14.11.2009
ENRICO GALOPPINI PARLE DE L'ISLAMOPHOBIE EN EUROPE
Qu’est-ce qui explique, pour vous, la campagne d’anti-islamisme et d’islamophobie que connaît l’Europe depuis quelques années ? L’islamophobie fut une nécessité pour les États-Unis, à partir du moment où ils se sont trouvé opérer dans un théâtre stratégique - celui du Proche et Moyen-Orient – qui est occupé par des populations en majorité musulmanes.
Par conséquent la première exigence pour eux fut de créer une opinion publique dans les pays qu’ils contrôlent, cela a nécessité l’apparition – ou la dynamisation - de courants de pensée hostiles à la religion musulmane. Cela a consisté à créer, très cyniquement, la couverture idéologique justifiant leur action. Selon moi, s’ils devaient agir demain dans d’autres théâtres d’opération, par exemple dans le Sud-Est asiatique, il est plus que probable qu’ils nous présenteraient ce qu’aujourd’hui tout le monde considère comme une culture exceptionnelle, le bouddhisme, comme une horreur absolue, cela uniquement parce que cela permettrait de démoniser leurs adversaires.
Il y a donc, pour vous, un lien évident entre l’islamophobie et la stratégie géopolitique atlantiste ? Incontestablement. Le dernier chapitre de mon livre Désinformation et islam : acteurs, tactiques et finalité, qui a été publié par les Éditions All’insegna del Veltro, s’intitule « Islamophobie et stratégie politique atlantiste : un lien nécessaire ». Il démontre que ces deux éléments – la stratégie géopolitique et l’islamophobie – ne sont absolument pas disjointes et, qu’au contraire, l’islamophobie, ainsi que toute évocation d’« un problème islamique », est une nécessité dans la phase actuelle de la politique mondiale des États-Unis. Que l’islamophobie, la création d’un état d’esprit hostile à l’islam et aux musulmans dans l’opinion, soit un paravent et une justification pour une politique précise est démontré par le fait qu’au fond les États-Unis et le soit-disant Occident (cette partie de l’Europe qui est intégrée dans toute une série d’organisations, en premier lieu l’OTAN) n’aient aucun scrupules à traiter avec les Émirats du golfe ou l’Arabie saoudite. S’il devait s’agir vraiment d’une question de principe et si l’islam était bien une « religion terrible, fanatique et sanguinaire » aucun rapport ne devrait exister avec ces pays. Or, au contraire, les États–Unis ont avec ces émirats, sultanats, royaumes, etc. des relations d’intérêts privilégiés. Par conséquent la nécessité pour les États-Unis est de créer une islamophobie fonctionnelle pointant sur l’objectif qu’elle a l’intention de poursuivre. On l’a vu en premier avec l’Irak, et toutes les inventions de la propagande pour l’envahir. Actuellement, c’est l’Iran qui est dans le collimateur… Au Liban le « problème », c’est le Hezbollah, tandis qu’en Palestine, toujours en exploitant ce climat d’islamophobie sélective, a été créé médiatiquement une situation dans laquelle le « problème » est le Hamas.
Notes
Enrico Galoppini est essayiste et traducteur (diplômé en arabe des universités de Tunis et d’Amman). Il a enseigné l’histoire des pays musulmans aux universités de Turin et d’Enna. Il est membre du comité de rédaction de l’édition italienne de la revue Eurasia.
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27.09.2009
AFGHANISTAN: MORT DE QUATRE NOUVEAUX SOLDATS FRANCAIS
Quatre soldats français sont morts accidentellement dans l'est de l'Afghanistan depuis samedi soir, trois en raison d'un violent orage dans la nuit, et un autre dimanche quand son véhicule est tombé dans un ravin. Cinq autres ont été blessés, dont plusieurs très grièvement, dans ce dernier accident, a annoncé la présidence française.
Ces décès portent à 35 le nombre de militaires français, dont 3.000 sont engagés en Afghanistan, ayant perdu la vie depuis l'arrivée de troupes françaises en décembre 2001. Lors d'une opération dans la nuit de samedi à dimanche, trois soldats français ont été victimes d'un violent orage, l'un foudroyé et les deux autres noyés dans une rivière en crue, a expliqué à l'AFP l'amiral Christophe Prazuck, de l'état-major. L'opération conduite par quelque 250 militaires français et afghans, a-t-il précisé, se déroulait en vallée d'Afghanya, dans la province de Kapisa, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Kaboul avec pour "objectif des poseurs d'IED" (Improvised Explosive Device, bombes artisanales). "Lorsqu'un premier soldat a été foudroyé, un médecin et l'infirmier ont essayé de le ranimer sans succès", a indiqué l'amiral Prazuck. "L'opération a été suspendue pour tenter de le sauver puis de l'évacuer, mais l'orage s'est déchaîné et un autre militaire a été emporté par une rivière en crue une dizaine de minutes plus tard alors qu'il progressait sur une piste", a-t-il ajouté. "Un de ses camarades, parti à sa recherche, a été emporté à son tour par la rivière et ils ont été retrouvés tous deux noyés au lever du jour", a précisé l'amiral Prazuck. Toujours selon lui, l'orage, qui a été "très violent et très local", "n'était pas prévu par la météo". Un quatrième soldat est décédé et cinq autres blessés dimanche, dont plusieurs très grièvement, lorsque leur blindé est tombé dans un ravin dans le district de Surobi, voisin de la province de la Kapisa. Un sondage publié en août indiquait que 64% des Français étaient opposés à la participation française aux forces de l'Otan en Afghanistan. L'armée française y a subi sa plus grande perte les 18 et 19 août 2008 lorsque 10 soldats étaient tombés dans une embuscade des talibans en vallée d'Uzbin, à l'est de Kaboul. Les soldats français meurent aujourd’hui en Afghanistan pour des intérêts qui ne sont pas ceux de la France. L’intervention française en Afghanistan doit cesser au plus vite.
22:15 Publié dans Afghanistan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, coalition occidentale, contingent français, otan
09.04.2009
LA LOGIQUE DE GUERRE DE NICOLAS SARKOZY par AGATHON
Voici un article qui date de trois mois, et qui, malheureusement est vérifié par l’actualité. Il a déjà été publié sur le site d’Egalité et Réconciliation de la région Normandie. Il mérite bien que nous le reprenions.
Voici quelques mois, au sujet de l’Iran, Monsieur Kouchner se présentait en va-t-en-guerre. En avait-il trop dit ? Le silence gêné du Président Sarkozy n’était pas un démenti.
Aujourd’hui les faits éclatent au grand jour avec le projet d’installation de bases militaires françaises, notamment face à l’Iran. Monsieur Sarkozy, « Américain possédant un passeport français » et son ami Kouchner seraient-ils chargés d’une double mission ? :
- Précipiter l’Europe aux côtés des Etats-Unis dans un conflit avec l’Iran au Proche-Orient ;
- Verrouiller l’unité européenne le plus rapidement possible afin de stopper le risque de rapprochement entre le vieux continent et une Russie émergente.
C’est l’application pure et simple de l’archaïque politique américaine du « diviser pour régner » et du « déstabiliser pour intervenir ».
L’implication de la France aux cotés des Américains, par l’engagement d’une présence militaire et la volonté hystérique de bâcler la constitution des Etats-Unis d’Europe avant d’accéder pour six mois à la présidence, sont donc les deux volets d’une même logique de guerre arrêtée par Bush.
Cet alignement était prévisible dès l’instant où Sarkozy plaçait dans le poste si important des affaires étrangères l’atlantiste sulfureux Kouchner, seul défenseur officiel de l’intervention américaine en Irak (il faut d’ailleurs rappeler que Sarkozy s’était engagé à ne choisir comme ministre que des hommes ayant obtenu un mandat électif). L’intouchable ex-médecin, antimilitariste quand il s’agit de l’armée de son pays, serait-il commis aujourd’hui de fournir de la chair à canon ? L’implication croissante de nos troupes en Afghanistan en appui de la politique américaine n’est que l’illustration de cette rupture dans l’indépendance de notre diplomatie.
On peut comprendre l’inquiétude du monde industrialisé quant à la garantie de ses approvisionnements ; on peut admettre que les pays industrialisés, parlant d’une seule voix, décident de la mise en place d’une force opérationnelle de protection d’une zone dans laquelle transite la quasi-totalité de l’énergie mondiale. Cette solution eût pu faire fléchir les éventuelles velléités de l’Iran sur cette partie du Monde en associant à ce dispositif préventif, son allié russe. Le dispositif eut été plus dissuasif qu’une compromission sans poids.
Il est moins compréhensible qu’un Président n’ait pas évalué l’état de la force armée qu’il vient de démanteler, avant que de s’en servir comme fer de lance de sa politique de présence dans cette région sous tension. La Fontaine raillerait que la grenouille franco-hongroise veuille se faire plus grosse que le bœuf américain. On se souvient comment la grenouille du fabuliste a fini…Cette politique impulsive du revirement va avoir deux conséquences catastrophiques pour l’équilibre du vieux continent : - La première est d’engager la France à court terme et l’Europe à moyen terme dans un rapport de force dont elles sont les maillons faibles ; - La seconde va être de réanimer des tensions entre une Russie à nouveau présente sur l’échiquier politique et une Europe occidentalisée sans maturité politique et aux intérêts divergents.
La France maillon faible parce que son armée est sous dotée « budgétairement », sous dotée matériellement, en sous-effectif quantitatif et qualitatif.
La France maillon faible parce qu’elle est incapable de régler ses divergences intérieures ni même d’assumer sa propre sécurité (on l’a vu au moment des vagues d’émeutes ethniques de banlieues)
La France maillon faible car elle n’a pas le courage de s’attaquer au fond du problème créé par une immigration, en mal d’un eldorado inexistant, disponible au recrutement des réseaux fondamentalistes qui infiltrent le pays.
La stratégie de l’infiltration s’est pratiquée depuis plusieurs décennies en Afghanistan, en Afrique de l’Est, dans les archipels d’Extrême-Orient où règne la guérilla. L’Afrique est islamisée par l’installation d’écoles coraniques qui préparent des enfants d’aujourd’hui à être les soldats de l’islam, demain. « Un jour viendra où les peuples du sud envahiront les peuples du Nord et cela ne se fera ni amicalement ni pacifiquement » (Boumediene)
Les Français vont découvrir sous peu, hélas, et douloureusement le visage du terrorisme salafiste comme ils ont découvert voici quelques années, non sans stupeur, qu’un ouvrier modèle, discret, bon travailleur chez Renault était responsable de la tuerie de la rue de Rennes.
La France maillon faible parce qu’elle refuse d’admettre que l’immigration est l’agence de voyage qu’emploie aussi le terrorisme.
La France maillon faible parce que la détermination nationale est sapée depuis des décennies par l’idéologie du repentir, de l’anti- France, et par la démotivation de la jeunesse préparée au fatalisme de la régression.
L’Amérique a besoin de ce maillon faible pour asseoir sans partage son hégémonisme sur le Monde. L’implication de la France n’est donc que le fusible à court terme de la politique va-t-en-guerre d’une Présidence américaine qui se demande chaque matin en se rasant jusqu’où elle va pouvoir bluffer. Mais le rôle d’un fusible est de sauter à la place de l’installation principale.
L’étape suivante sera l’Europe déjà plombée par l’économie américaine. Sarkozy veut faire l’Europe tout de suite, quitte à faire un déni de démocratie, à mépriser l’avis des peuples. Il en va de l’intérêt Américain qui doit verrouiller l’essor européen avant que la Russie ait les moyens de s’y intégrer économiquement. En outre, l’enjeu stratégique est la façade méditerranéenne de l’Europe, Israël ne pouvant plus tenir longtemps cet emplacement capital entre l’Asie l’Afrique et l’Europe. (Lire Les clés de la guerre de Pierre Rossi, écrit en 1966 et toujours d’actualité.)
Une Europe bâclée par une constitution illisible ratifiée dans l’ombre des peuples et l’obscurantisme des signataires. Une Europe supranationale qui préside déjà au démantèlement des états et communautés nationales historiques. On vient de le voir avec la récente création de l’état du Kosovo quasiment imposée par la diplomatie américaine. Voilà résumée la méthode miracle sarkozienne pour vous ôter tous les maux de Bush. L’économie américaine a encore de beaux jours devant elle.
Mais c’est oublier que Vladimir Poutine, ayant assaini la Russie des mafias qui l’avaient porté au pouvoir a redoré le blason de son pays, motivé la conscience nationale de sa jeunesse et de son armée. L’Europe est le fusible « instrumentalisé » par Bush contre Poutine (comme le fut en son temps la révolte afghane dont un certain Ben Laden était le pion de la CIA) : la désastreuse affaire du sous-marin russe Kurks n’en est que la triste et peu médiatique provocation à la sauce américaine. Il y avait une logique de paix qui s’annonçait, au-delà des clivages idéologiques, avec la fin de la guerre froide, l’ouverture de la Chine à l’économie de marché, les échanges et la coopération technologique et surtout la mise en route d’un continent africain paupérisé par une décolonisation trop rapide. L’impérialisme américain n’en veut pas. D’où la campagne médiatique orchestrée chez les autres contre la Chine à l’occasion des J.O.
Le président Sarkozy a donc choisi une logique de guerre : celle de la fuite en avant, de l’arrogance ; celle de l’Amérique autiste à tous les avertissements de l’histoire et dont les propres armes se retournent contre elle : Ben Laden, 11 septembre, guerre d’Irak ; Autant d’échecs meurtriers - celle de la négociation et du troc avec le n’importe quoi (voyage de Kadhafi). Celle du camp qui va perdre. Grâce à l’oncle d’Amérique, déjà, « L’Europe a perdu l’Afrique ». C’est toute l’Europe qui risque d’être déstabilisée si un terme n’est pas mis à la politique atlantiste de Sarkozy. Le président Sarkozy ne doit pas quitter la tradition de paix de la diplomatie qui avait su donner à la France un rôle d’interlocuteur et de médiateur objectif apprécié de tous. Il doit tenir compte du fait que la ratification que la charte européenne n’a de valeur qu’après l’aval des peuples par voie de référendum. Il ne doit pas oublier que la dissuasion est l’arme de la paix. Si la diplomatie française ne reprend pas le langage rationnel qui lui permit pendant des décennies d’imposer la négociation à l’affrontement, si le peuple est rejeté de la démocratie, la paix en Europe et en France sera menacée. La seule différence entre Chamberlain en 1939 et Sarkozy en 2008, c’est que le premier croyait avoir sauvé la paix et que le second est en train de sauver la guerre que nous perdrons. Mais de toute façon, comme en 1945, la France et son peuple mais aussi l’idéal de paix qu’ils représentent seront les mutilés de l’histoire. Voilà pourquoi, au-delà des idéologies, La France doit devenir notre arme de Résistance commune contre la mondialisation, mais aussi notre flamme de l’espérance en la paix. Agathon
17:23 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, otan, iran, immigration, indépendance nationale
03.04.2009
LA FRANCE DANS L'OTAN ? C'EST LA SERVITUDE VOLONTAIRE par Maxime DUBLANC
Ainsi la France, toute honte bue, retourne au bercail atlantiste. Comme si l’intégration militaire était notre état naturel, l’indépendance gaullienne une simple parenthèse, et l’alignement sur les Etats-Unis le « destin » de la France. Bernard Kouchner se pâme littéralement à la perspective de ces noces atlantistes. Il martèle un oxymore de son invention avec la foi du charbonnier.
« La France dans l’OTAN, écrit-il, c’est le choix d’un destin ». Au delà de cette étrangeté métaphysique, nous voilà sommés d’entonner un refrain éculé : les Etats-Unis, nos sauveurs d’hier, « nous ne pouvons les décevoir » demain. (« Le Monde », 17/03/09) Peu importe que les Etats-Unis, en l’occurrence, ne nous aient rien demandé. Et l’argument selon lequel on ne peut refuser à Barack Obama ce qu’on eût mégoté à George W. Bush est d’autant plus curieux qu’Obama est davantage susceptible de comprendre la position française.
Entre une hypothétique déception américaine et celle, inévitable, des peuples du Sud, le tandem Sarkozy-Kouchner a donc fait son choix. Celui de sceller, jusque dans les réunions d’état-major, notre mariage contre-nature avec une Amérique dont le rêve néoconservateur, au même moment, s’effondre avec fracas. Celui de célébrer d’émouvantes retrouvailles avec un Oncle Sam dont l’Amérique latine, de son côté, commence enfin à desserrer l’étreinte mortifère qui l’opprime depuis plus d’un siècle. Celui de s’aligner sur un impérialisme en crise fauteur de chaos au Moyen-Orient, au lieu d’assumer la vocation naturelle de la France, celle de partenaire privilégié d’un monde arabe hostile à la tutelle étrangère.
Au fond, c’est comme si on oubliait l’essentiel : le commandement intégré de l’OTAN est une machine de guerre. On nous présente comme une évidence la nécessité d’en faire partie. Mais pour quoi faire ? Le débat sur les avantages supposés de notre intégration n’est pas seulement fastidieux : il n’a aucun sens. A quoi bon obtenir des postes pour quelques généraux français si c’est pour servir de supplétifs ? Quel intérêt présente le débat technique sur les moyens si l’on n’est pas d’accord sur les fins ? Barack Obama veut sortir son pays du guêpier irakien : fort bien. Mais il veut aussi poursuivre la guerre en Afghanistan, tout en confessant son échec face aux talibans. Cette hésitation stratégique de la première puissance mondiale devrait inciter à la prudence. Rien n’y fait : sous l’effet d’un réflexe pavlovien, on a hâte de rallier la bannière étoilée.
Dans un vibrant plaidoyer pour l’intégration atlantique, Bernard Kouchner avance que la participation française eût été plus efficace, au Kosovo, si nos militaires avaient été associés aux « vrais centres de commandement ». Mais la question est plutôt de savoir si, demain, notre participation à un nouveau Kosovo sera opportune ou pas. Occulter cette question, c’est considérer comme allant de soi l’embrigadement de la France, au nom de l’OTAN, dans des opérations militaires étrangères aux impératifs de la défense nationale. « Nous ne devons pas nous laisser entraîner dans des guerres qui ne sont pas les nôtres », souligne justement Jean-Pierre Chevènement. Et cette erreur, qui risque fort d’être commise au nom de la lutte contre le terrorisme, « nous mettra à la merci de ceux qui tireront partie de ces assimilations abusives pour nous frapper, y compris sur notre sol » (« Libération », 11/02/09).
Une alliance militaire n’a de sens que si les alliés ont une vision commune de la menace qu’il s’agit de conjurer. Est-ce le cas aujourd’hui ? Il est stupéfiant de voir à quel point nos gouvernants ont oublié - ou plutôt veulent qu’on oublie - la signification profonde de la décision prise par le général de Gaulle en 1966. Le sort du monde était suspendu à l’affrontement entre les blocs, l’Amérique engagée au Vietnam, le Tiers Monde en effervescence. En sortant la France de la gangue atlantique, de Gaulle voulait conjurer les affres de la bipolarité et tendre la main aux peuples du Sud. La France reconnut la Chine populaire, dénonça l’intervention américaine en Asie (discours de Phnom Penh), amorça la détente avec l’URSS. Sortir de l’Alliance ? De Gaulle n’y a jamais songé. Mais en refusant de laisser les forces françaises sous commandement américain, il donnait sa crédibilité à une politique étrangère indépendante et à son plaidoyer pour un monde multipolaire.
A entendre les partisans de l’intégration, les choses ont fondamentalement changé depuis les années 60. Maniant le truisme avec brio, ils nous expliquent que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Assurément ! Le pacte atlantique puisait sa légitimité dans la perception d’une menace venant de l’Est. Fruit de la guerre froide, l’OTAN enrôlait l’Occident sous la bannière américaine. Son véritable moteur, c’était la peur : celle du communisme et de son incarnation historique, l’ours russe. C’est pourquoi de Gaulle s’employa doublement à secouer ce carcan : en dialoguant avec Moscou et en quittant le commandement intégré. Aujourd’hui, quelles menaces justifient cette alliance militaire ? A l’affrontement des blocs, nous dit-on, se serait substitué la menace diffuse exercée par le terrorisme d’inspiration jihadiste. Mais en quoi l’appareil militaire de l’OTAN permet-il de le combattre ? Si la solution au problème était militaire, il y a belle lurette qu’on l’aurait trouvée. Le fiasco afghan illustre cette contradiction.
Le retour de la France au bercail atlantiste, qui plus est, a lieu au pire moment. Loin de consacrer une réforme de l’Alliance dictée par la fin de la guerre froide, il conforte une dérive désastreuse. Embourbée en Afghanistan après avoir matraqué la Serbie, l’OTAN apparaît comme le bras séculier d’un Occident vassalisé par une hyperpuissance en crise. « Les circonstances ont bel et bien changé, observe Nicolas Dupont-Aignan. Mais cela souligne l’audace visionnaire du général de Gaulle : l’émergence d’un monde multipolaire. Il serait donc complètement contre-productif pour la France, qui a vu juste avant tout le monde, de se renier, notamment face aux pays émergents trop souvent qualifiés d’adversaires par la doctrine américaine du choc des civilisations » (« Le Monde », 20/02/09).
L’on ne cesse de s’interroger, au demeurant, sur le périmètre et les missions de l’Alliance. « On peut résumer la problématique, explique l’historien Frédéric Bozo, en se demandant si les alliés voudront continuer dans la voie qu’ils suivent depuis quelques années et qui est celle d’une double globalisation, géographique (élargissement à des pays comme l’Ukraine et la Géorgie, mise en place de partenariats avec des pays non européens comme le Japon) et fonctionnelle (élargissement des missions de l’OTAN au delà de la stricte défense collective) ». (« Le Monde », 11/03/09) En d’autres termes : faut-il, oui ou non, que cette alliance militaire continue à intervenir tous azimuts, dans le sillage d’une Amérique convaincue de sa mission planétaire ? Et faut-il qu’elle s’implique davantage dans une lutte contre le terrorisme dont la définition est délibérément extensive ?
Paradoxe qui n’est qu’apparent, ce débat ressemble à s’y méprendre à celui de 1966. « Que l’Alliance atlantique se perpétue dans l’hypothèse, de moins en moins vraisemblable, d’une agression soviétique, soit. Mais qu’elle entraîne la France dans toutes les aventures où pourront s’engager les USA, c’est ce que refuse le général de Gaulle. Car, grisés par leur puissance militaire et suivant leur chemin habituel, les Etats-Unis entendent faire régner partout leurs conceptions », lit-on dans « Combat » le 12 mars 1966. Mais le choc des civilisations, lui non plus, n’est pas une idée nouvelle. Dans « Le Figaro » du 11 mars, André François-Poncet dresse l’inventaire hallucinant des menaces qui pèsent sur l’Occident : « Mao-Tsé-Toung est un autre Hitler. A sa place peut surgir un Gengis Khan, un Tamerlan, un Mahomet qui, muni d’armes atomiques, entraînera les populations affamées d’Asie et d’Afrique à l’assaut des peuples nantis et prospères, à l’assaut des Blancs et de leur civilisation. »
Le plus cocasse, c’est que cet enrôlement de l’Alliance au service d’une croisade mondiale a aussi pour effet de ressusciter la guerre froide. De la « révolution orange » à la crise géorgienne en passant par le bouclier anti-missiles, Washington a réussi cet exploit : relancer la course aux armements avec Moscou. La Russie, qui réarme à grande échelle, n’a pas manqué de le faire savoir à la veille du sommet de l’OTAN. Et c’est le moment choisi par Paris pour annoncer la réintégration des forces françaises ! Crédité d’une certaine sympathie pour Vladimir Poutine, le président français pourra-t-il infléchir les positions de l’Alliance ? Il faut être naïf pour le croire. Comme le rappelle Hubert Védrine, « on ne peut pas citer de cas au cours des dernières décennies où un pays autre que les Etats-Unis ait eu une influence importante dans l’Alliance parce qu’il était intégré » (« Le Monde », 17/03/09). A supposer bien sûr que l’exécutif français en ait la volonté, au risque de « décevoir » nos amis américains.
La désillusion sera également au rendez-vous s’agissant d’une « réforme de l’Alliance » dont on parle depuis quarante ans sans en avoir vu la couleur. Formule lancée par Kennedy, « l’Alliance à deux piliers » est restée lettre morte. Elle suppose que les Européens (le second pilier) soient en mesure de définir une position commune sur des sujets qui sont de véritables pommes de discorde. Le tropisme atlantique de la Grande-Bretagne rendait déjà l’exercice quasiment impossible. L’élargissement de l’UE aux pays de l’Est en a fait une véritable gageure. Pour rendre l’Alliance plus européenne, encore faut-il esquisser une « Europe de la défense ». Mais la plupart des Etats-membres, ayant renoncé à tout effort militaire, préfèrent la protection du parapluie américain. Et ce n’est pas en rendant l’Europe plus atlantique qu’on rendra l’OTAN plus européenne. L’exécutif français veut nous bercer de cette illusion, mais personne n’est dupe, et surtout pas les Américains.
Reste à se demander, du coup, quelles sont les raisons profondes du réalignement français. Un argument souvent invoqué fait valoir que le président actuel parachève une évolution amorcée sous ses prédécesseurs. Ce n’est pas totalement inexact. La SFIO était viscéralement atlantiste et François Mitterrand dénonça la décision du général de Gaulle en 1966. Elu président, il emprunte des accents gaulliens lors du discours de Cancun (1983), mais se rallie à la coalition onusienne à direction américaine lors de la guerre du Golfe (1991). Simultanément, « en 1990-1991, il a testé auprès des Américains l’idée d’une réforme de l’Alliance préalable à tout changement de la position française, soit le contraire de ce qui est fait aujourd’hui » (Hubert Védrine).
« Pour François Mitterrand, résume l’universitaire Louis Gautier, le retour complet de la France dans l’OTAN se résumait à une formule : « Nous bougerons quand l’OTAN changera ». Après 1995, Jacques Chirac tente une autre approche : « Nous allons bouger pour faire changer l’OTAN ». Il conditionne alors la réintégration de la France au rééquilibrage de l’Alliance en faveur des Européens. Les Français réclament le commandement Sud. C’est un échec. Enfin, pour Nicolas Sarkozy : « Nous bougeons puisque l’OTAN ne change pas ». Il n’est plus question de revendication ni de contrepartie » (« Le Monde », 20/02/09). Morale de l’histoire : Nicolas Sarkozy ne s’inscrit pas seulement dans une continuité, mais il infléchit sensiblement la position française. La réintégration de la France est bien un préalable et la transformation de l’Alliance un vœu pieux.
Quoi qu’il en soit, la question essentielle demeure en suspens : à quoi sert l’OTAN ? Le débat sur le partage des responsabilités n’a d’intérêt que si la France a l’intention de faire valoir sa vision du monde. Mais celle de M. Sarkozy est-elle différente de celle de l’administration américaine ? Pour le président français, l’Europe et les USA communient dans les mêmes valeurs, appartiennent à ce monde féérique où règnent la liberté et la démocratie, et combattent avec la même ardeur vengeresse l’hydre islamo-terroriste. Certes, pour faire avaler la pilule de l’intégration militaire, nos dirigeants préconisent une France « alliée mais pas vassale » et « fidèle mais pas soumise » [sic]. Sans faire de psychanalyse, on constatera simplement que s’ils le disent, c’est qu’ils y pensent. Cette dénégation est trop insistante pour ne pas s’apparenter à un aveu. Et puis on les croirait volontiers, si l’on n’avait déjà éprouvé la signification particulière qu’ils donnent à l’indépendance nationale.
Une France ni « vassale » ni « soumise » ? Mais une France, en tout cas, qui s’empresse de rejoindre le commandement intégré de l’OTAN après avoir expédié davantage de soldats en Afghanistan, qui a pratiqué une absurde surenchère belliciste à l’égard de l’Iran, généreusement absous Israël de toute responsabilité dans la tragédie de Gaza, contribué à la diabolisation du Hamas et du Hezbollah, jeté de l’huile sur le feu dans le conflit du Darfour, fait quasiment amende honorable pour sa rébellion à propos de l’Irak et, bien sûr, relayé la paranoïa américaine face à « l’Axe du Mal ». Mais il est vrai que ni M. Sarkozy ni M. Kouchner n’ont besoin de se forcer pour assumer ce rôle historique.
« French Doctor qui aime l’Amérique » (« Paris-Match »), Bernard Kouchner n’a jamais fait mystère d’un atlantisme béat. Depuis trente ans, il parcourt la planète en brandissant le « devoir d’ingérence » de l’Occident civilisé, y compris lorsque Washington y voit le droit du plus fort à l’écrasement des plus faibles. Du Biafra au Darfour en passant par le Kosovo et la Somalie, il s’est toujours placé du côté du manche, quitte à vanter les mérites de la démocratie importée et la vertu roborative des B 52. Son étonnante popularité, il l’a bâtie sur une posture répétitive, celle de l’indignation emphatique, laquelle coïncide toujours, comme par enchantement, avec les options de l’oncle Sam. Ajoutée à sa prédilection pour les solutions militaires, son obstination à repérer partout des bons et des méchants est conforme au manichéisme américain, à tel point que sa rhétorique ampoulée paraît la fidèle traduction du moralisme hypocrite d’outre-Atlantique.
Moins porté sur la doctrine, Nicolas Sarkozy est également un inconditionnel avéré de l’hyperpuissance. Lui aussi, il aime l’Amérique et il s’en vante. Son amour pour les Etats-Unis traduit avant tout sa fascination pour un modèle américain, plus fantasmé que réel, dont la vertu est de faire ressortir l’archaïsme français dont il prétend nous débarrasser ( c’est « la rupture »). Si les Européens (et surtout les Français) vous dénigrent, aime-t-il déclarer aux Américains, c’est parce qu’ils sont jaloux de votre réussite et de votre puissance. Et il ne viendrait pas à l’esprit de Nicolas Sarkozy de douter de la réalité de ces succès, ni a fortiori de s’interroger sur la pertinence du « rêve américain » : « J’aime l’énergie et la fluidité de l’Amérique. Ce sentiment que tout est possible. Cette impression -peut-être artificielle- que des sagas sont possibles, qu’on peut partir du bas de l’échelle et monter très haut, ou bien le contraire ». (« Le Monde », 10/09/06). On pourrait rétorquer que les Etats-Unis eux-mêmes pourraient aussi tomber de très haut, et nous avec.
Cette allégeance proclamée induit une attitude inimaginable chez ses prédécesseurs. On en citera deux exemples. M. Sarkozy a fini par reconnaître que la France avait eu raison, en 2003, de refuser la légitimité onusienne à l’expédition américaine contre Saddam Hussein. Mais en septembre 2006, bien avant son élection, il fait le procès rétrospectif de l’opposition chiraquienne aux visées moyen-orientales de George W. Bush. « J’ai toujours préféré l’efficacité dans la modestie plutôt qu’une grandiloquence stérile, déclare-t-il devant la French American Foundation. Et je ne veux pas d’une France arrogante et pas assez présente ». La messe est dite. Il percevra, le moment venu, les dividendes de cette contrition en célébrant, une fois élu, des retrouvailles atlantiques dont l’ostentation devra beaucoup à la générosité de ses amis milliardaires.
Tout aussi significatif, le deuxième épisode concerne la crise du nucléaire iranien. Résumant la situation en août 2007, le président français se contente d’une traduction littérale de l’antienne des néoconservateurs américains : « Iran Bomb or Bomb Iran ». Incroyable surenchère belliciste, alors que la France fait partie du trio diplomatique censé explorer les voies d’une solution pacifique à la crise. Toujours prompt à en rajouter, son ministre des affaires étrangères s’exclame deux semaines plus tard, face à des journalistes lui demandant s’il est vrai que nos états-majors préparent des plans d’attaque : « Mais Monsieur, c’est la guerre ! ». On atteint le summum du ridicule lorsque paraît en novembre le rapport du renseignement américain montrant que la menace nucléaire iranienne est largement surestimée. Que les ardeurs guerrières de l’exécutif français soient battues en brèche par le gotha des services secrets d’outre-Atlantique, voilà qui ne manque pas de sel.
Ni « vassale » ni « soumise » ? D’un zèle admiratif jusqu’à la surenchère, en tout cas, et décidée à jouer le rôle du premier de la classe dans la cour atlantiste. Nul doute que ce réalignement français soit une catastrophe sur le plan symbolique : il signe le reniement d’un héritage qui conférait à la France une aura singulière. Mais ce renoncement aux attributs de la souveraineté militaire pourrait aussi nous entraîner dans une course à l‘abîme. Engluée dans le bourbier afghan, l’Amérique aura peut-être la tentation de la fuite en avant. Que feront les troupes françaises sous commandement américain ? Rééditant le fiasco irakien, les Etats-Unis ne peuvent ni déserter ce théâtre d’opérations ni l’occuper indéfiniment. Décidés à jouer les supplétifs de l’US Army dans cette nouvelle guerre coloniale, les Français vont-ils continuer de se jeter dans la gueule du loup ? On connaît la réponse de nos dirigeants : c’est oui.
Puisque l’Amérique est un modèle indépassable, les démocraties occidentales en danger et l’ennemi islamo-fasciste à nos portes, le reniement du gaullisme n’est ni une erreur d’appréciation ni une faute politique. C’est un choix cohérent. Si nous partageons tout avec les Etats-Unis, pourquoi ne pas partager aussi leurs aventures militaires ? L’indépendance affirmée il y a quarante ans par un général sourcilleux n’a plus cours. Cette « illusion d’une grandeur passée » dénoncée par Bernard Kouchner ? Bonne à jeter dans les poubelles de l’histoire ! Et peu importe que l’Amérique soit dirigée par Bush ou Obama, puisque son leadership mondial est aussi naturel que la gravitation universelle. Rallions-nous, puisque nous n’avons pas le choix et que c’est bon pour la France dès lors que c’est bon pour l’Amérique. La France dans l’OTAN ? C’est la servitude volontaire. Maxime DUBLANC (Source umma.com)
12:00 Publié dans Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : otan, retour de la france, commandement intégré, sarkozy, kouchner
02.04.2009
LE RETOUR DE DOMINIQUE DE VILLEPIN
C'était l'aboutissement logique d'une démarche entamée il y a quelques semaines par une présence inhabituelle dans les médias. Dominique de Villepin a réuni ses partisans mercredi après-midi à l'Assemblée nationale, sur un thème taillé sur mesure: le retour de la France dans l'Otan. L'objectif? Si l'ancien Premier ministre se défend de toute «arrière-pensée partisane», d'autres y réfléchissent pour lui: «prendre le temps de préparer 2012», répond en privé le collaborateur d'un de ses proches. «Si ça doit se faire, ça se fera en dehors de l'UMP», pronostique-t-il. En public, ses soutiens sont plus policés: «il n'y a pas de réseau, de club, et pourtant la salle est pleine.
C'est une donnée politique», se félicite François Goulard, député du Morbihan. Dans la salle, où étaient réunies plus de 300 personnes, on comptait notamment les anciens ministres Henri Cuq, Brigitte Girardin et Nelly Olin, l'ancien président du Conseil constitutionnel Yves Guéna, et le député Nicolas Dupont-Aignan, qui a quitté l'UMP. Les partisans de Villepin se sont attachés à souligner leur différence par rapport à l'UMP, notamment en donnant la parole à Hervé Mariton, député de la Drôme, partisan lui du retour de la France dans l'Otan. Il s'est réjoui du «bel exemple que nous donnons à la majorité».
Dominique de Villepin a commencé son intervention en évoquant son «émotion» de se retrouver parmi ses partisans. Il a dit s'exprimer sur le sujet par «conviction d'une nécessité: l'idée qu'on se fait de son pays fait qu'il y a une volonté à exprimer une vision à définir, un peuple à rassembler». Une critique voilée de la présidence de Nicolas Sarkozy, dont il s'attache à ne jamais prononcer le nom. Sans surprise, il n'approuve pas la décision «inopportune et dangereuse» de réintégrer le commandement militaire intégré de l'Otan. D'abord parce qu'elle est prise «à contre-temps: il y a le risque d'un retour à une logique de bloc». Ensuite parce que c'est à ses yeux «un contre-sens»: la priorité serait d'avancer sur la défense européenne. Enfin parce qu'il s'agit d'une décision «contre-nature» au regard de «l'identité française». Pour Dominique de Villepin, cette décision repose sur «un certain nombre de paris, qui seront gagnés ou pas». Il a prévenu: «nos actes nous suivent. C'est un acte qui suivra le président de la République».
17:09 Publié dans Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, ump, majorité présidentielle, otan, crise économique
18.03.2009
DEFENSE: CONTRE LE RETOUR DE LA FRANCE DANS L'OTAN par Philippe DELBAUVRE
L’Otan est cette structure militaire regroupant les pays occidentaux en vue de contrecarrer l’impérialisme communiste dont le pacte de Varsovie, disparu depuis vingt ans, est le vecteur. Elle n’a donc en tant qu’alliance dont l’objectif initial est défensif plus aucune raison d’être à l’époque actuelle marquée par un monde militaire unipolaire.
En conséquence, on aurait pu logiquement s’attendre à sa dissolution ou, à tout le moins, à voir progressivement les différents pays la constituant la quitter. Paradoxalement, ce sont de nouveaux membres qui sont venus se joindre aux anciens dans un but qui ne peut être qu’offensif. Selon toute vraisemblance il s’agit d’instaurer un bonheur démocratique universel qui n’est pas sans rappeler un avenir radieux digne de celui qui fut promis à Travaillov après sa libération de l’exploitache (1) de Capitalistov. Démocratie qui, si on se souvient de la facilité avec laquelle le referendum sur l’Europe fut prestement atomisé, ne mérite plus son étymologie. Bukowski déclarait qu’entre la démocratie et la dictature, c’est que dans la démocratie on vote d’abord avant d’obéir alors que dans la dictature on ne perd pas son temps à voter. On peut tout aussi bien noter que dans les pays communistes on disposait d’argent lorsqu’on se rendait dans des magasins vides alors qu’en France et pour de plus en plus de Français, la pléthore de marchandises est inutile sachant le portefeuille vide. Objectivement et en tenant compte de la montée en puissance de l’univers rouge, le choix d’évacuer les forces militaires américaines de France et de prendre ses distances avec l’Otan par le général De Gaulle était sujet à contestation. L’avenir que nous connaissons aujourd’hui a fini par lui donner raison. Or, c’est paradoxalement dans un contexte où de nombreux fléaux d’importation américaine touchent la France et les Français (melting pot, délinquance, obésité, économisme, déliquescence de l’Etat, …) que le chef de l’exécutif juge positif d’engager notre pays dans une structure qui n’a plus désormais de raison d’être. Un président qui à mes yeux n’est ni Français, ni Européen. Peu m’importe ses origines hongroises qui au demeurant pouvaient me le rendre, pour des raisons personnelles, sympathique. C’est ici que la notion couramment admise de « Français de papier » qui met l’accent sur une altérité dont l’origine est chromatique se doit d’être nuancée. Le Français de papier n’est pas celui qui dispose de la citoyenneté sans être blanc (Boudarel l’était)(2), mais bien celui qui la possédant trahit les fondements de la civilisation européenne. Là encore, une précision s’avère nécessaire : Nicolas Sarkozy n’a pas trahi. Il ne fait qu’appliquer une politique étrangère qu’il avait depuis si longtemps vantée. Il a parié sur une victoire américaine à long terme et veut se situer dans le camp des vainqueurs. En ce sens, sa démarche est cohérente et je ne le considère pas autrement que je ne le fais pour ses compatriotes de l’etablishment américain. De même, je ne vois pas pourquoi je me scandaliserais de la position prise tant par Guillaume Faye ou par Jean François Touzé qui font office de voltigeurs de pointe de l’actuel locataire de l’Elysée. En effet, si on considère qu’il y a péril en la demeure et que le danger mortel arabo-musulman est pour notre civilisation l’ennemi prioritaire, alors il faut soutenir Israël et contribuer au renforcement de l’Otan. D’où la cohérence de ces trois acteurs politiques que je n’assimile pas à des abrutis comme je le fais pour d’autres, mais bien à des personnes sensées qui sont mes adversaires mortels.
Ce retour en fanfare contesté pour la forme ici ou là n’est en fait aucunement surprenant. Il ne s’agit que de la continuité d’une opération de formatage, cette fois ci militaire et diplomatique, qui s’apparente au mimétisme. Ainsi, la volonté de donner toujours davantage de marges de manœuvre au monde économique impliquait en elle même l’amputation de la fonction publique qui pourtant connaît dans certains de ses secteurs des carences d’effectifs flagrants. Aussi, le présidentialisme, c’est à dire le fait de voir transformé le chef de l’exécutif en un super premier ministre, mettait fin elle aussi à une structure constitutionnelle de type monarchique dont l’ascendance européenne était flagrante. Enfin, et pour prendre un dernier exemple, la disparition d’un modèle social établi à la libération mais pensé durant l’exercice du pouvoir de l’Etat français obéit à la même logique d’américanisation par l’intermédiaire de l’individualisation.
Je dois avouer ne plus espérer beaucoup d’une classe politique qui tient en main un système sans plus manifester la moindre gêne comme en témoigne les nominations à des postes enviés d’individus censés être des opposants. Avec cette réintégration dans l’Otan ce sont et le ministère des affaires étrangères, et le ministère de la défense appelé autrefois ministère de la guerre qui échappent à la France d’hier et donc de demain. Il ne s’agit pas cette fois ci de continuité ou plus exactement d’extrapolation mais plutôt, comme dans les autres secteurs, de rupture. La France s’éclipse. Philippe Delbauvre (Source : voxnr .com)
Notes
1-Les moins jeunes auront reconnu l’accent inimitable de Georges Marchais.
2-Boudarel, Français tortionnaire de Français.
17:04 Publié dans Libres propos | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : défense, otan
07.03.2009
7 MARS 1966: "LA FRANCE SE PROPOSE DE RECOUVRER L'ENTIER EXERCICE DE SA SOUVERAINETE"
Alors que le débat sur le retour de la France dans l'Otan se poursuit, voici la lettre que le général De Gaulle envoyait, il y a 43 ans aujourd'hui, au président américain Lyndon B. Johnson.
Il annonçait le retrait de la France de l'organisation militaire intégrée. En voici le texte. (Source: Blog Secret Défense)
"Cher monsieur le président,
Notre Alliance atlantique achèvera dans trois ans son premier terme. Je tiens à vous dire que la France mesure à quel point la solidarité de défense ainsi établie entre quinze peuples libres de l'Occident contribue à assurer leur sécurité et, notamment, quel rôle essentiel jouent à cet égard les États-Unis d'Amérique. Aussi, la France envisage-t-elle, dès à présent, de rester, le moment venu, partie au Traité signé à Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu'à moins d'événements qui, au cours des trois prochaines années, viendraient à changer les données fondamentales des rapports entre l'Est et l'Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, résolue, tout comme aujourd'hui, à combattre aux côtés de ses alliés au cas où l'un d'entre eux serait l'objet d'une agression qui n'aurait pas été provoquée.
Cependant, la France considère que les changements accomplis ou en voie de l'être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l'évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d'ordre militaire prises après la conclusion de l'alliance soit en commun sous la forme de conventions multilatérales, soit par accords particuliers entre le gouvernement français et le gouvernement américain.
C'est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN.
Il va de soi que, pour l'application de ces décisions, elle est prête à régler avec les gouvernements alliés et, en particulier, avec celui des États-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D'autre part, elle est disposée à s'entendre avec eux quant aux facilités militaires à s'accorder mutuellement dans le cas d'un conflit où elle s'engagerait à leurs côtés, et quant aux conditions de la coopération de ses forces et des leurs dans l'hypothèse d'une action commune, notamment en Allemagne.
Sur tous ces points, cher monsieur le président, mon gouvernement va donc prendre contact avec le vôtre. Mais, afin de répondre à l'esprit d'amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays et, permettez-moi de l'ajouter, entre vous et moi, j'ai tenu, tout d'abord, à vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond.
Je vous prie de bien vouloir agréer, cher monsieur le président, les assurances de ma très haute considération et l'expression de mes très cordiaux sentiments.
Charles de GAULLE."
18:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, otan, souveraineté nationale, 7 mars 1966
17.02.2009
RETOUR DE LA FRANCE DANS L'OTAN: "CONTRAIRE A L'INTERÊT SUPERIEUR DU PAYS" selon Nicolas Dupont-Aignan
Le député Nicolas Dupont-Aignan (ex-UMP) s'est prononcé ce lundi pour un référendum d'initiative populaire «pour décider ou non le retour de la France dans l’Otan».
«Prise sans avoir été annoncée durant la campagne présidentielle ni fait l’objet d’aucune consultation des forces politiques ou du Parlement, la décision du retour de la France dans l’Otan est gravissime pour notre pays», affirme dans un communiqué le président du parti Debout la République (DLR). Il a adressé une lettre aux parlementaires de la majorité, "les priant de laisser parler leur conscience et de s’opposer à cette politique si manifestement contraire à l’intérêt supérieur du pays". "Si le palais de l’Elysée devait rester sourd et aveugle aux légitimes revendications des représentants de la Nation, la voie de l’appel au peuple par le biais du référendum d’initiative populaire constituerait alors un recours naturel et nécessaire", a-t-il ajouté.
17:02 Publié dans Politique nationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : défense nationale, otan, dupont-aignan
03.02.2009
L'OTAN S'INQUIETE DE LA FERMETURE DE LA BASE AMERICAINE DE BICHKEK
Privée de son accès à l'Afghanistan par le Pakistan, l'OTAN s'inquiète de l'éventuelle fermeture d'une base américaine louée au Kirghizstan, la plus petite et la plus pauvre des Républiques d'Asie centrale ex-soviétiques.
Ouverte après les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis, la base de Manas est située non loin du principal aéroport kirghiz, proche de la capitale, Bichkek. Elle est cruciale pour l'acheminement d'hommes et de matériel de l'Alliance vers l'Afghanistan, surtout au moment où les Etats-Unis prévoient d'envoyer 30 000 soldats en renfort et que l'accès via le Pakistan n'est plus sûr. 'Evidemment, si nous n'étions plus en mesure d'utiliser l'aéroport, nous aurions des difficultés pour approvisionner nos forces en Afghanistan, donc nous le regretterions', a expliqué Robert Simmons, l'émissaire de l'OTAN pour le Caucase et l'Asie centrale, lundi 2 février. La Russie cherche depuis longtemps à obtenir le départ des Américains. En décembre 2008, la presse russe avait révélé que Moscou était prêt à accorder un crédit de 2 milliards de dollars (1,55 milliard d'euros) au Kirghizstan en échange de la fermeture de la base. Premier partenaire commercial du Kirghizstan, la Russie, qui dispose elle aussi d'une base militaire sur place, vient d'acheter, via le géant russe Gazprom, la compagnie kirghize de gaz.
16:20 Publié dans Afghanistan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, pakistan, russie, otan, bichkek
09.12.2008
PAKISTAN: ATTAQUES REPETEES CONTRE DES CAMIONS DE L'OTAN
Des insurgés ont incendié dans le nord-ouest du Pakistan une centaine de véhicules de l'Otan, dont 50 camions servant à approvisionner les troupes étrangères en Afghanistan, a annoncé lundi la police pakistanaise, au lendemain d'une attaque similaire.
L'attaque contre un terminal de conteneurs situé à côté de la ville de Peshawar. Quelque 100 véhicules ont été incendiés, dont des jeeps et une vingtaine de camions, a précisé la police, ajoutant que les pompiers avaient pu sauver une quarantaine de véhicules. Selon un garde, quelque 200 hommes armés ont attaqué le terminal tôt lundi matin, arrosant les véhicules d'essence avant d'y mettre le feu. Ces attaques relèvent d'une stratégie visant à couper les lignes de ravitaillement des forces occidentales en Afghanistan. 75% des flux logistiques passent par le Pakistan, où les troupes occidentales ne peuvent pas intervenir pour protéger les convois, confiés à des sous-traitants privés. Par ailleurs, le NEW-YORK TIMES annonce que les Etats-Unis s'apprêtent à envoyer 20.000 hommes supplémentaires en Afghanistan, principalement dans la région de Kaboul. Une décision qui montre que la capitale semble effectivement menacée par la progression de la résistance afghane. Les troupes d’occupation occidentales ne semblent pas tirées d’affaire. Elles ne gagneront jamais cette guerre et doivent quitter l’Afghanistan. Le plus tôt sera le mieux !
22:08 Publié dans Afghanistan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afghanistan, pakistan, otan














