24.04.2009

EN MEMOIRE DE TIBERINE par Rachid KORAÏCHI

Dans une discussion, lorsque chacun fait part de son expérience personnelle, on ne parle pas d’idéologies abstraites. Et c’est ainsi, je crois, que l’on s’enrichit les uns les autres, parce que chaque personne, en se racontant, livre un témoignage sur la société à laquelle elle appartient. Tiberine.jpg

Pour ma part, j’ai quitté l’Algérie en 1968. J’ai alors voyagé, je suis allé en France, j’ai vécu à Paris, mais j’ai toujours gardé un lien très fort avec ma famille. Et je ne suis jamais autant retourné en Algérie que depuis la périodedu terrorisme, c’est-à-dire depuis 1988 et jusqu’à récemment. Dans ce va-et-vient permanent entre l’Algérie et la France, j’ai acquis un regard extérieur sur mon pays – en miroir.

Pendant la guerre d’Algérie, nous avons vécu une période très dure – notamment avec un père torturé devant nos yeux –, mais nous nous battions pour l’indépendance, qui était vue comme la clé du paradis. Aujourd’hui, on en arrive à se dire que, bizarrement, on était mieux au moment de la colonisation !

A l’époque, nous avions une cause, nous poursuivions un rêve. Maintenant, nous n’avons ni cause ni perspective claire. Et cette prise de conscience provoque une implosion intérieure très douloureuse.

En plus, l’état socialiste, pendant trente ans, a pris en charge les gens – qui se laissaient faire. Tout devait être donné, on attendait tout du système…

Aujourd’hui, les gens se rendent compte que, s’ils ne travaillent pas eux-mêmes, s’ils ne relèvent pas leurs manches, s’ils ne revendiquent pas, rien ne se fera.

En outre, l’Algérie est musulmane depuis le VIIIe siècle, l’islam venant s’ajouter à la chrétienté et au judaïsme que l’on trouvait auparavant. Elle s’est retrouvée brutalement amputée de ses deux identités antérieures. Avec l’abrogation du décret Crémieux en 1940, les Juifs sont partis, puis les chrétiens avec l’indépendance en 1962.

La petite Eglise chrétienne d’Algérie ne se sent donc aujourd’hui qu’algérienne. Pour prendre un exemple, l’ancien archevêque d’Alger, Mgr Duval, a assuré l’intérim lorsque Paul VI était malade. A cette époque, j’étais étudiant à Paris, et j’avais été outré de voir ce titre à la une du journal Minute : « Un Algérien à la tête de la chrétienté. » Des années après, je suis passé dans le bureau de Mgr Duval à Alger. On y voyait, encadrée, une couverture de Minute, sur laquelle était écrit en gros titre : « Mohammed Duval. » Et l’archevêque m’a dit : « Tu vois, me donner le nom du prophète de l’islam, c’est le plus beau cadeau qu’on m’ait fait. » Pour moi, c’était bouleversant ! De la même façon, la dernière messe en souvenir des moines de Tiberine, dans la petite église du monastère, a été dite en arabe algérien – et les cantiques aussi ont été chantés en arabe.

J’avais déjà entendu des messes en arabe dans d’autres pays orientaux, mais c’était la toute première fois en Algérie. Cette appartenance viscérale à la terre d’Algérie est pour moi très significative de la part de cette Eglise chrétienne algérienne, si pauvre et si réduite aujourd’hui.

Je viens d’une famille de mystiques soufis du désert. L’assassinat des moines de Tiberine a été pour nous un choc terrible. Nous avons tous été ravagés. J’ai dit alors à Mgr Teissier, l’évêque d’Alger, que je souhaitais faire un petit mémorial près de l’endroit où les sept moines ont été assassinés, d’autant plus que l’on a retrouvé seulement leurs têtes, pas leurs corps. J’ai demandé ensuite aux régions d’où étaient originaires les moines d’envoyer un cube de pierre pour symboliser leur lieu d’origine. A côté de ce premier cube, on poserait un autre cube de pierre provenant du lieu où ils étaient morts.

Je voulais aussi faire faire un bassin avec un fond noir dans lequel le ciel se refléterait. L’ensemble aurait formé une croix, avec de chaque côté les douze apôtres. Mais l’évêque a réfléchi et m’a dit : « C’est impossible, Rachid, et pour deux raisons. D’une part, le village de Tiberine, qui est juste en face, n’a pas d’eau, et les gens du village viennent en prendre au monastère. D’autre part, le village n’a pas de mosquée non plus, et les habitants viennent faire la prière au monastère. »

J’ai trouvé ça merveilleux.

Le soir même, je suis allé dîner chez un ami de mon père à Alger, qui est quant à lui totalement athée. Après le dîner, il m’a raccompagné à l’ascenseur pour que je parte avant le couvre-feu. Il m’a alors confié une enveloppe dans laquelle se trouvait une importante somme d’argent destinée à construire une mosquée à Tiberine. « Je suis athée, je m’en fiche, me dit-il, mais le fait que ce soit des moines chrétiens qui le demandent me touche, alors je veux apporter une contribution. »

A travers ces anecdotes, je veux dire que, à partir du judaïsme, du catholicisme ou de l’islam, et sans être forcément pratiquant, nous sommes, autour de la Méditerranée, traversés d’un mouvement autre que la politique dite « classique ». C’est un mouvement qui tend à faire se rencontrer ces différentes spiritualités, malgré les conflits qui les opposent. Rachid KORAÏCHI

 

27.03.2009

CHRISTIANISME: NOUVELLE POLEMIQUE SUITE A UNE DECLARATION DU PAPE

A son retour à Rome, par une belle après-midi ensoleillée, le Pape aurait confié à une journaliste : « Il fait beau aujourd’hui ! » Ces propos ont aussitôt soulevé dans le monde entier une immense émotion et alimentent une polémique qui ne cesse de grandir.benoitxvi-249x300.gif

Quelques réactions :

Le maire de Bordeaux : “Alors même que le pape prononçait ces paroles, il pleuvait à verse sur Bordeaux ! Cette contre-vérité, proche du négationnisme, montre que le pape vit dans un état d’autisme total. Cela ruine définitivement, s’il en était encore besoin, le dogme de l¹infaillibilité pontificale !”

Le Grand Rabbin de France : “Comment peut-on encore prétendre qu’il fait beau après la Shoah ?”

Le titulaire de la chaire d’astronomie au Collège de France : “En affirmant sans nuances et sans preuves objectives indiscutables qu”il fait beau aujourd’hui”, le pape témoigne du mépris bien connu de l’Église pour la Science qui combat ses dogmes depuis toujours. Quoi de plus subjectif et de plus relatif que cette notion de “beau” ? Sur quelles expérimentations indiscutables s’appuie-t-elle ? Les météorologues et les spécialistes de la question n’ont pas réussi à se mettre d’accord à ce sujet lors du dernier Colloque International de Caracas. Et Benoît XVI, ex cathedra, voudrait trancher, avec quelle arrogance ! Verra-t-on bientôt s’allumer des bûchers pour tous ceux qui n¹admettent pas sans réserve ce nouveau décret ?”

L’Association des Victimes du Réchauffement Planétaire : “Comment ne pas voir dans cette déclaration provocatrice une insulte pour toutes les victimes passées, présentes et à venir, des caprices du climat, inondations, tsunamis, sécheresse ? Cet acquiescement au “temps qu¹il fait” montre clairement la complicité de l’Église avec ces phénomènes destructeurs de l’humanité, il ne peut qu’encourager ceux qui participent au réchauffement de la planète, puisqu’ils pourront désormais se prévaloir de la caution du Vatican.”

Le Conseil Représentatif des Associations Noires : “Le pape semble oublier que pendant qu’il fait soleil à Rome, toute une partie de la planète est plongée dans l’obscurité. C’est là un signe intolérable de mépris pour la moitié noire de l’humanité!”

L¹Association féministe Les Louves : “Pourquoi “il” fait beau et pas “elle” ? Le pape, une fois de plus s¹en prend à la légitime cause des femmes et montre son attachement aux principes les plus rétrogrades. En 2009, il en est encore là, c¹est affligeant !”

La Ligue des Droits de l¹Homme : “Ce type de déclaration ne peut que blesser profondément toutes les personnes qui portent sur la réalité un regard différent de celui du pape. Nous pensons en particuliers aux personnes hospitalisées, emprisonnées, dont l’horizon se limite à quatre murs ; et aussi à toutes les victimes de maladies rares qui ne peuvent percevoir par leurs sens l’état de la situation atmosphérique. Il y a là, sans conteste, une volonté de discrimination entre le “beau”, tel qu’il devrait être perçu par tous, et ceux qui ressentent les choses autrement. Nous allons sans plus tarder attaquer le pape en justice.”

A Rome, certains membres de la Curie ont bien tenté d’atténuer les propos du pape, prétextant son grand âge et le fait qu’il ait pu être mal compris, mais sans succès jusqu’à présent.

 

19.03.2009

CAMEROUN: POUR BENOÎT XVI, CHRETIENS ET MUSULMANS PARTAGENT "DES VALEURS FONDAMENTALES"

Yaounde, 19 mars 2009 - Le pape Benoît XVI a estimé jeudi que chrétiens et musulmans partageaient "des valeurs fondamentales", dans un discours prononcé au Cameroun où les deux communautés entretiennent des relations traditionnellement paisibles.090408_benoit_xvi_big.jpg

Le Cameroun "abrite des milliers de chrétiens et de musulmans qui, souvent, vivent, travaillent et accomplissent leurs pratiques religieuses dans un même voisinage", a souligné le pape lors d’une rencontre à la nonciature apostolique de Yaoundé avec une délégation musulmane du Cameroun, selon le texte distribué à la presse. "Tous croient au Dieu unique" et partagent "des valeurs fondamentales" telles "la famille, la responsabilité sociale, l’obéissance à Dieu, la sollicitude envers les faibles", a ajouté le souverain pontife à une délégation d’une vingtaine de dignitaires musulmans représentant notamment l’Association culturelle islamique du Cameroun (ACIC). (Source AFP)

28.01.2009

RUSSIE: ELECTION DU NOUVEAU PATRIARCHE DE L'EGISE ORTHODOXE

Le concile, qui s'était ouvert mardi en fin de matinée en la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou pour élire le nouveau chef de l'Eglise orthodoxe russe n'a pas attendu pour se prononcer, comme l'avaient annoncé des porte-paroles du patriarcat s'exprimant en privé.kirill.jpg Le métropolite de Smolensk et de Kaliningrad, Kirill a été élu au premier tour, à la majorité absolue des voix parmi les trois personnalités pré-sélectionnées dimanche par l'église. Il assurait déjà l'intérim à la tête du patriarcat, et était présenté comme le favori, tant de l'assemblée ecclésiastique que des participants au sondage de patriah2009 (72,2%). Ce 16e patriarche de Moscou et de toutes les Russies est le premier à être élu depuis la disparition de l'URSS, en décembre 1991. Cet homme de 62 ans a obtenu trois fois plus de suffrages (97) que son principal concurrent, le métropolite de Kalouga et de Borovsk Kliment (32), quand quelque 200 dignitaires ont désigné à bulletin secret les candidats au poste suprême. Le métropolite de Minsk et de Sloutsk Filaret, 73 ans, n'en a, quant à lui, eu que 16, même si des analystes pensaient qu'il serait en mesure de remporter le vote si la dispute entre les deux favoris menaçait de diviser l'Eglise.

Le président russe, Dmitri Medvedev, lui a adressé ses vœux dans un message. Il dit espérer «une poursuite du développement de la coopération fructueuse entre l'Eglise orthodoxe russe et l'Etat».

 

09.12.2008

RUSSIE: FUNERAILLES DU PATRIARCHE ORTHODOXE ALEXIS II

L'office, qui a débuté à 08H00 (05H00 GMT), a duré trois heures dans l'immense édifice blanc au vaste dôme doré, dynamité par Staline en 1931 et reconstruit dans les années 1990. Il a été suivi d'un office funèbre à 11H00 (08H00 GMT) et de l'inhumation du défunt à la mi-journée. Alexis2.jpgLe cercueil, ouvert selon la tradition orthodoxe, reposait sur un vaste catafalque entouré de roses blanches et de lys, au centre de l'imposante cathédrale, illuminée. Le visage d'Alexis II, qui était patriarche de Moscou et de toutes les Russies depuis 1990, était couvert d'un voile blanc, comme le veut la tradition pour les funérailles de dignitaires de l'Eglise. Un tissu vert, couleur du patriarche, était posé sur le cercueil. Le successeur provisoire d'Alexis II, le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad, a présidé le début de la liturgie en présence de 200 évêques et prêtres portant des bures blanches, incrustées de fils d'or et de perles, symbole du passage à la vie éternelle. Dans la foule, des représentants de l'Etat et des régions russes étaient présents, des personnalités de la culture tel le cinéaste Nikita Mikhalkov ainsi que la grande-duchesse Maria Vladimirovna, héritière autoproclamée du dernier tsar de Russie Nicolas II. Des représentants des autres Eglises orthodoxes ainsi que du Vatican, les cardinaux français Roger Etchegaray et allemand Walter Kasper, assistaient également à l'office, a constaté une journaliste de l'AFP. Le président russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine, qui a contribué à restaurer l'influence de l'Eglise orthodoxe en Russie au côté d'Alexis II lorsqu'il était au Kremlin (2000-2008), étaient arrivés dans la matinée aux funérailles. Les présidents bélarusse Alexandre Loukachenko et serbe Boris Tadic, deux pays de tradition orthodoxe, étaient également présents. Dmitri Medvedev a demandé la suppression de tous les programmes de divertissement mardi, notamment à la télévision, signe du quasi-statut de religion d'Etat retrouvé par l'orthodoxie dans la Russie post-soviétique. Plus de 80.000 fidèles se sont pressés depuis samedi dans la cathédrale du Christ-Sauveur pour rendre un dernier hommage à la dépouille d'Alexis II, a indiqué le service de presse de la police cité par l'agence Itar-Tass. Alexis II a été inhumé à 13H00 (10H00 GMT) à la cathédrale de l'Epiphanie à Moscou, conformément à sa volonté. Un synode a nommé samedi comme patriarche intérimaire ou "gardien du trône" le métropolite Kirill, 62 ans, puissant chef du département des relations extérieures du Patriarcat. Un autre synode décidera mercredi de la date de l'élection du prochain patriarche, qui doit intervenir dans les six mois suivant le décès d'Alexis II.

 

09.07.2008

EGLISE ANGLICANE: APPROBATION DE L'ORDINATION DES FEMMES

L'Eglise anglicane approuve par vote l'ordination de femmes L'Eglise anglicane, réunie lundi en synode, a approuvé par vote le principe de l'ordination de femmes évêques, après un vif débat entre conservateurs et libéraux, a rapporté la télévision Sky News. Eglise anglicane.jpgAvant le vote, plus de 1.300 membres du clergé ont menacé de quitter l'Eglise anglicane si le Synode Général votait en faveur de l'ordination de femmes évêques. Le Synode Général a rejeté des mesures de compromis visant à tenir compte de ceux qui n'acceptaient pas cette réforme.