30.08.2008

RENE GUENON: A PROPOS DE "LA DEFENSE DE L'OCCIDENT"

« Ce n’est point être « antioccidental », si l’on peut employer ce mot, que d’être résolument « antimoderne », puisque c’est au contraire faire le seul effort valable pour essayer de sauver l’Occident de son propre désordre ; et, d’autre part, aucun Oriental fidèle à sa propre tradition ne peut envisager les choses autrement que nous le faisons nous-même ; il y a certainement beaucoup moins d’adversaires de l’Occident comme tel, ce qui d’ailleurs n’aurait guère de sens, que de l’Occident en tant qu’il s’identifie à la civilisation moderne. reneguenon1932.jpgQuelques uns parlent aujourd’hui de « défense de l’Occident », ce qui est vraiment singulier, alors que, comme nous le verrons plus loin, c’est celui-ci qui menace de tout submerger et d’entraîner l’humanité entière dans le tourbillon de son activité désordonnée ; singulier, disons-nous, et tout à fait injustifié, s’ils entendent, comme il le semble bien malgré quelques restrictions, que cette défense doit être dirigée contre l’Orient, car le véritable Orient ne songe ni à attaquer ni à dominer qui que ce soit, il ne demande rien de plus que son indépendance et sa tranquillité, ce qui, on en conviendra, est assez légitime. La vérité, pourtant, est que l’Occident a en effet grand besoin d’être défendu, mais uniquement contre lui-même, contre ses propres tendances qui, si elles sont poussées jusqu’au bout, le mèneront inévitablement à la ruine et à la destruction ; c’est donc « réforme  de l’Occident » qu’il faudrait dire, et cette réforme, si elle était ce qu’elle doit être, c’est à dire une vraie restauration traditionnelle, aurait pour conséquence toute naturelle un rapprochement avec l’Orient » La crise du monde moderne pp60-61) Editions Folio Essais.

26.08.2008

RENE GUENON: A PROPOS D'UN RAPPROCHEMENT DE L'OCCIDENT AVEC L'ORIENT

« Dans un rapprochement avec l'Orient, l'Occident a tout à gagner ; si l'Orient y a aussi quelque intérêt, ce n'est point un intérêt du même ordre, ni d'une importance comparable, et cela ne suffirait pas à justifier la moindre concession sur les choses essentielles ; d'ailleurs, rien ne saurait primer les droits de la vérité. reneguenon1932.jpgMontrer à l'Occident ses défauts, ses erreurs et ses insuffisances, ce n'est point lui témoigner de l'hostilité, bien au contraire, puisque c'est la seule façon de remédier au mal dont il souffre, et dont il peut mourir s'il ne se ressaisit à temps. La tâche est ardue, certes, et non exempte de désagréments ; mais peu importe, si l'on est convaincu qu'elle est nécessaire ; que quelques-uns comprennent qu'elle l'est vraiment, c'est tout ce que nous souhaitons. » Orient et Occident, 1924.

 

 

04.07.2008

RENE GUENON: A PROPOS DE L'AGITATION DU MONDE MODERNE

„[…] le caractère le plus visible de l’époque moderne : besoin d’agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes. reneguenon1932.jpgC’est la dispersion dans la multiplicité, et dans une multiplicité qui n’est plus unifiée par la conscience d’aucun principe supérieur; c’est, dans la vie courante comme dans les conceptions scientifiques, l’analyse poussée à l’extrême, le morcellement indéfini, une véritable désagrégation de l’activité humaine dans tous les ordres où elle peut encore s’exercer; et de là l’inaptitude à la synthèse, l’impossibilité de toute concentration, si frappante aux yeux des Orientaux.” ( La crise du monde moderne, p. 48)

 

24.06.2008

RENE GUENON: QU'EST-CE QU'UNE CIVILISATION TRADITIONNELLE ?

"Ce que nous appelons une civilisation traditionnelle, c'est une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens de ce mot, reneguenon1932.jpgc'est à dire où l'ordre intellectuel domine tous les autres, où tout en procède directement ou indirectement, et, qu'il s'agisse de sciences ou d'institutions sociales, n'est en définitive qu'applications contingentes, secondaires et subordonnées des vérités purement intellectuelles". Orient et Occident, p. 230

 

 

16.06.2008

RENE GUENON: A PROPOS DE LA DEMOCRATIE (2)

[Le gouvernement du peuple par lui-même,] « c’est  là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. reneguenon1932.jpgIl y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribués eux-mêmes ; mais la grande habilité des dirigeants dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel » : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose qu’on peut très facilement diriger ou modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé ; nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l’opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu’il faille dire, d’ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour obtenir ce résultat ». La crise du Monde moderne, pp. 88-89.

 

15.06.2008

RENE GUENON: A PROPOS DE LA DEMOCRATIE (1)

« L’argument le plus décisif contre la « démocratie » se résume en quelques mots : le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, parce que le « plus » ne peut pas sortir du « moins », cela est d’une rigueur mathématique absolue, contre laquelle rien ne saurait prévaloir.reneguenon1932.jpg Il importe de remarquer que c’est précisément le même argument qui, appliqué dans un autre ordre, vaut aussi contre le « matérialisme » ; il n’y a rien de fortuit dans cette concordance, et les deux choses sont beaucoup plus étroitement solidaires qu’il ne pourrait le sembler au premier abord. Il est trop évident que le peuple ne peut conférer un pouvoir qu’il ne possède pas lui-même ; le pouvoir véritable ne peut venir que d’en haut, et c’est pourquoi, disons-le en passant, il ne peut être légitimé que par la sanction de quelque chose de supérieur à l’ordre social, c’est à dire d’une autorité spirituelle ; s’il en est autrement, ce n’est plus qu’une contrefaçon de pouvoir, un état de fait qui est injustifiable par défaut de principe, et où il ne peut y avoir que désordre et confusion. » La crise du Monde moderne, pp.87-88.