26.10.2008

DU CÔTE DES BORDES d'Henri VINCENOT

Le premier roman d'Henri Vincenot était resté inédit. Il nous est parvenu par l'intermédiaire de sa fille. Ecrit en 1941, dans le style déjà réaliste et doucement caustique qu'on lui connaîtra par la suite, il retrace les premiers temps de la dernière guerre dans la campagne bourguignonne. François Charmot est domestique de culture à la ferme de la Belle Maria. essai_vincenot.jpgVingt ans, mobilisé au premier jour de la guerre, il a été très vite réformé temporaire. A la ferme, les patrons comptent sur lui, car leur fils unique est sous les drapeaux et ils en sont sans nouvelles depuis le début de l'offensive allemande. A la grande stupeur de ceux de 1914-1918, les armées alliées s'effondrent. Les réfugiés déferlent sur la campagne, bientôt suivis des soldats en déroute puis de l'armée allemande. Du côté des Bordes est une chronique douce-amère des premiers temps de l'Occupation. On y assiste aux changements de mœurs que provoque la guerre. Les gens de la ville ont faim et froid, mais les paysans, autrefois généreux, gardent leurs provisions ou les vendent au prix fort aux Allemands. Tel commence la guerre résistant, qui finira dans les bonnes grâces de l'occupant. C'est aussi une éducation sentimentale, celle de François, qui apprend à apprécier la terre qui le porte mais aussi à mieux juger ceux qui l'entourent. Ses patrons, qu'il considérait comme ses parents nourriciers, se révèlent durs et âpres au gain. M. de Levrette, le propriétaire, a la bouche remplie des mots d'honneur et de patrie, mais ni lui ni ses fils ne se sont battus contre l'ennemi. Les prisonniers français envoyés par les Allemands pour aider les fermiers au travail des champs préfèrent retourner au stalag car ils y sont mieux traités qu'à la ferme. Le petit monde de la campagne bascule devant l'épreuve, car chacun réagit avec ses qualités propres qui ne correspondent pas toujours à la place qu'il occupe. On comprend qu'Henri Vincenot n'ait pu faire publier son roman ni pendant l'Occupation ni après la Libération,  car jugeant les hommes sans complaisance, il n'allait dans le sens d'aucune de ces deux époques. Cela rend, pour nous, son témoignage d'autant plus précieux.   Ed. Anne Carrière-1998  (Source : Terre et Peuple)

 

21.07.2008

BOURGOGNE: 21 JUILLET 1061, MORT DU PAPE NICOLAS II

21 juillet 1061: Mort du pape Nicolas II, né en Bourgogne sous le nom de Gérard de Bourgogne. Ses talents et ses vertus le firent élever sur le siège de Florence, et ensuite sur celui de Rome, où il fut placé en 1058, et couronné le 18 janvier 1059. C'est le premier pape dont l'histoire ait marqué le couronnement.Nicholas_II%201.jpg Une faction lui opposa Jean, évêque de Velletri, connu sous le nom de Benoît X ; mais il le fit déposer par les évêques de Toscane et de Lombardie, assemblés à Sutri. Un second concile convoqué à Rome, régla qu'à la mort du pape, les évêques-cardinaux traiteraient ensemble les premiers de l'élection ; qu'ils appelleraient ensuite les clercs-cardinaux, et enfin, que le reste du clergé et le peuple y donnerait son consentement. « On choisira (ajoute le décret) dans le sein de l'Eglise même, s'il s'y trouve un sujet capable, sinon, dans un autre, sauf l'honneur dû à notre cher fils Henri, qui est maintenant roi, et qui sera, s'il plaît à Dieu, empereur, comme nous lui avons déjà accordé ; et on rendra le même honneur à ses successeurs, à qui le Saint-siège aura personnellement accordé le même droit. »  Nicolas passa ensuite dans la Pouille, à la prière des Normands, qui lui restituèrent les domaines de l'Eglise romaine, dont ils s'étaient emparés. Le pape y fit un traité avec eux, après avoir levé l'anathème qu'il avait encouru. Richard, l'un de leurs chefs, fut confirmé dans la principauté de Capoue, qu'il avait conquise sur les Lombards. Robert Guichard, autre chef de ces conquérants, fut confirmé dans le duché de la Pouille et de la Calabre, et dans ses prétentions sur la Sicile, qu'il enlevait aux Sarrasins. Il promit au pape une redevance annuelle, et se rendit son vassal : c'est l'origine du royaume de Naples. Nicolas mourut peu de temps après, après la réputation d'une assez bon politique. Il garda le siège de Florence pendant son pontificat.

 

10.06.2008

CHANT BURGONDE (extrait 2) de Johannès THOMASSET

Barbares nourris d’hellénisme, Burgondes, nous gardons une double nostalgie : celle du Nord et celle du Sud. Nous aimons d’un égal et mélancolique amour et les eaux sombres du Rhin et les eaux claires du Rhône. Bâtons de Bourgogne Ecu.jpgNotre cœur cherche la patrie primitive, hyperboréenne, et nos yeux quêtent la patrie promise, vers la Méditerranée. Ainsi nous attirent les hommes du Nord et les choses du Sud. C’est pourquoi nous aimons si fort le soleil et si profondément nous pensons aux choses de Germanie. Fervents de l’azur, nous sommes inconsolables des brumes. Mais nous savons unir ces contrastes : Nous faisons du soleil avec le vin et notre tristesse nous est un brouillard plus précieux et plus fort que celui des rives scandinaves. Ainsi placés sur l’axe du monde, entre la mer divine et les saintes forêts, nous portons l’inquiétude des pensées qui oscillent entre deux certitudes.  Nostalgie des âmes du Nord, des mers vêtues de brumes, de la neige nue des montagnes, des sommets aux tombantes épaules de glace, des forêts humides, de la lèvre froide des étangs. Espoir du soleil méridional, de la chair blanche des rochers, de la nudité divine des mers, des vibrantes cigales, du rude torrent de la lumière. Tout à tour nous charment les mélèzes, les bouleaux, les oliviers et les pins, la neige pure et la mer éclatante. Et nous suivons avec une égale mélancolie et le Rhin brumeux et le Rhône bruissant.

08.06.2008

CHANT BURGONDE (extrait 1) de Johannès THOMASSET

Bourgogne, terre où les Dieux se réconcilient, où la blonde Freya tend la main à Cybèle, où Teutatès accueille Mithra. Tu as vu passer trop de peuples, trop de foules ; es-tu lasse, belle terre ? Bâtons de Bourgogne Ecu.jpgNon, mère généreuse, nourrice incomparable, terre celtique fécondée par les Burgondes, ô Bourgogne, route éternelle où tout ce qui est beau dans le monde a passé. Tu réconcilieras un jour ces frères séparés qui, alentour du Rhin, se cherchent et s’ignorent. Les fleuves peuvent unir. Le Nil a créé l’Egypte. Le Rhin doit créer la fraternité germanique. Car plus loin que ne s’étend la langue des aïeux, il est des Germains. Ils forment une famille puissante et ne se doivent plus combattre. Il en est qui, loin du rude berceau de la Race, ont oublié la langue originelle et se sont affinés auprès des Latins et des Hellènes. Au fond de leur cœur ils ne t’oublient pas, ô Germanie, et peuvent te servir de toute leur fidélité. C’est toi, Bourgogne, qui scelleras cette union du sceau d’or de tes collines. Tu seras le joyau de paix, l’étoile du salut que cherche l’Europe, et les Dieux en buvant ton vin pacifique aideront les hommes blonds à s’unir. O Bourgogne, tu recèles une lumière mystérieuse et puissante. Elle jaillira. Puisque tu assembles le chêne et le pin, le noyer et le figuier, tu peux unir les membres épars de la Race du Nord que des hommes d’autres races divisent. Tes enfants ont suivi le Rhin, ont suivi le Rhône. A ceux qui sont restés, tu donnes, ô Bourgogne, les forces du Nord et les grâces du Sud, et ce trésor de songes qui fait osciller nos cœurs entre deux infinis.

 

05.06.2008

HENRI VINCENOT: DES FRICHES ET DES BOIS

Le vieux bourguignon, exilé, que je suis, ne pouvait pas être insensible à l'article consacré à Henri VINCENOT, article publié par la revue Réfléchir et Agir dans son numéro de l'automne 1999. Ce texte a été récemment  mis en ligne, sur leur site, par nos amis de TERRE ET PEUPLE. Je suis donc heureux de vous le présenter, en caressant le fol espoir que l'auteur de LA BILLEBAUDE, des ETOILES DE COMPOSTELLE et du PAPE DES ESCARGOTS, non seulement vous fasse partager l'amour charnel que tout bourguignon porte à sa terre et à son histoire, mais vous communique aussi cette passion pour vos racines et votre terre, sans lesquelles un peuple n'est rien. Et que vivent nos bons Ducs de Bourgogne ! Wolff

 

Depuis le 21 Novembre 1985, en plein bois, au coeur de la montagne bourguignonne, repose un vieux Gaulois : Henri Vincenot. vincenot.jpgIl est le vieux sanglier, c'est la plus longue mémoire, c'est l'âme de la Bourgogne, de la civilisation paysanne dont il était imprègne jusqu’au plus profond de son être. Toute sa vie, il fut un conteur, un chantre de sa patrie charnelle, l’éternelle Celtie, celle des friches et des forêts où sont ses racines, c'est à dire son sol et son sang. Bien que né dans la capitale des Ducs de Bourgogne (Dijon), sa famille a son berceau familial enraciné depuis la nuit des temps dans le petit village de Châteauneuf en Auxois, sur la montagne de Sombernon qui marque le partage des eaux entre la Manche, l'Atlantique et la Méditerranée. Du village voisin de Maconge, partent les trois pentes où naissent les ruisseaux qui rejoignent la Seine, la Loire et le Rhône : "Salut Maconge, toit du monde occidental !! Maître des trois versants !! Centre sacré du triangle des eaux !! Tête de la Vouivre, source d’éternelle jeunesse... !!".

L'héritage celte Et c’est là, sur les pentes boisées qu’il a grandi, au milieu de sa "tribu", les fameux Mandubiens de l’Auxois qui n’en finissent pas de régler leurs comptes avec la tribu des Eduens (Celtes du Morvan) depuis 18 ou 20 siècles (les Eduens ayant été de zélés auxiliaires des légions romaines). Face à son village, s’élève la montagne sacrée de Bibracte où un vieux chemineau, mi-druide mi-prêtre, surnommé "la Gazette", y aurait perdu un bras en voulant délivrer Vercingétorix... il y a près de 2000 ans. vincenot_autoportrait.jpgVincenot sera véritablement envoûté par sa terre et son peuple. Il ne pouvait en être autrement lorsque pour premier horizon, il eut ce "pays de mon coeur et de mon sang", ces montagnes et ces forêts bénies des dieux de la vieille Celtie, "ce pays secret, fermé, avec d’incroyables richesses bien cachées dans des forêts monstrueuses, des friches solitaires et des villages morts, des gens au jugement acide, lucide, clair, au parler studieux et équilibré." Un monde clos, communautaire, oublié du monde, où les Romains se sont peu aventurés, ainsi que les Burgondes qui ont pourtant donné leur nom à ce pays.

Une éducation paysanne Elevé par ses deux grand-mères qui connaissaient le secret des plantes, les vertus du soleil et de la lune, qui savaient lire dans les étoiles et lui raconter les vieilles légendes autour du feu, c’est surtout auprès de ses deux grands-pères qu’il a pu acquérir son solide bon sens paysan qui lui servira de ligne directrice toute sa vie durant. Tous les deux (initiés, compagnons du devoir) lui transmettront le virus de ce qui deviendra la grande affaire de sa jeunesse : la chasse au sanglier, roi des forêts d’Occident, incarnant cette identité gauloise à laquelle Vincenot était si attaché. Le jeune Bourguignon fréquente l’école et l’église avec une étrange prémonition : "À notre insu, lentement, courageusement, opiniâtrement, on nous arrachait au singularisme païen, pour nous préparer aux fructueux échanges universels, c’est-à-dire, pour pouvoir un jour, tous unis et confondus, nous servir des mêmes barèmes, des mêmes machines et devenir de bons consommateurs inconditionnels, se contentant des mêmes HLM... Pour une fois, ils étaient d’accord, les instituteurs républicains, toujours à la pointe de la pensée marchande et les curetons qui, depuis longtemps, luttaient contre les pratiques superstitieuses venant des ères druidiques".
À 20 ans, happé par les "délices" du monde moderne, il quitte le pays pour n’y revenir qu’en 1969. Il s’installe à Commarin (175 habitants) et fait revivre le hameau abandonné de la Pourrie, cinq feux dans la vallée de l’Ouche, parcelle après parcelle, ruine après ruine. Un écrivain de combat Le succès littéraire viendra en 1978 avec "la Billebaude". Vincenot incarne désormais l’antique sagesse paysanne, et les Français ne s’y sont pas trompés. Ce livre leur a rappelé ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être : un vieux peuple des sources et des forêts, un vieux peuple de paysans que le modernisme est en train de génocider. Henri est vite devenu un prophète pour ses lecteurs : "de toutes les tribus de France, ils m’écrivent pour me dire que je leur ai fait retrouver leur propre pays, leur race". Ce succès va raviver celui du "Pape des escargots" publié cinq ans auparavant. Un roman fabuleux dans lequel sont mis en avant deux personnages, différents mais complices, Gilbert, un jeune sculpteur doué d’un talent rare, réincarnation de Gislebert d’Autun (qui a sculpté le tympan de la cathédrale d’Autun) et La Gazette, un vieux colporteur de légendes pittoresques, vagabondant de village en village, tels les conteurs d’autrefois, grands initiés, poursuivant la tradition orale des sages anciens.detail_tympan_cathedrale_autun.jpg Le vieux "prêtre druidisant", mémoire du pays, surveille le passage des sangliers et observe leurs traces parallèles à la voie lactée, véritable chemin des étoiles, celles qui mènent de Vézelay à Compostelle. Viendront par la suite, les fameuses "étoiles de Compostelle", qui menèrent un jeune essarteur bourguignon du XIIIème siècle, a pénétrer dans le secret des mystérieuses et singulières aventures des bâtisseurs de cathédrales. Vincenot nous rappelle la permanence, malgré la christianisation, des croyances et pratiques ancestrales : "les populations celtiques que nous étions ne pouvaient pas en effet rester plus de trente minutes dans un sanctuaire sans chercher l’extase de la flamme et de la lumière". Vincenot n’eut de cesse de nous enseigner les salubres leçons de la saga des origines, leçons qui se moquent bien des idéologies du politiquement correct et du bavardage droit de l’hommesque : "au coude à coude, il faut rassembler le plus grand nombre possible de gens du même sang. Voilà le premier conseil qui nous vient du fond de nos mémoires". Toujours prêt à défendre l’héritage face à un monde désenchanté et mercantile, voici au seuil de sa vie trop brève quelle fût sa prière : "merci grand Dieu du ciel et de la terre de m’avoir fait naître dans cette race ! Et au beau milieu de ce pays-là qui fourmille de merveilles comme un ciel de Saint-Jean grouille d’étoiles. Et merci de m’avoir donné l’occasion de le dire, de l’écrire, à toutes sortes de gens, à qui ça peut rendre grands services, encombrés qu’ils sont dans le désespoir de l’envoi industriel." Fidèle à sa terre et à son peuple de son vivant, Vincenot l’est encore dans la mort, reposant désormais dans la terre nourricière de Bourgogne, au milieu des siens, au coeur de la forêt, dernier refuge des dieux de la vieille Gaule, à l’ombre d’une croix celtique de pierre.

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Eugène KRAMPON