arrêté, il s'attend à être fusillé d'un moment à l'autre: «Je titube bourdonne comme une mouche et puis je vois mille choses comme des mouches, mes idées se heurtent à un énorme chagrin.» «Je suis plein de musique et de fièvre.» «L'envie de mourir ne me quitte plus, c'est la seule douceur.» «Je suis fou.»

On peut détester Céline, il est, je crois, impossible de lire ces cahiers sans émotion. Ce n'est plus ici qu'un damné qui brûle, et qui, chose stupéfiante, ne sait pas pourquoi. «J'ai voulu empêcher la guerre, c'est tout. J'ai tout risqué. J'ai tout perdu.» Il n'est d'ailleurs pas accusé, à l'époque, d'antisémitisme criminel, mais de trahison, ce qui l'indigne, et lui fait citer, comble d'exotisme, le cardinal de Retz: «Une âme délicate et jalouse de la gloire a peine à souffrir de se voir ternir par les noms de rebelle, de factieux, de traître.»

Autour de lui, tout n'est que bruit, fureur, hurlements, douleur, et il regarde de temps en temps, au-dehors, la palissade où il s'attend à être collé pour son exécution. «Les moineaux, derniers amis du condamné, les mouettes au ciel, liberté.» «Les gardiens me font signe que je vais être expédié en France pour être fusillé. Ca m'est bien égal.» Ce qui l'inquiète surtout, c'est Lucette, sa danseuse. Elle maigrit, on lui a peut-être cassé «le rythme divin si fragile de la danse, le secret des choses». Il la voit danser dans le vent, «elle connaît le secret du vent». La main et le crayon tiennent bon, cependant, et la mémoire devient une hémorragie permanente: «Les souvenirs les plus petits sont les fibres de votre âme. S'ils se rompent, tout s'évanouit.»

L'épouvantable Céline avait-il du cœur? Hé oui, il faut s'y résoudre. Et il aggrave son cas: «L'effroyable danger d'avoir bon cœur: il n'est pas déplus horrible crime, plus implacablement traqué, minutieusement, qui n'est expié qu'avec cent mille douleurs.» Le cœur? Attention, il peut disparaître: «A partir du moment où vous passez sur un cadavre, un seul cadavre, tout est perdu, le charnier vous tient.» Phrase prodigieuse de lucidité, tracée à deux doigts de la mort. «Il faut raconter l'éparpillement d'une âme vers la mort par l'horreur et le chagrin.»

Bien entendu, Céline pense à sa stratégie de défense et aux livres qu'il écrira plus tard, les plus beaux: «Féerie pour une autre fois», «D'un château l'autre», «Nord», «Rigodon» (il y a encore des arriérés qui veulent le limiter au «Voyage».) Traître, lui? «J'aurais livré le Pas-de-Calais, la tour Eiffel, la rade de Toulon, je ne serais pas plus coupable.» Il n'a pas l'air de se rendre compte (comme le dit justement Sartre à propos de Genêt) que la société pardonne beaucoup plus facilement les mauvaises actions que les mauvaises paroles. «Bagatelles», voilà le problème, et pour longtemps. Céline, lui, veut renverser l'accusation. Il n'est après tout qu'un persécuté, et il a, en cela, de glorieux prédécesseurs, exilés ou emprisonnés: Villon, Descartes, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, Rimbaud, et bien d'autres. «La France, à toutes les époques, s'est toujours montrée féroce envers ses écrivains et poètes, elle les a toujours persécutés, traqués autant qu'elle pouvait.» Ainsi de Chateaubriand, qu'il appelle «René», «enragé sentimental patriote passéiste comme moi»: «Il rêve la France, l'âme de la France, je l'ai rêvée aussi, moi, pauvre barbet misérable.»

celine 4.jpgNous ne sommes pas au bout de nos surprises. Céline, en 1944, a emporté des livres avec lui: La Fontaine (le plus grand d'après lui), Ronsard, Molière, La Bruyère, La Rochefoucauld, les «Historiens et Chroniqueurs du Moyen Age», et, évidemment, «les Mémoires d'outre-tombe». Et voilà, mêlées à ses vertiges en cellule, des citations qui surgissent comme des bouées de sauvetage, maximes des increvables moralistes du XVIIe siècle, «cette petite civilisation, ces phrases brèves, ces bouffées d'étoiles». L'art de la citation, on ne le sait pas assez, est le plus difficile qui soit, et on peut rêver du livre que Céline, qui cache un Plutarque sous son lit, aurait pu composer dans cette dimension résurrectionnelle. Voici ce qu'il choisit de Talleyrand: «On dit toujours de moi trop de bien ou trop de mal. Je jouis des honneurs de l'exagération.» Ou de Mme Rolland: «Je ne dois mon procès qu'aux préventions, aux haines violentes qui se développent dans les grandes agitations, et s'exercent pour l'ordinaire contre ceux qui ont été en évidence, ou auxquels on reconnaît quelque caractère.» Ou encore ceci, dans «Note de la censure à Louis XVI», en 1787: «Les gens gais ne sont pas dangereux, et les troubles des Etats, les conspirations, les assassinats ont été conçus, combinés et exécutés par des gens réservés, tristes et sournois.»  On oublie trop vite que Céline est un grand écrivain comique, parfois terrifiant, certes, mais profondément comique. Si vous en doutez encore, lisez ses «Entretiens avec le Professeur Y», à mourir de rire, comme le meilleur Molière. Ce point est essentiel, il est médical. Le rire de Céline est aussi pointu et énorme que son expérience du délire et sa conviction du néant. «Tout fait musique dans ma tête, je pars en danse et en musique.» L'oreille immédiate voit tout à travers les grimaces, les cris, les bombardements, les incendies, la décomposition. C'est là qu'il rejoint Voltaire, rieur endiablé, que les dévots en tous genres ne pourront jamais supporter. Son persécuteur de l'ambassade de France à Copenhague, acharné à demander son extradition, c'est-à-dire sa mort (les Danois ont sauvé Céline), en saura quelque chose. Le rire, mais aussi l'amour étrange, comme le prouvent les lettres magnifiques qu'il envoie à la pianiste Lucienne Delforge, sa maîtresse en 1935, «toi petit terrible secret, petite fée du cristal des airs». La musique, la danse, les femmes: le plus sensible et délicat Céline est là tout entier. «Sois heureuse autant que possible, selon ton rythme, tu verras, tout passe, tout s'arrange, rien n'est essentiel, tout se remplace, sauf le pauvre refuge où tout se transpose et s'oublie.» Et en juin 1939: «Je ne sais pas ce que je deviendrais si tu venais à ne plus jouer. Comment ne t'aimerais-je pas et mieux que personne, mon cher petit double.» Et aussi, juste avant la catastrophe: «Les jours en silex succèdent aux jours en caca. C'est la bonne vie de vache pour laquelle je suis fait. J'accumule les maléfices, je m'en servirai bien un jour.»

Philippe Solers (Source Le Nouvel observateur) «Un autre Céline», par Henri Godard, Textuel, 2 livres sous coffret, 288 p., 250 illustrations., 59 euros.

 

29.10.2008

TONY HILLERMAN, MAÎTRE DU POLAR AMERICAIN

L'écrivain, auteur de «La Voie de l'ennemi», est décédé dimanche à l'âge de 83 ans. Ce n'est plus une série noire, c'est une hécatombe. Après Fajardie en mai, Van de Wetering en juillet, James Crumley en septembre, la planète polar voit s'éteindre une autre étoile de première grandeur en la personne de Tony Hillerman. hillerman.jpgNé le 27 mai 1925 à Sacred Heart, Oklahoma, dans une famille de fermiers blancs, Hillerman, très jeune, fréquente des enfants d'origine indienne, notamment Pottawatomies et Séminoles. En 1943, il entre dans l'armée et participe aux combats en Alsace où il est gravement blessé aux membres et à la face. Sa bravoure est récompensée par la Silver Star et la Purple Heart. Il quitte l'armée en 1945 et retourne en Oklahoma poursuivre des études de journalisme à l'université. Cette année-là, il vit une expérience essentielle dans le Grand Ouest américain en entrant dans la Grande Réserve navajo. Il assiste même, brièvement, au cérémonial de « la voie de l'ennemi », destiné à remettre sur pied les marines navajos de retour de la guerre du Pacifique. En 1948, il épouse Marie Unzner, avec qui il restera marié soixante ans et aura six enfants. De 1948 à 1962, il occupe divers postes dans la presse dont celui de responsable du New Mexican de Sante Fe. Il évoquera cette expérience dans Une mouche sur le mur, l'un des meilleurs livres écrits sur le journalisme. En 1970, Hillerman publie son premier roman, La Voie de l'ennemi, qui inaugure un cycle de 18 romans policiers situés dans la Grande Réserve. Le polar ethnologique américain était né.

En construisant une œuvre unique aux États-Unis, Hillerman ne cache pas sa dette à l'égard de l'écrivain australien Arthur Upfield, créateur de Napoléon Bonaparte, métis Blanc et Aborigène, surnommé le « détective du bush ». Pour le reste, Hillerman ne doit rien à personne sinon à sa grande connaissance de la société navajo, de ses rituels et coutumes, de sa puissante et fascinante mythologie, de ses décors sublimes et arides. L'intrigue policière, dans ses livres, bien que très structurée, compte finalement moins que les mœurs d'un peuple confronté aux problèmes de l'Amérique, à la violence, à la drogue, aux défauts du genre humain. Pour comprendre le crime avant de le punir, Hillerman a créé deux personnages de policiers très différents : le lieutenant Joe Leaphorn et le jeune Jim Chee. Le premier, veuf, est un homme placide, solide, cartésien ; le second est plus fougueux, hésitant entre laisser parler son instinct et se fier à la religion. Chee ambitionne de devenir un shaman comme son oncle. Entre les deux, ni amitié ni rivalité. Les premiers romans mettent en scène Leaphorn puis apparaît Chee, et les deux sont associés de près ou de loin aux enquêtes. Très vite, le succès critique et publique est énorme. Entre deux volumes de sa série, Hillerman publie des essais, des livres pour enfants, et, avec son frère, un magnifique album intitulé Hillerman Country (chez Rivages, comme toute son œuvre). En 1996, l'écrivain déclare : « J'ai 71 ans, je souffre d'arthrite chronique, des suites d'un cancer et d'une crise cardiaque, j'ai un œil presque borgne, une cheville et deux genoux ruinés par la guerre. »En 2001, il publie ses Mémoires dans lesquels il reconnaît que sa plus grande fierté c'est la plaque qui lui a été remise par le Conseil tribal navajo sur laquelle est écrit : « grand ami du Peuple ». Bruno Corty  (Source : Le Figaro)

22.10.2008

IMPERIUM: UN LIVRE FONDAMENTAL DE F.P. YOCKEY (1917-1960)

Les éditons Avatar, annoncent la parution proche d’Imperium le maître livre de Francis Parker Yockey (1917-1960), soixante années après sa publication originale. Comme quoi, il faut parfois du temps pour qu’une œuvre politique fondamentale fasse son chemin. En 1946, Yockey était arrivé en Allemagne et avait découvert l’œuvre des « libérateurs » : des dizaines de villes allemandes « nettoyées » à coup de bombes au phosphore (six cent trente mille morts civils, selon l’estimation la plus faible), Imperium.jpgseize millions d’Allemands expulsés de leurs foyers en Europe de l’Est (le plus grand nettoyage ethnique de l’Histoire, jamais égalé, et jamais dénoncé), les exactions commises contre la population civile allemande en 1945-48, les prisonniers de guerre allemands exterminés par la famine, par centaines de milliers, dans les camps américains et français, où la Croix-Rouge n’avait pas le droit d’intervenir. Et le début d’application du sadique plan Morgenthau destiné à transformer l’Allemagne en pays agricole, sans tenir compte des conséquences mortelles pour une grande partie de la population. Yockey, personnalité sensible, passionnée, idéaliste, romantique, exaltée même, fut marqué pour la vie par ce spectacle terrible et jura de se consacrer corps et âme à la lutte contre l’Amérique et pour la renaissance de l’Europe. Son premier acte important fut de se retirer dans un coin reculé de l’Irlande, et d’écrire en six mois les six cent pages d’Imperium. Le message essentiel du livre est une condamnation définitive de la civilisation libérale marchande, et l’annonce quasi-prophétique d’un futur Imperium européen et d’une régénération de l’Occident selon un modèle autoritaire. L’ouvrage ne passa pas inaperçu Julius Evola en fit un commentaire approfondi, et le célèbre historien militaire britannique Liddell Hart en fit une critique favorable. En France Maurice Bardèche l’apprécia tant qu’il en fit une traduction qui ne fut pas publiée mais qu’il fit circuler sous forme ronéotée. Durant les années suivantes, Yockey développa et affina ses conceptions dans une série de textes, souvent extrêmement radicaux, mais comportant aussi des vues d’une clairvoyance remarquable, et des idées révolutionnaires pour l’extrême-droite de l’époque. L’un des premiers, Yockey prôna l’abandon total des vieux nationalismes du XIXème siècle, et appela à l’unité de l’Europe (« depuis les promontoires de Galway jusqu’à l’Oural ») autour d’un fort noyau germanique, avec la participation éventuelle de la Russie, vue comme un allié potentiel à partir de 1952. L’un des premiers, il comprit que les Etats-Unis et leur modèle de société étaient beaucoup plus dangereux que l’URSS pour l’identité européenne. Ces thèmes furent plus tard brillamment développés par Alain de Benoist et les théoriciens de la Nouvelle droite française (« l’URSS meurtrit les corps, l’Amérique tue les âmes »). Yockey n’hésita pas à établir des contacts avec le Bloc de l’Est, assistant au procès de Prague en 1952 (ce qui lui valut la révocation de son passeport par le Département d’Etat US). Il s’engagea ensuite en faveur du mouvement neutraliste et tiers-mondiste (né à Bandung en 1955), n’hésitant pas à se rendre en Egypte où il rencontra Nasser et Anouar el-Sadate pour lesquels il travailla quelques temps. Dans un activisme forcené, il parcourut le monde, véritable « commis voyageur en subversion », allant finalement jusqu’à Cuba avec l’intention de rencontrer Fidel Castro, bête noire des Etats-Unis à cette époque. Nul doute que le FBI ait été particulièrement irrité par ce dernier épisode, qui s’ajoutait à beaucoup d’autres. Quelques mois après cette visite à Cuba, il fut arrêté avec un faux passeport sur le territoire américain (« Ce n’est pas un petit poisson, c’est un homme qui nous intéresse beaucoup, beaucoup », déclara alors un représentant du FBI), et il se « suicida » dans sa cellule quelques jours plus tard. Par sa vie passionnée, par sa mort mystérieuse, par son livre prophétique, Yockey est entré dans le mythe. Américain « apostat », il a eu une influence indéniable sur le courant euro-nationaliste, influence qui se retrouve chez le théoricien belge Jean Thiriart, dans la Nouvelle droite française, chez le philosophe russe Alexandre Dougine et sa mouvance « eurasiste » (car Yockey est bien connu en Russie), et dans tout le courant nationaliste révolutionnaire en général. A l’époque où il vivait, les idées de Yockey n’eurent que très peu d’impact et furent mêmes perçues comme une provocation par l’extrême-droite conservatrice, anti-communiste et pro-américaine. Au contraire, aujourd’hui, après la réunification allemande et la chute de l’URSS, avec la montée en puissance du mondialisme et du Nouvel ordre mondial, elles deviennent de plus en plus actuelles. Dans un monde où seules compteront les unités d’au moins trois cent millions d’hommes, l’unité véritable de l’Europe – et non pas l’Union européenne - est de plus en plus nécessaire et urgente (cela est d’ailleurs valable aussi bien pour l’Europe que pour le monde arabe et l’Amérique du Sud). Le rapprochement Europe-Russie devient lui aussi inéluctable et ouvre la voie à un futur grand ensemble continental et impérial (mais pas « impérialiste »). Avec le militarisme US et le pacte d’acier américano-sioniste sur fond de prophétisme biblique, la désignation de l’« ennemi principal » faite par Yockey est plus que jamais valable. C’est dans cette perspective qu’il faut placer les écrits de Yockey, et sa prophétie de l’Imperium. Quelles qu’aient été ses outrances – indéniables –, cet Américain a été un grand patriote européen. C’est pour cela qu’il convient de le lire. Christian BOUCHET (voxrn.com)

 

01.08.2008

LE LIVRE DES HALTES de l'Emir 'Abd el-Kader

Un des personnages les plus extraordinaires du siècle dernier, l’Emir ‘Abd el-Kader (1808-1883), deux cents ans après sa naissance, continue d’être honoré des deux côtés de la Méditerranée. Fils d’un Maître spirituel dirigeant une confrérie soufie, il devint, suite à une vision divine, un guerrier redoutable qui se dressa pour défendre le Maghreb contre l’envahisseur français et réunit autour de lui les différentes tribus arabes. img010.jpgDiplomate subtil, il sut se faire admirer autant de ses amis que de ses ennemis. Souvent cependant pour ce qu’il ne fut pas. L’homme était fort loin de l’image d’Epinal qu’on donne de lui dans les manuels scolaires, à savoir celle d’un guerrier magnanime, ami de la France et défenseur de la modernité. L’essentiel de sa vie ne s’est déroulée ni sur les champs de bataille ni dans les salons mais dans la prière et la méditation. Ce grand Maître spirituel orienta son existence toute entière dans la quête de Dieu dans l’esprit de l’Islam le plus orthodoxe. Et ce n’est pas une des moindres qualités des différentes leçons réunies dans ce recueil que de nous le démontrer. Adressées à l’origine au public restreint de ses disciples, l’Emir y commente le Coran, les paroles du Prophète ainsi que l’œuvre du plus grand des Maîtres, Ibn ‘Arabî, qu’il contribua à faire découvrir. A travers ces courts textes, il rend accessible à un auditoire  d’aujourd’hui les sommets de la spiritualité soufie. Abdallah PENOT, qui a traduit, présenté et organisé thématiquement ce volume, prépare également la traduction du chef-d’œuvre d’Ibn ‘Arabî, Les Illuminations Mecquoises. A noter que cet ouvrage comporte un important glossaire dû à Jean ANNESTAY. Emir ‘ABD EL-KADER, LE LIVRE DES HALTES, Editions DERVY, 453 pp.,19.50 €.

13.07.2008

AU NOM DE LA TORAH: Une histoire de l'opposition juive au sionisme

 En ces temps troublés au Proche-Orient, voici une présentation qui apporte un intéressant éclairage sur un aspect plutôt occulté des attitudes juives envers le sionisme et les conflits israélo-arabes. Dans la plupart des pays occidentaux, on connaît les positions très pro-israéliennes des principales institutions juives dominantes (en France CRIF, Conseil représentatif des Institutions juives de France, FSJU, Fond social juif unifié, etc.) ou, dans le sens opposé, les positions critiques d’une minorité plutôt laïque comptant nombre d’intellectuels réputés, mais on ignore largement que, notamment en Israël et aux États-Unis, une minorité religieuse, « au nom de la Torah », s’oppose depuis sa naissance au sionisme, et plus récemment à l’État d’Israël. L97827637802451.jpgOr ce livre offre une présentation, la première en langue française (en anglais, on dispose d’un ouvrage de qualité qui touche en grande partie le même sujet : Aviezer), de cette résistance, de son histoire, de ses idées. Voici brièvement le canevas du livre : après avoir esquissé une histoire du sionisme et les transformations qu’il apporte à l’identité juive, l’Auteur analyse le rapport avec la terre d’Israël que préconise la tradition judaïque et celui qui est à la base de la pensée sioniste. L’hégémonie politique et économique qu’établissent les sionistes dans la première moitié du XXe siècle et la proclamation de l’État d’Israël en 1948 posent le problème des relations des antisionistes avec la nouvelle entité. Le rôle de la Shoah dans l’idéologie sioniste et les leçons qu’en tirent des rabbins antisionistes sont examinés. Un dernier chapitre présente quelques visions critiques sur la place qu’occupe l’État d’Israël dans la continuité juive et dans la perspective du « nouvel antisémitisme » d’aujourd’hui. « Les critiques judaïques du sionisme reflètent toutes des convictions théologiques profondes. Le sionisme touche directement à la foi en une rédemption messianique » dit l’Auteur (p. 13). Il rappelle que le sionisme prend ses origines, vers la fin du XIXe siècle parmi des juifs assimilés qui ressentent malgré tout bien des discriminations dans leur société respective (Autriche-Hongrie, Russie). Mais la volonté du retour en Terre sainte heurta dès le départ la plupart des juifs religieux, car un tel objectif allait à l’encontre du retour massif (des émigrations individuelles sont admises) promis par Dieu, qui ne doit se produire qu’à l’ère messianique. S’y ajoutait le laïcisme manifeste de la plupart des dirigeants sionistes. En fait le sionisme était un mouvement modernisateur rejetant la tradition juive qui accepte l’« exil », la « dispersion » ; ceux-ci datent, il est bon de le rappeler, de bien avant la disparition des royaumes de Juda et d’Israël, notamment de l’époque babylonienne (six siècles avant l’ère chrétienne). Assurément l’idéologie sioniste magnifie le passé biblique, utilise des symboles judaïques traditionnels et reprend le rêve millénaire de « l’an prochain à Jérusalem ! », comme on le proclame en certaines occasions religieuses solennelles. En effet, pour les sionistes, malgré le laïcisme de leurs premiers leaders, la religion judaïque et l’histoire biblique sont essentielles car elles offrent la légitimation indispensable quant aux « droits » des juifs sur la Terre d’Israël. L’Auteur  rappelle qu’en 1890, aux débuts du sionisme, à peine 5 % de la population en Palestine était juive (24 000 personnes en 1882, comme le confirme l’article sur la démographie en Israël de l’Encyclopaedia Judaica), alors que Herzl, le fondateur du sionisme, décrit le nouveau mouvement comme celui « d’un peuple sans terre pour une terre sans peuple ». Par ailleurs les sionistes vont ériger une manière d’être juif et un judaïsme axés sur le nationalisme, ce qui va totalement à l’encontre de l’optique traditionnelle. « ... En opérant une rupture délibérée avec la tradition juive, le système d’éducation sioniste depuis ses débuts fait la promotion de la force, de la capacité de s’affirmer, de la combativité » (p. 44). Au système des valeurs propres au judaïsme – la miséricorde et l’humilité – le sionisme a substitué les idéaux propres à bien des nationalismes – l’égoïsme et la fierté nationale. La tradition religieuse depuis deux millénaires est plutôt pacifiste et s’oppose à la lutte armée. Les rabbins antisionistes puis anti-israéliens, autant orthodoxes « classiques » que hassidiques, et même libéraux, sont favorables aux compromis plutôt qu’à une confrontation avec des populations et des autorités hostiles. Il est évident que pour cette petite minorité – ils étaient largement majoritaires au début du sionisme – la politique intransigeante d’un Sharon est inacceptable. Parmi les précurseurs de celui-ci il y eut Vladimir Jabotinsky (1880-1940), originaire d’Odessa, qui mit en place un groupement d’activistes militaristes, le Bétar ; en Palestine il commanda l’Irgoun, organisation ultra-violente, anti-arabe et anti-britannique. Ses thèses restent inspiratrices pour la droite israélienne actuelle : Menahem Begin, Benjamin Netanyahu et Ariel Sharon furent ou sont ses admirateurs. Par ailleurs, la plupart des leaders juifs qui participèrent à la création des organisations sionistes les plus agressives – Betar, Irgoun, groupe Stern – étaient d’origine russe et avaient subi l’influence des Bolcheviks et du Parti socialiste révolutionnaire (SR), pour qui la violence et la terreur étaient le plus souvent légitimes. Mais le reproche essentiel des ultra-religieux est essentiellement que la fin de l’exil parmi les nations ne puisse venir que de Dieu. Le Talmud (Traité Ketuboth) rapporte trois serments prêtés par les juifs avant leur dispersion : ne pas acquérir une autonomie nationale, ne pas rentrer en masse et d’une façon organisée dans la Terre d’Israël, ne pas se rebeller contre les nations. Ces trois serments acquirent un statut légal vers la fin du Moyen Âge. Ces promesses, rappelées par Yoel Teitelbaum (1887-1979), le “Satmarer rèbbe”, important leader charismatique d’un mouvement hassidique comptant plusieurs dizaines de milliers d’adeptes (voir Jacques Gutwirth, La renaissance du hassidisme de 1945 à nos jours, (cf. supra 128.32) et antisioniste farouche, ne constituent pas une innovation des opposants actuels au sionisme ; leur proclamation par les rabbins précède de plusieurs siècles l’essor du sionisme politique. L’A. cite notamment Yeshayahu Leibowitz (1903-1994), penseur israélien bien connu : « la thèse fondamentale du sionisme selon laquelle le peuple juif serait un peuple lié à un territoire [...] est une thèse erronée [...]. La singularité du peuple juif se manifeste dans la durée de son existence en exil pendant des siècles, c’est-à-dire privé d’unité à la fois territoriale et politique ». J’ajouterai que cette singularité a été soulignée dans une perspective matérialiste historique par Abraham Léon qui parlait des juifs de la Diaspora comme d’un peuple-classe (La conception matérialiste de la question juive, Paris, EDI, 1968 [1946]). En tout cas, pour les antisionistes religieux, le salut des juifs ne peut venir que d’une action messianique ; on ne peut « forcer la fin », on ne peut accélérer la rédemption. La libération ne peut venir que de Dieu qui mettra un terme à l’exil. L’Auteur rappelle aussi que parmi les ardents partisans du sionisme, il y a aujourd’hui d’influents groupes chrétiens évangéliques, notamment aux États-Unis ; Jerry Falwell, Pat Robertson et d’autres prédicateurs de « l’église électronique » (les programmes religieux télévisuels) soutiennent politiquement et financièrement les forces nationalistes les plus extrêmes dans la société israélienne. L’État d’Israël cultive activement les liens avec les sionistes chrétiens. Pourtant ces inconditionnels ont des perspectives bien différentes de celles des sionistes juifs. Dans leur optique théologique « dispensationaliste », le rassemblement des juifs en Terre sainte, puis la création de l’État hébreu, sont des « tribulations » qui annoncent la seconde venue du Christ et donc l’avènement de l’ère messianique, évidemment chrétienne. Ce livre offre encore bien d’autres éléments intéressants et réflexions, notamment concernant les relations entre religieux antisionistes et sionistes religieux ou tenants de la « religion civile » judaïque, sur les différences de mentalité entre ces trois tendances. Je regrette seulement que les précieuses informations rassemblées ne soient pas plus systématiquement présentées, conformément au plan du livre. Néanmoins avec cet ouvrage on prend utilement connaissance d’un mouvement, certes aujourd’hui minoritaire mais qui, en ces temps où bien des juifs (et des non-juifs) s’interrogent sur le destin d’un État qui fonde de plus en plus son développement sur la force – dont la puissance nucléaire –, témoigne que d’autres vues moins extrêmes et essentiellement pacifiques, « au nom de La Torah », existent bel et bien.  Jacques Gutwirth. - AU NOM DE LA TORAH: une histoire de l'opposition juive au sionisme. Yakov M. RABKIN, Québec, Presses de l'université Laval, 2004, 274 pages. -

26.05.2008

LES CADETS de Ernst von SALOMON

Après Les Réprouvés, les Editions Bartillat rééditent le troisième livre de Von Salomon, sorti en 1933 en Allemagne. Ce sont ses souvenirs de jeunesse. A onze ans, en novembre 1913, il est entré dans le Corps royal des Cadets installé à Karlsruhe. Un Corps prestigieux, inséparable de l’histoire de la monarchie prussienne puis allemande, où il faut accepter « la malédiction de l’obéissance et du devoir » et «  apprendre à mourir ». Non sans être passé par un « drill » impitoyable. Dans une langue superbe, Von Salomon détaille la formation de ce qui se veut une caste « pour l’Etat et non pour le peuple ». La guerre déclarée, il brûle comme ses camarades d’aller au front, apprenant chaque jour les décès au combat de ses instructeurs ou d’êtres chers. Mais vu leur jeunesse, les Cadets ne combattront pas. Après novembre 1918, le nouveau gouvernement allemand, démocratique et républicain, ferme l’Institut, puis dissout le Corps des Cadets devenus inutiles et gênants .1797381253.jpg Début 1920, des Cadets se rassemblent pourtant en uniforme de parade. Et, magnifique provocation, défilent dans un Berlin plutôt hostile jusqu’à ce qu’ils reçoivent l’ordre ; « Rompez ! » Contrairement à leur devise, ils n’obéiront pas, plongeant – Salomon et d’autres – avec enthousiasme dans la guerre civile. Suite dans Les Réprouvés Dans une postface, l’auteur évoque le sort souvent tragique de ses camarades, notamment après le triomphe du National-socialisme. « Cà et là, des Cadets ont vécu (ce fut le cas de von Salomon), des Cadets sont morts, tantôt contre l’ennemi, tantôt pour l’ennemi, pour Hitler et contre Hitler. » En conclusion, un livre passionnant suivi d’une étude de Jean-Pierre Bonico précisant le contexte du livre et titrée Ernst Von Salomon ou le dernier des Prussiens. Les Cadets constituent aussi un témoignage sur une Allemagne disparue. L’inverse de l’Allemagne actuelle, décérébrée, écrasée sous et par la repentance. Les Cadets sont morts avant. Heureusement pour eux. J.-P.A. (RIVAROL n° 2858)  LES CADETS, Ernst Von Salomon, Editions Bartillat, 318 pages, 22 €.