30.03.2009
ENTRETIEN AVEC ALEXANDRE DOUGUINE
Alexandre Douguine, je doute que mes lecteurs ne vous connaissent pas et renvoie sinon à vos écrits et à la biographie complète de Métapedia à votre sujet. Néanmoins pouvez vous présenter et synthétiser votre combat politique et géopolitique jusqu'à ce jour ?
Je suis né le 7 janvier 1962 à Moscou, dans une famille de militaires. Mon père était officier et ma mère médecin. Au début des années 80, en étant dissident et ayant l'aversion pour le système communiste en peine décadence, j'ai fait connaissance des petits groupes traditionalistes et des cercles politico-littéraires de Moscou, auxquels participaient le romancier Youri Mamleev, qui émigrera par la suite aux Etats-Unis, le poète Evgueni Golovine et l’islamiste Gueydar Djemal, fondateur en 1991 du Parti de la renaissance islamique. C’est aussi à cette époque que j'ai découvert les écrits d’Evola, de Guénon, de Coomaraswamy et de bien d’autres auteurs (en 1981, j'ai traduit en russe le livre de Julius Evola « Impérialisme païen », qui sera diffusé clandestinement en samizdat). Après la désintégration du système soviétique, au début des années 1990, j'ai crée l’association Arctogaia et le Centre d’études méta stratégiques, après les revues Milyi Angel et Elementy, qui paraîtront jusqu’en 1998-99. Mes idées ont été influencées a partir des années 80 par la Nouvelle Droite européenne et au premier lieu par Alain de Benoist que je tiens en plus grand estime jusqu'à présent. Je le considère un des meilleurs intellectuels français actuels – peut être même le meilleur. Dernièrement je m’intéresse beaucoup à la philosophie de Martin Heidegger, à la sociologie de M.Mauss, L.Dumont, P.Sorokin et surtout à Gilbert Durand (récemment découvert par Alain de Benoist), mais également à l’anthropologie de G.Dumézil et de Claude Levy-Strauss. J’ai écrit plusieurs textes sur l’économie – entre autres sur les idées de Friedrich List, sur Schumpeter et F.Brodel. A l’Université de l’Etat de Moscou, j’ai donné des cours de la postphilosophie étudiant la philosophie de la postmodernité etc. Maintenant je suis professeur à la faculté sociologique et dispense les cours de Sociologie structurelle (sur la base des idées durandiennes sur l'imaginaire) Si j'étais obligé de définir mes positions philosophiques je les décrirais comme appartenant au "traditionalisme".Au premier lieu, je suis le disciple de René Guenon et de Julius Evola. Dans le grand public en Russie et dans quelques autres pays (Turquie, Serbie, le monde arabe etc.) mes écrits géopolitiques sont très connus. Mon idée est simple: il faut combattre l'impérialisme américain, le monde unipolaire et l'universalisme des valeurs libérales, marchandes et technocrates. Comme Alternative cela devrait être l'organisation du monde multipolaire comme ensemble de grands espaces – chacun avec ses systèmes de valeurs propres – sans aucun préjugé ! Pour réaliser ce projet il faut créer le projet eurasien – commun pour l'Europe et la Russie mais avec les alliances stratégiques avec d'autres forces et cultures qui rejettent le mondialisme américain et la dictature libérale planétaire. L'Eurasisme que je défends c'est le pluralisme absolu des valeurs. Les bruits ont couru que vous seriez en quelque sorte un "conseiller" (plus ou moins proche) de Vladimir Vladimirovitch Poutine. Pouvez-vous le confirmer ? Et est ce que cela a changé depuis la présidence Medvedev ? Je travaille avec les gens qui sont assez proches de Poutine et de Medvedev. Je crois que pour l'instant Medvedev suit la même direction que Poutine. La Russie semble sortir d'une longue hibernation et se préparer à être un acteur de premier plan. Pensez-vous que ce pays est les moyens de surmonter les défis en cours ? (démographie, santé, provocations militaires occidentales, immigration très forte.. etc. etc.). Comment jugez-vous la situation en Russie en 2009, avec la crise financière mondiale ? L'histoire est ouverte. Personne ne connaît l'avenir. Je crois que la Russie va entrer dans la période cruciale de son histoire. La crise va avoir un grand impact sur l'économie russe qui reste, hélas, libérale. Mais cela va peut être guérir les illusions du pouvoir quant a l'efficacité des préceptes libéraux. L'unilatéralisme totalitaire décrété en 1991 par l'Amérique semble être arrivé à son terme. On assiste à une sorte de renaissance de grands espaces auto-centrés en Asie (Chine, Inde), dans le monde musulman (Turquie, Union panafricaine ..), en Eurasie (Russie ..), en Amérique du sud (Brésil, Vénézuela ..). Pensez-vous que l'on doive s'en réjouir et pourquoi ? Je voudrais que cela soit ainsi, mais il est trop tôt pour fêter la victoire. Un jour les États Unis tomberont mais pas maintenant. Je crois qu'ils vont faire LA guerre – Une Troisième Guerre mondiale pure et dure – qui causera d'immenses peines a l'humanité. Les États Unis ne peuvent plus gouverner le monde c'est sur, mais ils ne peuvent pas non plus se résigner – Cela serait pour eux une catastrophe. Leur seule solution – essayer de transposer leurs problèmes sur les autres. Ca veut dire la guerre. Sans la fin prévisible. L'Europe semble totalement absente de cette renaissance géopolitique, tellement elle est inféodée au parapluie américain, quelle est votre opinion sur l'Union européenne et sur la place que devrait avoir l'Europe dans le monde, et avec la Russie ? Je crois qu’il y a deux Europe. L'Europe continentale (Franco-Allemande) et l'Europe atlantiste (Nouvelle Europe inclue). Ces deux Europes sont géopolitiquemet opposées en tout. Cela explique le blocage. Avec Sarkozy et Merkel la position des forces continentales est devenue plus faible. Je n'ai aucune recette pour l'Europe. C'est l'affaire des européens – quoi choisir. Pour beaucoup de Français la Russie est un modèle pour sa capacité à proposer un contre modèle civilisationnel, autre que le modèle libéral anglo-saxon et capitaliste. Cela dépasse le clivage droite-gauche, et réunit autant des communistes que des gaullistes historiques ou encore des nationalistes. Des voix s'élèvent même pour que la France intègre l'organisation de la coopération de Shanghai et quitte l'OTAN. Pourtant au même moment, l'administration Sarkozy semble jouer sur deux tableaux : l'adoucissement avec la Russie (cf. avec la guerre en Géorgie) tout en réintégrant le commandement armé de l'OTAN ! Jugez-vous cette double orientation crédible, et quel en est d'après vous le sens profond ? Je la juge non crédible et contradictoire. Quant a la Russie il est un peu naïf de croire que notre économie fonctionne bien. Il manque chez nous le secteur réel et le développement des technologies nouvelles. La Russie a besoin de l'Europe comme l'Europe a besoin de la Russie pour avoir des économies mutuelles garanties par les ressources nécessaires et l'accès aux technologies nouvelles. Pour les Européens, les grandes inquiétudes du futur sont le plausible leadership économique chinois et l'explosion démographique des populations musulmanes, notamment à l'intérieur de l'Europe. Comment estimez-vous compatible / incompatible ces deux éléments ? Il apparaît que le sujet de l'Islam ou celui des "relations" avec la Chine par exemple n'est pas abordé de la même façon en Europe et en Russie. On a les mêmes soucis géopolitiques. Mais on doit commencer par hiérarchiser les dangers. Premièrement il faut se débarrasser des américains et de la dictature de la pensée unique, et seulement après s'occuper des chinois et des musulmans. Il faut proposer aux musulmans le modèle de l'intégration dans la culture européenne mais pour cela il faut garder – parfois sauver – cette culture-la. Les Chinois sont très sympathiques quand ils vivent en Chine. Mais pour régler cette affaire de contrôle des vagues migratoires il est de nouveau – nécessaire de se débarrasser des mondialistes, libéraux et des atlantistes. Ce cercle vicieux ne peut être brisé qu'en commençant par la lutte anti-américaine. Les musulmans et les Chinois sont des défis secondaires. C'est pareil que cela soit pour l'Europe et pour la Russie. L'Amérique de Obama "semble" vouloir faire la paix avec le monde entier, j'ai lu son programme, celui-ci est pourtant largement plus offensif que celui de McCain notamment en Afghanistan/Pakistan pour poursuivre la lutte contre les "Talibans". Comment jugez-vous cette élection et quels changements peut-on attendre d'après vous dans les relations avec la Russie ? Vous avez raison. Obama dépend du consortium politique et géopolitique américain. Donc il n'est pas libre de faire quoi que ce soit. Il va faire la guerre exactement comme le ferait McCain. C'est la logique des lois géopolitiques et non les opinions personnelles qui comptent dans les affaires réelles globales. Le Pentagone semblait vouloir aspirer l'Ukraine dans l'OTAN (après l'échec Georgien) et installer sa flotte dans la mer noire. Ajouté aux remous politiques en cours et aux échéances électorales proches en Ukraine, peut-on d'après vous imaginer un "conflit" proche dans ce pays et une scission en deux ou trois entités, a la manière yougoslave ? En Ukraine habitent au moins deux peuples avec des orientations géopolitiques, stratégiques, culturelles et religieuses contraires. Il n’y a pas un peuple ukrainien. C’est l’appellation générale basée sur le critère territorial – les Ukrainiens, ce sont littéralement « les habitants d’Ukraine » (en slave, ça veut dire « Provence »). Ethniquement on les appelle « malorossy » -- « petits russes » littérairement. La langue ukrainienne a été créée artificiellement dans XIX° siècle par les Polonais qui ont stylisé plusieurs dialectes « malorosses » avec les formes artificielles et assez affreuses imitant maladroitement le Polonais. En créant ce monstre linguistique, on a L’Ukraine actuelle est profondément divisée. L’élite politique est orange, orientée envers OTAN, l'Union européenne et se base sur l’appui des habitants de l’Ouest ukrainien. Cette zone n’entre pas dans l’espace eurasien, il faut le reconnaître. Mais cette élite orange veut imposer sa volonté sur les masses de l’Est où la population se considère russe, rejette l'Union européenne et l'OTAN et veut exister dans le grand espace commun avec les Russes de la Russie. Cette masse forme le second peuple (ou le premier) de l’Ukraine. Ce peuple est chrétien orthodoxe, malorosse (petit-russe) ou velikorosse (grand-russe), il consiste pour la plupart en des descendants des cosaques, et s’identifie à l’Empire eurasien. Ce peuple vote régulièrement pour le « Parti des régions » et en faveur de Yanoukovitch. La carte électorale de l’Ukraine montre comment ce pays est divisé en deux parts. Dans le cas de l’Ukraine les Eurasistes russes et ukrainiens agissent en logique avec leur vision du monde. Nous sommes contre l’Etat-Nation ukrainien parce qu’il est pro-américain, atlantiste et anti-eurasien. Mais aussi parce que le régime du néo-nazisme orange c’est une des parts du "système à tuer les peuples".C’est le peuple de l’Ukraine de l’est et de Crimée qui est maintenant en danger d’être oppressé, épuré et anéanti. L'agitation est également grande autour de l'Arctique, cette zone énergétique essentielle. Récemment, les pays de l'OTAN ont organisé des manœuvres militaires à grande échelle en Norvège (7.000 soldats de 12 pays) pour simuler une invasion de l'Arctique et une sécurisation des champs pétroliers. Pensez-vous que l'Arctique puisse devenir la zone de conflit essentielle du XXI° siècle comme le pensent certains spécialistes en géopolitiques ? Je pense que l'Arctique devient la place centrale de la stratégie d 'encerclement de la Russie – pour des raisons stratégiques et pour la raison des ressources naturelles. Pensez-vous plausible, ou souhaitable une alliance de l'hémisphère nord (Amérique- Europe - Russie), comme l'a évoqué Dimitri Rogozine récemment pour parer à une éventuelle anarchie dans l'hémisphère "sud" ? Je considère Rogozine comme atlantiste, opportuniste et néo-nazi antisémite. Il discrédite l'idée nationale russe et travaille toujours pour les Américains. Il participait en Kiev à la révolution orange au côté des oligarques Berezovski et ses valets (tel Belkovsky). Comment voyez-vous la situation mondiale en disons 2020 ? Et la Russie (alors que le Kremlin a développé ce fameux plan 2020) ? Le plan 2020 ne vaut rien. Il n'existe pas. Je crois qu'au Kremlin maintenant prévalent les idées tactiques. Donc, j'attends la guerre et je crois que dans les prochaines années la situation changera trop pour faire quelques prévisions que ce soit. Le 24 mars dernier, c'était l'anniversaire des bombardements de 1999 sur la Serbie, que vous inspire cet évènement ? La haine contre les Américains et la solidarité avec le peuple serbe héroïque qui a eu assez de dignité pour lancer ce "défi" au monstre américain. Pourriez-vous conseiller 5 ouvrages clefs à lire, 5 sites/blogs à consulter ? 5 ouvrages : Alain de Benoist «Contre le libéralisme» Gilbert Durand «Structures anthropologiques de l'imaginaire» Julius Evola « Révolte contre le monde moderne» Rene Guénon «La crise du monde moderne» Alexandre Douguine «Le prophète de l'eurasisme» 5 sites : Géostrategie Grece Voxnr Eurasia en francais Le blog d'Alexandre Latsa. Propos recueillis par Alexandre Latsa. (Source : voxnr .com)
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27.03.2009
JUDAÏSME : LES SELI'HOT DE RABBI LEVI ITS'HAK DE BERDITCHEV
Ce matin là, Rabbi Lévi Its'hak de Berditchev était en retard pour les Seli'hot. Bien sûr, les fidèles l'avaient attendu. Il s'approcha de l'Arche Sainte où sont rangés les rouleaux de la Torah et commença une prière peu habituelle …pour qui ne connaît pas Rabbi Lévi Its'hak.
« Maître du Monde, je suis vieux, fatigué, et je n'arrive pas à me lever si tôt pour lire ces supplications qui sont tellement longues. Mais je fais quand même des efforts. Maître du Monde, Tu es si puissant, Tu ne vieillis pas, Tu ne sommeilles jamais, et tes Seli'hot sont si courtes. La seule chose que Tu as à dire c'est "Sala'hti - Je pardonne".Alors Maître Eternel, pendant que nous disons nos Seli'hot pour implorer Ton Pardon, dis les tiennes et annonce nous "Sala'hti - Je pardonne". »
12:13 Publié dans Judaïsme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : judaïsme, hassidisme, tradition, rabbi its'hak de berditchev
25.11.2008
REVUE: PARUTION DU N°7 DE LA REVUE HYPERBOREE

Le N°7 de la revue HYPERBOREE vien de paraître avec à son sommaire :
- les Temples de Malte
- Pourquoi Hyperborée (éditorial)
- Mise au point sur : René Guénon, le Christianisme,
la Franc-Maçonnerie, l’Islam
- Janus, le principe primordial
19:15 Publié dans Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tradition, paganisme, hyperborée
12.11.2008
TAO ET ISLAM: ACHEVEMENT D'UN CYCLE par Tahar de la NIVE
Alors que la plupart des religions tiennent leur nom d’un homme ou « homme-dieu » qui serait leur fondateur, deux d’entre elles se définissent en fonction de la relation qui unit le Concepteur de l’Univers aux éléments de ce dernier. Ces deux religions sont l’Islam et le Tao. Alors que le mot arabe ‘Islam’ désigne la soumission des seconds au premier, plus précisément, dans le cas de la portion de l’humanité qui adhère à cette doctrine, son intégration volontaire à l’Ordre divin ; le mot chinois ‘Tao’ désigne la Voie qui les conduit vers cet état de perfection, d’identification au principe divin, de retour vers les sphères paradisiaques.
Il est significatif que dans les deux traditions, mais encore dans la doctrine de Platon, les sphères paradisiaques soient associées à l’Androgyne primordial. Le métaphysicien grec décrivait l'Homme initial, androgyne, en tant qu'être sphérique, semblable au Taï-Ki que le Tao place au centre du Pakwa, l’octogone sacré ; sphère dans laquelle Yang et Yin demeurent dans l'indivision (1). La symbolique islamique quant à elle nous enseigne que le cercle ou mieux encore la sphère d’une part, le carré ou mieux encore le cube de l’autre, symbolisent respectivement les mondes céleste et terrestre. Les Sept Cieux ne doivent donc pas être tenus pour des plans horizontaux et superposés mais bel et bien pour des sphères concentriques, le centre même étant le Trône d’Allah ; ceci alors que sur terre la Maison d’Allah, le temple primordial de l’humanité, a pour structure le cube constitué par la Kaaba. Toute aussi primordiale fut la désignation géomantique de son site : la tradition islamique nous enseigne que si une pierre tombait du Trône d’Allah, c’est sur le toit de la Kaaba qu’elle atterrirait. Et c’est bien une pierre, la fameuse pierre blanche, noircie au cours des âges et intégrée dans la construction du cube sacré, qu’Adam trouva là, à l’emplacement du temple qu’il allait ériger. Nous devons, en toute franchise, admettre notre incapacité de préciser si ce météorite se trouvait déjà là, désignant au père de l’humanité l’endroit où construire ce temple, ou bien si celui-ci la trouva là après avoir été conduit vers ce site par un autre facteur. Nous savons toutefois que, reconnaissant cette pierre qu’il avait vue au paradis, il l’étreignit avec passion et nostalgie de son premier séjour ; sentiments qu’il apaisa en faisant l’amour à Eve, recréant sur terre l’Androgyne céleste, l’homme et la femme retrouvant ensemble, pour l’instant d’une étreinte amoureuse, la condition paradisiaque. Rappelons ici brièvement les circonstances de la création d’Adam, androgyne, la façon dont le Maître de l’Univers, en un suprême acte d’amour bien supérieur aux crucifixions et autres rites sanglants, insuffla Son Esprit à l’Homme et avec lui la Science sacrée liée, véhiculée par la langue primordiale, communion suivie par l’injonction de l’enseigner aux Anges. On sait la jalousie ardente, engendrant la révolte d’un Jinn nommé Chaïtan, sa résolution d’être désormais l’ennemi juré de l’Homme. Lorsqu’au cours de la descente à travers les sphères célestes, l’Homme (au sens latin de homo) se scinda en un homme (au sens latin de vir) et une femme, ce même Chaïtan manipula la seconde pour faire commettre à son compagnon sa première faute.
Sur ce point précis, la doctrine islamique rejoint celle du judéo-christianisme mais pour s’en écarter aussitôt radicalement, car si la seconde voit en ce péché originel d’Adam une faute provoquant le courroux éternel de Dieu, l’Islam enseigne au contraire que le Seigneur des Mondes, el-rahman el-rahim, le Tout-Miséricordieux, pardonna à sa créature chérie dont il connaissait pour les avoir créées les faiblesses et les failles. Aussi, la descente d’Adam et d’Eve de l’ultime sphère paradisiaque pour entrer dans le monde de l’existence est-elle interprétée par les deux doctrines de façon antinomique. Si la Bible nous la présente comme une exclusion, un châtiment de l’homme assorti de la diabolisation de la femme, le Coran nous enseigne le contraire : Adam fut envoyé sur Terre pour y régner au Nom d’Allah, couronné par lui de la fonction impériale. Certes, il allait y affronter les épreuves, y mener le combat. Les adeptes d’une morale qui prêche le « paix mes brebis » peuvent en effet concevoir ces coups et ces épreuves comme autant de manifestations de la rancune divine. Dans le cadre du concept de Jihad, les Musulmans les considèrent au contraire comme autant de bénédictions, conscients, avec Frédéric Nietzsche, que ‘le coup qui ne me tue pas me rend plus fort’, que ces épreuves, enfin, ont été voulues par Allah, non par quelque étrange sadisme mais précisément par amour de l’Homme, pour lui donner l’occasion de les vaincre et à travers elles de se surpasser et de revenir dans sa direction. Il s’agit donc non point d’un châtiment mais d’un ennoblissement. Ainsi donc, Adam atterrit-il dans cette contrée qui correspond aujourd’hui à celle des Brahmanes, marchant vers celle que nous connaissons sous le nom d’Arabie, construisant au terme de son périple la sainte Kaaba, le cube sacré, ceci à l’intersection précise de la trajectoire du météorite projetant le Trône d’Allah, le centre des Sphères célestes, sur le site de la Maison d’Allah sur terre. Et de là, donc, le père et la mère du genre humain opérèrent leur remontée spirituelle, ésotériquement érotique, vers ce même Trône, vers ces mêmes Sphères, ne faisant plus qu’un dans leur étreinte, reconstituant l’Androgyne aux pieds de leur, de son créateur. Leur lignée allait être ponctuée de quelque trois centaines de Messagers de l’Unique, la paix soit sur eux tous, unanimement chargés de la mission de ramener leurs contemporains vers le Sirat-al-moustaqim, vers le droit chemin, ou encore, en chinois, vers le Tao ; le dernier maillon de cette chaîne étant l’Arabe Mohammed, transmetteur du Coran. Il eut le privilège de réaliser, spirituellement et physiquement, la remontée céleste, du Cube de La Mecque jusqu’au centre des Sphères, avec cette particularité toutefois qu’il fit en chemin une halte dans une autre cité terrestre : Jérusalem. L'Empereur Fou-Hsi, selon certaine interprétation, serait né du dieu-Tonnerre et d'une mortelle, Hua-Xou; naissance qui l'apparenterait à d'autres personnages nés sans père physique, tel l'empereur du Japon Jimmu, tels encore Merlin et Jésus. Selon la tradition chinoise, il eut à sa naissance une sœur, Nou-Koua. De son union avec cette sœur-épouse serait née l'espèce humaine. Nous retrouvons ici, de toute évidence, le mythe d'Adam et Eve, dans une version qui va toutefois dans le sens du Coran et dément la légende biblique selon laquelle Eve serait née d'une côte d'Adam; légende qui engendra le statut d'infériorité dont la femme souffre dans la société judéo-chrétienne, tout autant que de sa diabolisation en tant qu'incitatrice au péché (2). S’identifiant à Adam et à Eve, Fou-Hsi et Nou-Koua sont donc les incarnations humaines respectivement du Yang et du Yin, désormais dissociés en s’extrayant de la sphère symbolisée par le Taï-Ki qui nous enseigne en outre qu’il demeure un point de Yin dans le Yang et de Yang dans le Yin. Le premier empereur de Chine et le constructeur de la Kaaba ne seraient donc qu’une seule et même personne, la fonction de Rasoul s’identifiant à la fonction impériale dans son acception suprême d’autorité spirituelle précédant le pouvoir temporel, avant même que de ceindre le casque de l’Imperator, l’empereur, au sens original de terme, se coiffant de la tiare du Pontifex. Selon René Guénon, les apparats vestimentaires des empereurs de Chine consistaient en une tiare semi-sphérique (3) et en une robe dont le bas formait un carré, l’ensemble symbolisant la fonction pontificale, ou encore califale, littéralement, de ‘pont lancé entre les mondes céleste et terrestre’. Tout comme l’assise de la Kaaba, le site de la cité impériale était un carré, traversé sur chaque côté par trois portes, chacune placée sous un signe zodiacal. Par ailleurs, la cité impériale chinoise incluait une petite mosquée : construite pour l’épouse musulmane d’un empereur de Chine, son existence n’en demeure pas moins à nos yeux hautement symbolique de la relation fraternelle, mieux encore, de l’unicité de l’Islam et du Tao. Dans l’Islam comme dans le Tao, le chemin du cube vers la sphère passe par la figure intermédiaire de l’octogone. Chiffre dont le carré donne le nombre de combinaisons du Yang et du Yin dans le Yi-King, les huit faces du Pakwa entourent le Taï-Ki tout comme les huit anges se tiennent autour du Trône d’Allah, tout comme les huit côtés de la mosquée de Jérusalem entourent le site de la halte de Mohammed lors de son ascension céleste. Ce n’est donc point un hasard si, à l’heure où les poings et les imprécations de la soldatesque la plus haineuse et la plus furieuse de l’Occident se tendent, dans leur rage impuissante, vers l’Octogone qui domine les ruines du Temple de Salomon, la Chine se dresse comme l’ultime salut des peuples face au bulldozer lancé pour écraser nations et cultures. Fort de sa discipline, de sa vitalité, de sa capacité de labeur comme de sa formidable et admirable armée, de son enracinement dans la tradition primordiale comme de sa saine approche de la modernité, le peuple chinois et ses dirigeants regardent avec sang-froid et mépris les misérables tentatives de l’Occident de le déstabiliser à l’intérieur comme de l’encercler. La conquête chinoise de l’espace se réalise à un rythme six fois plus rapide que celle menée par la NASA, encore que celle-ci ne doive ses succès initiaux qu’aux savants européens capturés en 1945. Ayant tiré les leçons nécessaires de la conquête par déstabilisation de l’Irak et de l’Afghanistan par les USA, la Chine a rompu l’encerclement stratégique par l’alliance militaire avec la Russie, l’Iran et le Pakistan. Les armées russes et chinoises se sont, au cours de l’été 2005, livrées à des manœuvres communes dont le sens et l’importance n’ont échappé à aucun observateur, à l’heure où à Washington on mijote l’agression de l’Iran et de la Syrie sous le fallacieux prétexte qu’au nom de l’égalité entre les peuples, il en soit qui aient le droit d’entretenir les arsenaux nucléaires capables de pulvériser la Planète en un monopole indiscuté du terrorisme atomique face au reste de l’humanité qui n’aurait d’autre droit que de se soumettre. Sanctuaire du Monde Libre, la Chine est également en voie de devenir la plus grande puissance islamique mondiale, grâce à sa communauté musulmane parfaitement intégrée, respectée et reconnue par la majorité bouddhiste et taoïste, insensible aux incitations au séparatisme venant de ceux-là même qui sont à l’origine de la vague d’islamophobie occidentale. A l’heure du bicentenaire d’une des majeures tentatives eurasiatiques, alors conçue sur les bords de la Seine, l’Europe occidentale doit pour son salut se libérer à jamais du mythe de son appartenance à l’Occident prétendu ‘libre et civilisé’. Il est notamment à souhaiter que ses dirigeants politiques cessent de se couvrir de ridicule en prétendant, lors de leurs visites à Beijing, donner des leçons en matière de ‘Droits de l’Homme’ alors qu’en France il est question de ‘traiter au Kärcher’, pourquoi pas au napalm ou au Zyklon B, les populations que l’exclusion socio-ethno-religieuse ont poussées à la révolte, que, sous prétexte d’attentats commis par des membres de sectes faussement dites ‘islamiques’ et créées par les services américano-saoudiens, nos compatriotes sont condamnés à être fichés, filmés, répertoriés et tenus en laisse à longueur de vie, que les grands maîtres en démocratie, enfin, sont en train de légaliser les enlèvements et la torture de leurs opposants à travers le Monde. Bien plus que le fruit d’impératifs géopolitiques, l’alliance de la Chine et de l’Islam constitue l’achèvement d’un cycle multimillénaire qui fait se réunir, comme le Yin et le Yang dans la sphère matrice des mondes, l’Alpha et l’Oméga de la tradition primordiale. Il appartient aux peuples européens de s’intégrer volontairement et hardiment à cette gigantesque révolution face à laquelle l’Occident a déjà commencé à s’effriter. Ce n’est même plus une affaire de gloire mais seulement de survie. Tahar de la Nive
Notes
1) Le Pakwa est très populaire en Chine où il est souvent placé sur le seuil du foyer, même parfois aux fenêtres, ceci afin d’en repousser les êtres maléfiques invisibles appartenant à la catégorie des Jnoun (pluriel de Jinn) en terminologie coranique.
(2) Légende toutefois reprise dans un hadith, avec le commentaire qu’il faut prendre bien garde de ne point tendre cette côte afin qu’elle ne casse. Quant à nous, nous nous en tenons à la pureté de la doctrine islamique, le Coran étant un livre de science, de pédagogie, aux termes rationnels, poétiques, certes, mais sans concession aux affabulations
3) Sans doute y a-t-il là une relation avec le Japonais atama signifiant ‘tête’, mot dérivé de tama signifiant ‘sphère’. Le Nihongo désigne d’autres éléments anatomiques de façon fort pittoresque : Kintama, les ‘sphères d’or’, matrices potentielles de l’Androgyne biologique.
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30.08.2008
RENE GUENON: A PROPOS DE "LA DEFENSE DE L'OCCIDENT"
« Ce n’est point être « antioccidental », si l’on peut employer ce mot, que d’être résolument « antimoderne », puisque c’est au contraire faire le seul effort valable pour essayer de sauver l’Occident de son propre désordre ; et, d’autre part, aucun Oriental fidèle à sa propre tradition ne peut envisager les choses autrement que nous le faisons nous-même ; il y a certainement beaucoup moins d’adversaires de l’Occident comme tel, ce qui d’ailleurs n’aurait guère de sens, que de l’Occident en tant qu’il s’identifie à la civilisation moderne.
Quelques uns parlent aujourd’hui de « défense de l’Occident », ce qui est vraiment singulier, alors que, comme nous le verrons plus loin, c’est celui-ci qui menace de tout submerger et d’entraîner l’humanité entière dans le tourbillon de son activité désordonnée ; singulier, disons-nous, et tout à fait injustifié, s’ils entendent, comme il le semble bien malgré quelques restrictions, que cette défense doit être dirigée contre l’Orient, car le véritable Orient ne songe ni à attaquer ni à dominer qui que ce soit, il ne demande rien de plus que son indépendance et sa tranquillité, ce qui, on en conviendra, est assez légitime. La vérité, pourtant, est que l’Occident a en effet grand besoin d’être défendu, mais uniquement contre lui-même, contre ses propres tendances qui, si elles sont poussées jusqu’au bout, le mèneront inévitablement à la ruine et à la destruction ; c’est donc « réforme de l’Occident » qu’il faudrait dire, et cette réforme, si elle était ce qu’elle doit être, c’est à dire une vraie restauration traditionnelle, aurait pour conséquence toute naturelle un rapprochement avec l’Orient » La crise du monde moderne pp60-61) Editions Folio Essais.
23:58 Publié dans René Guénon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rené guénon, crise du monde moderne, défense de l'occident, tradition
26.08.2008
RENE GUENON: A PROPOS D'UN RAPPROCHEMENT DE L'OCCIDENT AVEC L'ORIENT
« Dans un rapprochement avec l'Orient, l'Occident a tout à gagner ; si l'Orient y a aussi quelque intérêt, ce n'est point un intérêt du même ordre, ni d'une importance comparable, et cela ne suffirait pas à justifier la moindre concession sur les choses essentielles ; d'ailleurs, rien ne saurait primer les droits de la vérité.
Montrer à l'Occident ses défauts, ses erreurs et ses insuffisances, ce n'est point lui témoigner de l'hostilité, bien au contraire, puisque c'est la seule façon de remédier au mal dont il souffre, et dont il peut mourir s'il ne se ressaisit à temps. La tâche est ardue, certes, et non exempte de désagréments ; mais peu importe, si l'on est convaincu qu'elle est nécessaire ; que quelques-uns comprennent qu'elle l'est vraiment, c'est tout ce que nous souhaitons. » Orient et Occident, 1924.
23:44 Publié dans René Guénon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tradition, rené guenon, orient-occident
JULIUS EVOLA: CE QUI COMPTE AUJOURD'HUI
“Seul compte, aujourd'hui, le travail de ceux qui savent se tenir sur les lignes de crête : fermes sur les principes ; inaccessibles à tout compromis ; insensibles devant les fièvres, les convulsions , les superstitions et les prostitutions sur le rythme desquelles dansent les dernières générations.
Seule compte la résistance silencieuse d'un petit nombre, dont la présence impassible de “convives de pierres” sert à créer de nouveaux rapports, de nouvelles distances, de nouvelles valeurs, à construire un pôle qui, s'il n'empêchera certes pas ce monde d'égarés et d'agités d'être ce qu'il est, permettra cependant de transmettre à certains la sensation de la vérité - sensation qui sera peut-être aussi le déclic de quelque crise libératrice.” (Révolte contre le monde moderne).
15:50 Publié dans Julius Evola | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : julius evola, tradition, révolte contre le monde moderne
28.07.2008
JULIUS EVOLA: DE L'OPPOSITION ENTRE CIVILISATIONS MODERNES ET CIVILISATIONS TRADITIONNELLES
« L’opposition entre les civilisations modernes et traditionnelles peut être exprimée comme suit :les civilisations modernes sont dévoratrices d’espace, les civilisations traditionnelles furent dévoratrices de temps.
Les premières – les civilisations modernes – sont vertigineuses de par leur fièvre de mouvement et de conquête spatiale, génératrice d’un inépuisable arsenal de moyens mécaniques, capables de réduire toutes les distances, d’abréger tous les intervalles, de joindre en une sensation d’ubiquité tout ce qui est épars dans la multitude des lieux… Par contre, les civilisations traditionnelles furent vertigineuses en leur stabilité, en leur identité, en leur manière de subsister inébranlablement et immuablement au milieu du courant du temps et de l’histoire : en sorte qu’elles furent même capables d’exprimer, en des formes sensibles et tangibles, une esquisse de l’éternité. » (1968)
22:32 Publié dans Julius Evola | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : julius evola, tradition, civilisations modernes et traditionnelles
26.07.2008
REVUE: PARUTION DU N°6 DE LA REVUE HYPERBOREE
HYPERBOREE est une revue trimestrielle publiée par le Centre de Recherche Universitaire Sur Les Origines de l’Europe (CRUSOE). Son numéro 6 est daté du 1er mai, fête de Beltaine. Cette fête est non seulement de Tradition solaire mais aussi de Tradition polaire, puisque le fête de Belataine est celle du dieu gaulois Belenos, qui est un autre nom de l’Apollon hyperboréen. « Dans la mythologie celtique, Beltaine est le jour où les dieux prirent pied sur le sol d’Irlande et brûlèrent leurs vaisseaux pour ne pas être tentés de revenir en arrière. Beltaine marque ainsi l’engagement définitif, irréversible et, par là, la confiance dans l’avenir et la destinée ». (http://calendrier.celtique.free.fr). Ce numéro est consacré à l’Âge de Fer (Les racines du désastre, guerres, manipulations, catastrophes et complots).On peut se le procurer, au prix de 9 €, en écrivant à : CRUSOE BMB-BP 50169 – 13795 AIX EN PROVENCE Cedex 3 ou à son directeur de publication : Paul-Emile BLAIRON – pierre.blairon@wanadoo.fr
09:45 Publié dans Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tradition, âge de fer, hyperborée
17.07.2008
JULIUS EVOLA: LE MYTHE DE LA ROYAUTE FUTURE
« (…) Mais peut-être est-ce le Moyen Âge qui présente les formulations les plus prégnantes du thème dont nous parlons. La restauratio imperii romano-germanique et gibeline fut inséparable d'une série de légendes et de mythes où elle s’exprimait avec une force plus grande, acquérant une signification supérieure, transcendante, universelle.
Ici entrent d'abord en jeu les légendes du Graal. Comme nous l'avons montré dans l'un de nos livres, le noyau central de ces légendes n’a pas grand-chose à voir avec les divagations mystico-chrétiennes et romantiques de Wagner. Il s'agit essentiellement, ici, de l'attente de celui grâce auquel un royaume déchu renaît à une splendeur nouvelle. Le mythe impérial du Moyen Âge gibelin eut beaucoup d'autres variantes. Le thème dantesque de l'Arbre de l'Empire qui refleurit, s'y rapporte. Plus intéressante encore est l'idée de la « dernière bataille ». Elle se rattache au thème de l'interregnum, de la latence de la fonction royale. Une figure royale ou impériale - identifiée dans la légende à tel ou tel personnage historique - ne serait pas morte, en réalité., Elle se serait retirée en un lieu inaccessible (par exemple Frédéric Barberousse dans le Kyffhâuser) et attendrait son heure pour se réveiller et se manifester, afin de mener avec tous ceux qui lui sont restés fidèles une bataille décisive contre les forces du désordre, de l'injustice et des ténèbres. (…) »
21:58 Publié dans Julius Evola | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tradition, julius evola, royauté future














